Yang Yang : parcours d’une étudiante chinoise de l’INSA Lyon en stage en France [中文]

Je m’appelle Yang Yang et j’ai 22 ans. J’ai effectué mes études de licence longue (benke) à l’Université polytechnique du Nord-Ouest dans la spécialité « technologie de navigabilité des aéronefs ». En 2016, j’ai intégré le programme de double diplôme licence/master 3+2 organisé conjointement par mon université et l’INSA Lyon. Je suis actuellement en cinquième année de la spécialité Génie Mécanique Développement (GMD) de l’INSA Lyon et je suis en train d’effectuer un stage dans l’entreprise Drillscan.

Pourriez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours académique ? Pourquoi avez-vous décidé de partir faire des études en France ?

Je m’appelle Yang Yang et j’ai 22 ans. J’ai effectué mes études de licence longue (benke) à l’Université polytechnique du Nord-Ouest dans la spécialité « technologie de navigabilité des aéronefs ». En 2016, j’ai intégré le programme de double diplôme licence/master 3+2 organisé conjointement par mon université et l’INSA Lyon. Je suis arrivée en France au mois d’août 2016 pour y suivre les deux années du programme de diplôme d’ingénieur français. Je suis actuellement en cinquième année de la spécialité Génie Mécanique Développement (GMD) de l’INSA Lyon et je suis en train d’effectuer un stage dans l’entreprise Drillscan.

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En fait, lorsque j’ai commencé mes études à l’université, je n’avais pas très envie d’aller étudier à l’étranger. Je m’étais fixé comme objectif de continuer mes études en master à l’Université polytechnique du Nord-Ouest. Mais les choses ne se passent jamais comme on l’imagine et un étudiant plus âgé que moi m’a parlé de ce projet de formation franco-chinois. La première raison pour laquelle ce programme m’a attirée, c’est qu’il s’agit d’un « double diplôme ». Je trouve que cela économise du temps car je peux obtenir un diplôme de master en 5 années, acquérir une expérience d’études à l’étranger (en Chine, obtenir un diplôme de master prend au total 6 ans et demi) et apprendre en plus une nouvelle langue étrangère : le français.

Par la suite, j’ai discuté avec des étudiants et des étudiantes plus âgés et je me suis renseignée sur l’INSA Lyon. C’est à ce moment que j’ai décidé de poursuivre mes études dans cette école. Je suis originaire de XiAn et l’Université polytechnique de l’Ouest est juste à côté de chez moi. Elle est même encore plus près que ne l’était mon lycée. Pendant mes études à l’université, je rentrais souvent dormir à la maison. Chez mes parents, je n’avais besoin de ne m’occuper de rien. J’étais déjà une adulte, mais j’avais l’impression de mener une vie d’enfant. Lorsque j’ai entendu parler de ce programme, je me suis dit que c’était l’occasion pour moi de me remettre en cause et de quitter le cocon parental. J’avais besoin d’espace pour acquérir une vraie maturité. Je n’ai donc pas hésité une seule seconde et j’ai choisi de partir en France pour étudier dans le cadre de ce programme.

Pourriez-vous nous décrire le travail que vous accomplissez dans le cadre de votre stage ? Comment avez-vous trouvé votre stage ?

La mission de mon stage consiste à réaliser des modèles thermiques dans les sous-programmes d’un logiciel baptisé TheraFlux (un programme créé dans FORTRAN par Drillscan pour mesurer les flux mécaniques et thermiques des fluides dans les puits). Ces modèles sont établis grâce à des méthodes numériques et computationnelles. Mon travail est divisé en deux parties. La première se concentre sur les équations d’état. Je dois compléter les sous-programmes dédiés à l’utilisation de l’eau dans le forage auquel manque une région thermodynamique et valider les résultats. La deuxième partie représente le plus gros de mon travail. Il me faut d’abord comprendre les transferts thermiques dans le puits. Ensuite, il me faut comprendre le rôle des anneaux clos qui sont parfois ajoutés entre le boîtier et la formation. Enfin, j’ai dû compléter et valider les sous-programmes. Les transferts thermiques dans les anneaux clos sont faciles à trouver, mais les transferts thermiques dans les points maillés du premier rang de la formation changent en même temps. Réaliser le modèle thermique dans les sous programmes a constitué l’étape la plus difficile dans cette deuxième partie de mon stage, car elle impliquait de prendre beaucoup de précautions.

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J’ai trouvé mon stage en consultant les informations mises en ligne par l’INSA Lyon pour les étudiants du programme de génie mécanique. J’ai choisi d’envoyer ma candidature car j’étais très intéressée par le domaine de recherche proposé par ce stage. De plus, l’entreprise était très proche de l’INSA et je trouve ce stage très intéressant. Avant d’effectuer ce stage, j’ai soumis un grand nombre de candidatures, mais je n’ai jamais obtenu de réponse. Comme je ne parle pas très bien français, j’avais un peu peur de prendre moi-même l’initiative de contacter les entreprises mais attendre passivement la réponse de l’entreprise s’est toujours soldé par des refus.

Mais cette fois-ci, comme la date limite pour trouver un stage approchait, et que j’étais très motivée par ce secteur de recherche, je ne voulais pas encore perdre une opportunité de faire un stage. J’ai donc décidé de prendre l’initiative. Après avoir envoyé le matin même mon CV et une lettre de recommandation écrite spécialement pour cette occasion par un de mes professeurs à l’INSA pour augmenter mes chances de succès, j’ai téléphoné à l’entreprise l’après-midi même. Avant d’appeler, j’ai longuement hésité, car mon français n’était pas bon et j’appréhendais ce coup de fil. Mais en même temps, je voulais vraiment acquérir une expérience de stage dans une entreprise française. J’ai pris mon courage à deux mains et j’ai commencé à me préparer psychologiquement. Au final, j’ai enfin réussi à vaincre ma peur et j’ai appelé pour la première fois un Français, de ma propre initiative. Après coup, j’ai trouvé que ce n’était pas si difficile et que c’était surtout moi qui m’inquiétais pour rien. Ensuite, mon futur maître de stage m’a proposé un entretien et a retenu ma candidature. Plus tard, pendant mon stage, il m’a confié que le fait d’avoir pris l’initiative d’appeler avait fortement joué en ma faveur.

Quelles sont les démarches administratives à accomplir pour faire un stage en France ? Avez-vous rencontré des difficultés particulières ?

L’étape la plus difficile pour faire un stage en France est celle de la recherche. Il y a beaucoup de méthodes pour trouver un stage et j’ai en personnellement utilisé trois. La première, c’est de trouver des entreprises qui suscitent mon intérêt et d’envoyer un CV en ligne au responsable des ressources humaines. Il faut généralement attendre assez longtemps pour avoir une réponse et pendant ce temps d’attente, la deuxième étape pour moi est de contacter mes professeurs pour voir si les entreprises avec lesquelles ils travaillent régulièrement recherchent ou non des stagiaires. Généralement, on a beaucoup plus de chances de décrocher un stage quand l’information nous vient de notre professeur. La troisième méthode, c’est de chercher sur internet, sur des sites où des offres de stages sont régulièrement publiées. L’avantage, c’est que ces offres correspondent souvent étroitement à notre spécialité, mais l’inconvénient, c’est que la concurrence est rude, car tous nos autres camarades de classe candidatent aussi sur ces sites. J’ai trouvé le stage que j’effectue actuellement sur la page internet de notre école dédiée à notre spécialité. Par la suite, mon maître de stage m’a dit que j’avais été en concurrence avec un français et un marocain pour obtenir ce stage. Donc les opportunités sont chères et j’ai eu beaucoup de chance.

Une fois qu’on a trouvé le stage, il faut transmette quelques informations basiques sur ce stage au secrétariat général en charge de notre spécialité à l’INSA. L’école doit d’abord valider la demande, puis ensuite envoyer une convention de stage au futur maître de thèse de l’entreprise qui nous accueillera. Il doit remplir les informations demandées et le renvoyer au secrétaire en charge des stages de notre école. On vérifie ensuite les informations indiquées, puis on signe le contrat. La procédure est très simple, et c’est surtout la recherche qui est difficile.

A la fin du stage, il faut généralement rédiger un rapport de stage que l’on envoie à l’école et à l’entreprise en se basant sur les exigences formulées. Certaines écoles ou certaines entreprises demandent même à ce qu’une soutenance ait lieu. Ce n’est pas le cas pour mon entreprise, mais mon école, elle, me demande de faire une soutenance.

Pendant mon stage, j’ai changé deux fois de titre de séjour. La première fois, je l’ai changé directement dans mon école et la deuxième fois, je suis allée le changer au « student welcome desk ». La première fois, je n’ai pas dû réunir beaucoup de documents, mais la deuxième fois, j’ai dû fournir beaucoup plus de papiers. Mais l’école nous aide à vérifier que tous les papiers demandés sont bien là avant qu’on aille déposer la demande. Notre école est très responsable et nous envoie un rappel par courriel lorsqu’il faut renouveler le titre de séjour.

Est-ce que faire un stage en France est très différent de faire un stage en Chine ? Est-ce qu’il y a des différences culturelles importantes ? Que vous apporte cette expérience de stage en France ?

La principale différence entre les stages en Chine et en France tient à la charge et au temps de travail. En France, je commence à 9 heures et je finis à 17 heures. Je n’ai pas besoin de faire d’heures supplémentaires, je peux gérer mon temps librement et j’ai généralement suffisamment de temps pour accomplir mes missions à mon rythme. Mes camarades de classe de l’Université polytechnique de l’Ouest qui sont restés en Chine eux commencent à 8 heures du matin et finissent à 18 heures et ils doivent en plus souvent faire des heures supplémentaires. C’est assez fatiguant.

J’ai un ami chinois qui fait actuellement un stage dans une grande entreprise française et il est entièrement libre de décider lui-même de son temps de travail. Du moment qu’il accomplit ses sept heures de travail quotidiennes, il peut travailler quand il veut. C’est très rare de pouvoir faire ça en Chine. Pour ce qui est de la charge de travail, je me suis renseignée auprès de mes autres amis chinois qui font des stages dans d’autres entreprises, certains à Paris, d’autres à Toulouse. Ils ont tous moins de travail que nos camarades de classe qui font leur stage en Chine. Il est donc un peu moins fatiguant de faire un stage en France. Une autre différence tient à l’accompagnement. En France, mon maître de stage va me dire ce que je dois faire dans le cadre de mon stage étape par étape et quand je rencontre des problèmes, il va m’aider à les résoudre ou à rassembler des informations pour préparer mon rapport de stage. Ce n’est pas le cas pour mes amis qui font leur stage en Chine actuellement.

En Chine, le maître de stage confie des missions à son stagiaire au début du stage et le reste du temps, c’est au stagiaire de s’organiser lui-même pour les accomplir et pour se former en consultant des ressources et en apprenant à se servir des logiciels dont il a besoin. Lorsqu’il rencontre des difficultés, il doit chercher lui-même des solutions pour les résoudre, puis faire des rapports réguliers à son maître de stage pour le tenir au courant de sa progression. Le maître de stage évalue ensuite la progression du travail et émet des suggestions. Je pense que les disparités dans ces manières de faire sont liées à la culture de chaque pays et chaque approche a ses avantages et ses inconvénients.

Dans 15 jours, mon stage va s’achever. L’expérience de mon stage en France sera pour moi inoubliable. La période de la recherche du stage est très difficile mais ce processus m’a permis d’acquérir rapidement beaucoup de maturité. J’ai appris à polir mon CV, à préparer un entretien, et comment saisir une opportunité. Pendant mon stage, j’ai dû apprendre à m’intégrer dans une communauté de personnes qui m’était inconnue, et j’ai appris à mieux connaître une entreprise française. J’apprécie beaucoup l’ambiance de travail détendue et joyeuse qui y règne et je suis vraiment très reconnaissante à l’égard de mon maître de stage. Il a fait preuve de beaucoup de patience avec moi. Les conseils qu’il m’a prodigués m’ont permis d’acquérir beaucoup de confiance en moi. La plus grande de ses qualités, que j’espère acquérir à mon tour, est le sérieux dont il fait preuve dans son travail. Il a toujours sur lui un petit carnet dont les pages sont couvertes de formules inscrites dans une écrite petite et serrée. Cela m’a beaucoup étonné et cela a changé l’impression que j’avais des Français. J’ai un grand respect pour lui.

Que comptez-vous faire ensuite ? Quel regard portez-vous sur votre expérience de vie, d’études et de travail en France ?

Après l’obtention de mon diplôme d’ingénieur, j’espère poursuivre mes études en doctorat car je souhaite approfondir ma connaissance de la culture française et améliorer mon niveau de langue française. Voilà déjà plus d’une année que je suis arrivée en France, et la vie étudiante ici m’a beaucoup changée.

Tout d’abord, au niveau de mes études, j’ai au moins autant de travail qu’en Chine même si la méthode d’enseignement à l’INSA est très différente de celle de mon université en Chine. L’enseignement en Chine se concentre sur les fondamentaux tandis qu’en France, on met davantage l’accent sur la pratique. Mes 3 années d’études dans l’enseignement supérieur en Chine m’ont permis d’acquérir des bases solides, et mes études à l’INSA m’apprennent comment appliquer les équations des manuels scolaires aux problèmes rencontrés dans la vie réelle. Je pense que j’ai fait le bon choix en venant étudier à l’INSA. Dans mon école française, nous sommes amenés à travailler sur une grande quantité de projets, certains très gros et d’autres plus petits. C’est un excellent moyen pour exercer ma capacité à résoudre des problèmes et à coopérer avec d’autres personnes au sein d’une équipe.

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Mais tous ces projets sur lesquels nous devons travailler représentent un gros défi pour les étudiants chinois. Les équipes qui travaillent sur les projets sont constituées de manière libre et les français n’ont pas toujours très envie de travailler avec des étudiants chinois en raison de la barrière de la langue. C’est à ce moment qu’il nous faut relever le défi, vaincre l’angoisse qui nous assaille, et s’efforcer de s’intégrer à leur groupe. Cela constitue la plus grande difficulté à surmonter pour les étudiants qui viennent juste d’arriver en France. La première fois, lorsque je n’ai trouvé personne pour former une équipe avec moi, j’étais déçue et j’ai ressenti un sentiment d’infériorité. Je n’avais jamais ressenti cela avant. En Chine, je n’ai jamais craint de ne trouver personne pour former une équipe avec moi mais en France, je dois faire face à cette réalité et trouver moi-même une solution. J’ai beaucoup gagné en maturité et cela m’a transformée. J’ai dû vaincre ma peur et prendre sur moi pour briser la glace et initier un contact avec les autres étudiants. Cela m’a forcé à prendre l’initiative au lieu d’attendre passivement que l’on vienne me chercher. Cette expérience m’a fait comprendre de manière très profonde que c’est à moi de faire des efforts pour me créer des opportunités. Bien que cette expérience liée aux difficultés d’intégration d’une équipe ait été douloureuse, quand j’y repense aujourd’hui, je me dis qu’elle est vraiment très précieuse pour moi.

Ensuite, en termes d’expérience de vie, c’était la première fois que je quittais le nid familial et que je devais me soucier de mon logement, de ma lessive ou de mes repas. Je me suis fait avoir, je me suis trompée de bus, je me suis trompée dans mes achats. Certaines choses dont je ne m’étais jamais préoccupée auparavant sont subitement devenues des problèmes apparemment insurmontables, mais je suis quand même arrivée à les résoudre. Loin de mes parents, c’est moi qui doit prendre toutes les décisions ayant trait à ma vie, et cela l’a rendue beaucoup plus riche et haute en couleur. J’ai fait des voyages avec mes amis, le week-end je vais faire du sport ou des balades en montagne avec mes camarades. Et le reste du temps, je participe à des soirées quand je n’ai rien d’autre de prévu. Je suis entièrement libre de l’organisation de mon emploi du temps, et je trouve que ma vie est vraiment très riche.

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Dernière modification : 07/12/2017

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