Clôture du Forum économique franco-chinois

Discours de M. Emmanuel Macron, Président de la République (Pékin, 06/11/2019)

(Seul le prononcé fait foi)

Merci beaucoup Monsieur le Ministre,

Monsieur le Président de la République populaire de Chine,

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs les Parlementaires.

Monsieur le Président, vous avez au fond tout dit. Et je me réjouis que nous trouvions le temps, une fois encore, de venir rejoindre notre forum économique. Je me souviens de janvier 2018 et de cette réunion qui s’était tenue et de la décision prise de mettre en place ce Conseil présidentiel des entreprises françaises et chinoises dans un double objectif : celui de favoriser le rapprochement entre les décisionnaires privés chinois et français et celui de renforcer la compréhension mutuelle de nos environnements d’affaires. Votre présence ici démontre que ce Conseil est devenu un outil vivant, précieux pour le renforcement des échanges économiques. Vous avez tout dit, le disais-je, Monsieur le Président, à l’instant. Je veux simplement revenir sur quelques points.

D’abord, il y a la relation bilatérale. Nous avons, en janvier 2018, décidé d’une feuille de route. Beaucoup de travail a été fait dans tous les domaines ici présents, depuis. Votre visite d’Etat en mars dernier en France a permis de nombreuses avancées très structurantes et nous avons aujourd’hui une fois encore signé de nombreux accords. Et constamment, depuis deux ans, nous avons levé des barrières, des verrous, des difficultés. Nous avons donné de la place à des secteurs et consolidé des secteurs historiques. La relation bilatérale sur le plan économique et notre développement d’affaires n’étaient pas au niveau de l’amitié entre nos deux peuples, je le dis très sincèrement, et quand je nous compare avec nos voisins amis - parfois concurrents - allemands, l’écart entre la France et l’Allemagne n’était pas explicable. Et donc nous n’étions pas assez mobilisés. Je crois que c’est ce que nous sommes en train de rattraper par ce travail conjoint et beaucoup de choses ont avancé. Vous le faites vivre et je le sais éminemment.

D’abord dans les secteurs historiques de coopération, nous avons décidé de redonner un cap et fixer des orientations. Dans le nucléaire civil, les avancées actées aujourd’hui sont pour moi très importantes et elles permettent justement de donner un cap à l’usine de retraitement. Mais nous avons aussi décidé, sur à la fois les marchés tiers et les prochaines tranches développement, de nous redonner dans les prochains mois de la visibilité ensemble. Sur le spatial, là aussi, nous avons constamment signé des accords qui permettent de renforcer les partenariats, et dans ces deux domaines qui sont deux domaines de coopération stratégique, nous voulons aussi continuer à renforcer la recherche. Ensuite, il y a les sujets technologiques où là, les choses ont beaucoup avancé et votre modestie vous a presque empêché de le dire. Moi, je peux le dire beaucoup plus aisément : la Chine est loin du tableau que vous avez décrit. Vous avez, comme on le dit en français, "taillé des croupières" à beaucoup de vos concurrents européens et américains. Et les entreprises technologiques chinoises sont aujourd’hui au premier plan sur notre marché, avec une place extrêmement importante. C’est ce que nous avons acté. C’est, là aussi, nous donner de la visibilité et de ne pas confondre les sujets commerciaux et les sujets stratégiques et de souveraineté qui, bien souvent, sont confondus par les uns et les autres. Et comme nous l’avions fait historiquement pour le nucléaire, de nous dire : on se donne un cadre de discussion. Les gouvernements doivent décider entre eux d’un cadre sur les sujets qui relèvent de leurs compétences et les industriels doivent pouvoir évoluer librement pour le reste. Et je crois que là aussi, l’accès aux marchés, le développement sur le plan technologique est extrêmement important.

Ensuite, vous l’avez dit : nous continuons de nous développer de part et d’autre sur des sujets extrêmement structurants que sont : l’industrie du futur, la ville durable et au fond, les mobilités de demain. Ces trois sujets, qui ont d’ailleurs beaucoup d’intrications les uns avec les autres, constituent le coeur des partenariats industriels que nous voulons nouer. Il y a une offre française qui est d’une extrême qualité. Certains groupes français sont très présents historiquement. Certains groupes français sont quasiment devenus chinois. Je le dis avec tendresse et amitié parce qu’ils sont tellement forts ici et tellement présents. Ça montre aussi les synergies qu’il y a entre nous. Et donc, nous allons poursuivre parce qu’il y a en Chine un des plus grands défis avec l’urbanisation croissante. Nous l’avons vu ensemble à Shanghai et vous m’en avez fait la description, je dirais méthodique, et vous avez des très grandes entreprises dans ce secteur. Mais nous avons ici aussi beaucoup d’entreprises présentes depuis longtemps sur le marché chinois, qui ont décidé d’investir depuis longtemps, qui, en la matière, apportent une réponse aussi à ces problématiques. Et donc, là aussi, nous nous sommes donné un cap, une force d’engagement et je crois que les prochaines années sont extrêmement propices à ce développement. Nous avons aussi consolidé, dans des domaines traditionnels et stratégiques, la force de ce partenariat. Je pense à l’aéronautique, où cette visite a permis de consolider des accords structurants dans la motorisation et les certifications, en plus de tout ce que nous avions décidé. Et puis, il y a aussi tout ce qui concerne les marchés de grande consommation, les marchés du luxe, du bien-être. Où la France a une marque, une force traditionnelle et où nous devons continuer à nous déployer. Et où, je dois le dire, le marché chinois a été un marché d’expansion ces dernières années. Je souhaite que cela continue d’être le cas avec votre bienveillance et avec aussi des grands partenaires chinois qui se sont développés en France, sur le marché français, à travers des joint-ventures, des acquisitions et qui ont montré aussi la force de ces partenariats.

Il y a des secteurs nouveaux sur lesquels nous avons avancé sur ces deux dernières années, que je voulais aussi saluer. J’en vois deux. Le premier, c’est le secteur financier. Traditionnellement, la Chine était vue comme peu ouverte en la matière. Votre décision, le changement stratégique que vous avez impulsé en début d’année 2017, a été consacrée par des effets pleinement tangibles. Nous avons signé encore des accords. Vous avez profondément décidé d’ouvrir, de multiplier les partenariats sur le secteur financier. Nous serons des partenaires fiables dans la durée parce que nous avons aussi une ambition qui est de construire la souveraineté de l’euro. Elle passe par ces partenariats et je considère que l’euro ne peut être qu’une grande monnaie qu’à la condition d’avoir des acteurs financiers qui construisent des partenariats avec toutes les places stratégiques mondiales et en particulier donc, avec la Chine. Et je crois que cette ouverture, les mécanismes de progression que nous avons décidés, que vous avez actés, qu’on a encore consacré aujourd’hui, sont une avancée très structurante, très structurante en la matière. Il y a un deuxième secteur et je ... Pardon, j’oubliais, avant de changer de secteur, qu’hier même, vous avez pris une décision structurante, je l’ai rappelé tout à l’heure, qui est de décider de nouvelles émissions en zone euro, 4 milliards d’euros, sur la place de Paris et de le faire en matière de finance verte. Et donc de dédier votre engagement dans l’ouverture financière internationale, dans le financement vert, et de le faire avec la France et je vous en remercie. Il y a un autre secteur qui s’est beaucoup développé et que nous allons continuer d’accompagner dans ces développements, c’est le secteur agroalimentaire. Là-dessus, les ouvertures en matière de porc, de viande bovine, de filière avicole ; les avancées que nous avons décidées pour 2020 sur les questions de zonage et qui sont extrêmement importantes pour nous ; la reconnaissance et l’agrément d’indications protégées, sont autant d’avancées structurantes qui ont permis d’ouvrir les choses, de permettre à la France aussi d’être une partie de la réponse au défi alimentaire chinois mais aussi de multiplier les partenariats, l’ouverture, et qui touchent toutes les régions françaises. Je salue la présence en particulier de la région Réunion qui est ici avec nous, mais toutes les régions sont concernées et c’est notre volonté de multiplier justement cette capacité de l’offre française à se déployer.

Et enfin, le sujet des industries culturelles et créatives, qui est un partenariat, je dirais plus récent, mais sur lequel, je crois, nous avons beaucoup de choses à faire. Cette visite a une composante culturelle très forte. C’est un sujet évidemment régalien, si je puis dire, de gouvernement à gouvernement, mais c’est un sujet aussi qui irrigue nos industries. Nos industries culturelles et créatives sont très importantes. Vous m’avez hier dit votre ambition pour le cinéma chinois. Mon ambition, c’est qu’on multiplie les coproductions, que nous puissions aussi multiplier les partenariats entre nos établissements culturels, notre offre culturelle. Et c’est là aussi pour nous un levier de création d’emplois, d’ouverture et de meilleure compréhension. Et donc, pour tout cela, je veux ici souligner l’importance de l’engagement de nos industriels, de nos entrepreneurs chinois et français. Nous prenons des décisions, mais c’est à vous de les faire vivre, de leur donner une réalité concrète, de multiplier les échanges, de nous dire s’il y a encore des insatisfactions ou des frictions, des choses qui ne vont pas assez vite. Mais enfin de les mettre en oeuvre le plus rapidement quand des décisions sont prises. Parce que nous, nous ne voyons que les signatures d’accords - donc les bonnes nouvelles et nous remontent les difficultés - mais au quotidien c’est à vous de faire vivre cette relation et la force de cet agenda bilatéral. Je crois beaucoup à celui-ci et je pense que la France peut et doit beaucoup mieux faire. Et vous savez combien cet agenda d’ouverture, pour moi, est important.

La deuxième chose, au-delà de l’agenda bilatéral sur lequel je voulais insister, c’est la composante européenne de cet agenda. Je veux vraiment que vous ayez pleinement conscience, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs les chefs d’entreprise chinois que lorsque vous parlez aux entrepreneurs français, au gouvernement français, à moi-même, c’est aussi le partenariat sino-européen, et je le dis en présence du commissaire Hogan qui est ici avec nous, parce que je pense que l’Europe doit avancer groupée. C’est l’objectif de la coordination que nous avons conduite il y a deux jours avec en particulier des entrepreneurs allemands. Et je sais aussi que c’est l’approche que vous voulez avoir. Et donc, je pense que nous avons besoin de continuer à mieux intégrer nos économies et d’avoir un agenda stratégique, si je puis dire, de pleinement assumé sur le plan sino-européen. L’accord qui vient d’être signé, sur les indications géographiques est très important, ça fait des années et des années qu’on poursuit cette négociation avec le président Juncker, dont je salue l’engagement, et la chancelière Merkel. En mars dernier lors de votre visite d’Etat, nous avions décidé tous ensemble d’apporter un effort final. Il a été signé officiellement aujourd’hui et il marque véritablement une avancée de ce cadre de confiance entre la Chine et l’Europe parce qu’il permet véritablement de donner un cadre au respect de la propriété intellectuelle, du bon cadre d’investissement entre la Chine et l’Europe.

Il y a maintenant une prochaine étape de cet agenda stratégique sino-européen qui doit se consacrer, lors du Sommet de Leipzig à la fin de l’année 2020, qui est l’accord d’investissement. Il y a maintenant un très gros travail à faire pour que nous puissions finaliser ce travail qui, depuis des années se poursuit entre la Chine et l’Europe, qui est de bâtir un cadre d’investissement, et vous l’avez parfaitement dit, équitable, loyal - on connaît les sujets de sensibilité de part et d’autre - mais qui permettra d’améliorer les accès aux marchés, de bien respecter la propriété intellectuelle, de clarifier les cadres capitalistiques d’intervention et d’avoir un cadre équitable entre nos entreprises qui permette le meilleur accès aux marchés, de part et d’autre. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour agir utilement et je sais que la présidente Von Der Leyen est aussi pleinement engagée dans cet agenda. Et je souhaite que notre sommet de Leipzig permette de parachever ce point.

Et puis, cet agenda sino-européen, qui est très important pour notre cadre d’affaires, il est évidemment très structurant aussi en matière climatique et environnementale. On ne peut plus parler de commerce, on ne peut plus parler d’échanges comme nous le faisons aujourd’hui si nous n’intégrons pas la dynamique et la composante climatique, on le sait bien. Beaucoup d’entreprises d’ailleurs ici présentes sont engagées sur ce sujet. C’est d’ailleurs un modèle d’innovation, d’expansion. C’est une contrainte et une opportunité pour nos pays et nos peuples. Et je sais combien vous êtes engagé, je l’ai rappelé tout à l’heure dans notre déclaration de presse commune. Sans l’engagement de la Chine et la forte coordination, je dois le dire, de la Chine et de la France, de la Chine et de l’Europe, ces deux dernières années auraient sans doute eu un visage différent. Simplement, 2020 est un point de rendez-vous. Et nous devons aussi réussir à acter un approfondissement de notre partenariat sur ce sujet. Et cela concerne aussi nos femmes et hommes d’affaires et nos entreprises. Parce que nous avons à mettre en oeuvre tout ce qui a été décidé dans nos stratégies nationales. La stratégie que vous avez décidée et que je saluais tout à l’heure en matière de réforme des systèmes de refroidissement qui est très structurante, de mobilité. Maintenant, il faut qu’en 2020, nous arrivions, nous Européens à prendre les décisions qui nous incombent en matière de rehaussement des objectifs 2030 et 2050. Et que le partenariat sino-européen se structure par un rehaussement de nos engagements. Et je crois que le point d’aboutissement doit être là aussi le Sommet entre l’Union européenne et la Chine à Leipzig et la COP à Glasgow qui se tiendra à peu près au même moment. C’est à ce moment-là que nous devons consacrer une nouvelle série d’engagements et donc une nouvelle série clé pour les transitions qui sont les nôtres. Parce que ça veut dire aussi coordonner le rehaussement de nos prix de carbone, coordonner la mutation de nos entreprises, coordonner la capacité à apporter le meilleur service aux entreprises en réduction de l’énergie, gestion des complexités, émergence de stratégies alternatives en mobilité ou en production d’énergie. Et donc, là aussi, c’est une coordination très forte mais sur ce sujet de la lutte contre le réchauffement climatique, je crois que nous devons continuer de nous coordonner.

Et puis enfin, cet agenda sino-européen, Président, il est évident qu’il a une composante commerciale au sens multilatéral du terme. Vous l’avez évoqué, c’est la réforme de l’Organisation mondiale du commerce. Aussi vrai que nous devons nous doter d’un cadre clair pour vous, pour pouvoir agir sur le plan bilatéral, nous doter d’un cadre clair sur le plan européen, l’accord d’aujourd’hui, celui que nous visons sur l’investissement, il faut qu’il y ait un cadre commercial stable et coopératif sur le plan international. La ministérielle que vous avez organisé en marge de la Foire de Shanghai était une étape importante mais à nous maintenant de proposer dans les prochaines semaines des réformes très profondes. Et je le dis parce que je pense que la Chine et l’Europe ont une responsabilité toute particulière. Certains n’y croient déjà plus. Ils nous regardent. Et ne pas proposer ou penser que les propositions viendront de ceux qui aujourd’hui doutent ou remettent en cause le système multilatéral est une erreur fondamentale. C’est à nous de proposer les termes de cette réforme ensemble et de dire comment on bâtit un cadre qui est plus réactif, qui règle plus rapidement les différends, qui traite plus rapidement des sujets qui ont parfois été des sujets de sensibilités que nous avons su purger entre nous sur les surcapacités, qui clarifie les questions de subventions, qui donne un cadre clair à la propriété intellectuelle. Au fond, il y a ceux qui y croient et ceux qui n’y croient pas, mais il faut que ceux qui y croient, au commerce international, maintenant fassent concrètement et bâtissent les nouvelles règles. Je crois que ça fait partie de l’agenda qui est aussi le nôtre pour les prochains mois. Et nous nous sommes donnés comme objectif avant le prochain G20 de parachever ces travaux. Je crois que c’est indispensable.

Je ne veux pas être plus long mais je voulais vous dire d’abord, tout le chemin qui a été fait depuis janvier 2018, que je mesure. Maintenant il doit être traduit en actes et en chiffres et donc dans les résultats des entreprises. Il suppose votre mobilisation de part et d’autre. Nous, on a fait avec le Président notre travail, on va arrêter et aller déjeuner mais on continuera à surveiller et à agir. Mais aussi tout ce que cela suppose d’engagement entre l’Europe, la Chine et sur le plan international dont nous avons pleinement conscience et que nous allons poursuivre ensemble. Voilà !

Merci d’être là. Merci de poursuivre le travail lancé en janvier 2018 et merci Président pour le choix réaffirmé de l’ouverture qui est le vôtre. Je crois dans ce choix et je pense qu’il implique de poursuivre le travail sérieux qui est aussi le nôtre ensemble.

Merci à vous./.

Dernière modification : 02/12/2019

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