Tribune libre du Consul général d’Allemagne à Shanghai

A l’occasion de la célébration du cinquantième anniversaire du Traité de l’Elysée, la Lettre de Shanghai a ouvert ses colonnes au Dr Wolfgang Röhr, Consul général d’Allemagne à Shanghai (le texte original en allemand suit sa traduction française).

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Dr Wolfgang RÖHR, Consul général de la République fédérale d’Allemagne à Shanghai

« Chères amies, chers amis,

Je ne vous raconterai pas aujourd’hui l’histoire d’un petit village d’irréductibles qui défend son indépendance au bord d’un continent sous occupation ; d’autres vous en parleraient mieux que moi...

J’aimerais plutôt vous parler de deux pays comparables en superficie et nombre d’habitants, qui chacun à leur manière jouent un rôle considérable dans la région du monde où ils se situent. Un simple cours d’eau les sépare. Au cours des siècles, leurs langues se sont enrichies respectivement de vocabulaire et d’expressions nouveaux, au point parfois de conserver ces mots inchangés. Les deux pays partagent la même religion – une religion venue d’ailleurs qui a inspiré de formidables édifices dans les deux pays, autant de monuments culturels qui, malgré des variations de style, présentent de fortes ressemblances.

Cette proximité n’assura pourtant pas la paix entre eux - bien au contraire : leurs armées se sont combattues à maintes reprises ; chacun eut à subir invasions et occupations. Ces affrontements laissèrent des traces – de terribles souffrances, de mauvais souvenirs, mais aussi des influences culturelles de part et d’autre.

Chaque fois qu’un des deux pays s’est retrouvé vaincu, on a vu émerger parmi sa population une haine contre les vainqueurs et le désir de revanche face à l’humiliation de la défaite. On les qualifia alors d’« ennemis héréditaires ».

Mais toujours des relations culturelles très intenses ont ré-émergé : écrivains ou hommes d’État sont revenus séjourner dans les villes et universités l’un de l’autre pour y poursuivre leurs études, en apprendre la culture et s’ouvrir l’esprit en faisant la connaissance de son voisin. Ainsi, à côté de la colère et de la douleur, se sont maintenus des contacts très proches.

De quels pays est-ce que je parle ? De l’Allemagne et de la France, bien sûr.

Avec un si douloureux passé, cela relève presque du miracle que le Traité de l’Élysée ait réussi à établir il y a 50 ans une amitié durable entre ces deux pays qui avaient pendant si longtemps partagé une histoire brouillée.

C’est en s’appuyant sur les premiers pas d’une future Union européenne - en commençant par la Communauté européenne du charbon et de l’acier, suivie par les Traités de Rome et la Communauté européenne économique - que le Président français, Charles de Gaulle, et le Chancelier allemand, Konrad Adenauer, ont donné jour au Traité de l’Élysée de 1963. Deux hommes politiques à la personnalité bien différente : le premier, héros de la résistance française contre l’Allemagne ; l’autre, un Européen à forte conviction chrétienne. Tous deux liés par une amitié personnelle et la prise de conscience qu’il était temps de mettre fin une fois pour toute à l’hostilité historique entre les deux pays. Ils comprirent également que pour dépasser les clivages du passé, il était indispensable que l’un des deux avoue ses fautes – mais aussi que l’autre puisse accepter cet aveu.

Sur cette base, les contacts se sont améliorés rapidement à tous niveaux de gouvernement et de la société civile. Un programme destiné à faciliter les rencontres entre jeunes Français et Allemands a joué un rôle particulièrement durable. J’ai moi-même participé à ces échanges entre 17 et 20 ans, en me rendant deux fois en France avec des groupes de jeunes Allemands et en recevant un groupe de jeunes Français à Berlin.

S’ensuivit un nombre infini d’échanges, jumelages et partenariats, et même un manuel d’histoire franco-allemand qui permet de croiser les regards sur une histoire variée. En voyageant aujourd’hui dans un avion Airbus de Shanghai à Pékin, à Canton, ailleurs en Asie, en Europe ou en Amérique, vous réalisez que cet avion n’existerait pas sans le Traité de l’Élysée.

Cela veut-il dire que l’Allemagne et la France sont aujourd’hui toujours du même avis sur tous les sujets ? Bien sûr que non. Liés en amitié, les deux pays peuvent à l’occasion poursuivre des intérêts divergents ou appliquer différents points de vue. Récemment encore, les efforts requis pour résoudre la crise de l’endettement en Europe nous en fournissent un bon exemple.

Mais les deux États n’oublient jamais qu’il serait très difficile de trouver des solutions aux questions européennes et internationales sans leur entente. Et nous savons que notre continent ne pourra participer véritablement au monde de demain qu’à la condition de s’unir ; or, une Europe unie ne peut exister sans l’amitié franco-allemande. »

Dr Wolfgang RÖHR, Consul général
de la République fédérale d’Allemagne à Shanghai

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“Liebe Freunde,

Ich will heute nicht von einem kleinen Dorf schreiben, das ganz am Rande eines im übrigen besetzten Kontinents auf seine Unabhängigkeit pocht ; diese Geschichte schreiben andere besser …

Ich möchte von zwei Ländern sprechen, die, von ungefähr gleicher Größe, in ihrem Teil der Welt beide über beträchtliches Gewicht verfügen. Sie werden nur durch ein schmales Wasserband getrennt ; ihre Sprachen haben manches voneinander übernommen, einige Worte sogar unverändert. Sie haben eine Religion – die in einem anderen Teil der Welt entstand -gemein. Die großartigen Bauten, die diese Religion inspiriert hat, ähneln - bei aller Unterschiedlichkeit – einander sehr.

Diese Nähe hat jedoch nicht dazu geführt, dass sie in Frieden miteinander gelebt hätten : Im Gegenteil : Ihre Armeen kämpften viele Male gegeneinander, es gab Invasionen und Besatzung. Die Erinnerung hieran – so schrecklich diese Zeiten auch gewesen sein mögen – ist indes auch heute noch zum Teil als Spur der anderen Kultur erkennbar.

Jedes Mal, wenn ein Land eine Auseinandersetzung verloren hatte, gab es in der Bevölkerung Hass gegen den Gewinner und den Wunsch, die Schmach des Verlustes alsbald wieder gut zu machen. Sie nannten einander „Erbfeinde“.

Doch immer wieder gab es auch enge kulturelle Verbindungen zwischen Ihnen : Schriftsteller wie Staatsmänner kamen zum Studium in die Städte und an die Universitäten des jeweils anderen Landes, studierten seine Kultur und lernten von ihm. So standen neben Zorn und Schmerz stets auch enge Kontakte.

Von welchen Ländern spreche ich ? Natürlich von Deutschland und Frankreich !

Nach der schweren Vergangenheit erscheint es fast wie ein Wunder, dass vor 50 Jahren mit dem Elysée-Vertrag die Grundlage für eine dauerhafte Freundschaft zwischen diesen beiden so lange miteinander verfeindeten Staaten geschaffen wurde. Es begann mit der Europäischen Gemeinschaft für Kohle und Stahl, dann folgten die Römischen Verträge und die Europäische Wirtschaftsgemeinschaft.

Der französische Präsident, Charles de Gaulle, und der deutsche Bundeskanzler, Konrad Adenauer, schufen im Rahmen und auf der Grundlage dieser europäischen Einigung den Elysée-Vertrag von 1963. Beide waren durchaus unterschiedlich : de Gaulle der Held der Résistance gegen Deutschland ; Adenauer, der Christ und Europäer. Beide verband eine persönliche Freundschaft und die Einsicht, dass es an der Zeit war, die historische Feindschaft ein für alle Mal zu beenden. Beide verstanden auch : Zu einer Überwindung der Vergangenheit gehört die Bereitschaft des einen, seine Schuld einzugestehen – aber ebenso auch die Bereitschaft des anderen, dieses Eingeständnis anzunehmen.

Was folgte, waren immer bessere Kontakte auf allen Ebenen der Regierung und der zivilen Gesellschaft. Besonders nachhaltig war ein Programm, das das Kennenlernen junger Deutscher und Franzosen förderte – ich bin selbst als 17- bis 20-Jähriger zweimal mit einer Gruppe junger Deutscher in Frankreich gewesen und habe eine Gruppe junger Franzosen in Berlin empfangen.

Es folgten zahllose Partnerschaften zwischen deutschen und französischen Städten und sogar ein gemeinsames Geschichtsbuch, das sich um eine neutrale Sicht auf die wechselvolle Historie bemüht. Wenn Sie heute von Shanghai aus mit einem Airbus nach Peking, Kanton, Asien, Europa oder Amerika fliegen, dann denken Sie daran, dass es dieses Flugzeug ohne den Elysée-Vertrag nicht gäbe.

Heißt das, dass Deutschland und Frankreich heute zu allen Fragen die gleiche Auffassung haben ? Natürlich nicht : Freundschaftlich miteinander verbunden, verfolgen sie natürlich manchmal unterschiedliche Interessen und voneinander abweichende Sichtweisen – die Bemühungen um die Bewältigung der Staatsschuldenkrise in Europa haben dies gezeigt.

Beide Staaten vergessen jedoch nie, dass es ohne Verständigung zwischen ihnen nur schwer möglich wäre, Lösungen für europäische und internationale Fragen zu finden. Denn wir wissen, dass unser Kontinent in der Welt von morgen nur als vereintes Europa eine Chance auf angemessene Mitsprache hat – und ein vereintes Europa kann es ohne die deutsch-französische Freundschaft nicht geben.”

Dr Wolfgang RÖHR
Generalkonsul der Bundesrepublik Deutschland in Shanghai

Dernière modification : 04/08/2014

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