Tribune du ministre Jean-Yves Le Drian dans le Huanqiu Shibao

A l’invitation de mon homologue chinois M. WANG Yi, j’entamerai le 24 novembre ma première visite en Chine en tant que ministre de l’Europe et des Affaires étrangères de la République française. A toutes celles et ceux que je serai amené à rencontrer, j’exprimerai la volonté qui anime la France d’un partenariat placé sous le signe de la confiance et de la réciprocité, à l’image des intérêts mutuels que nous partageons aujourd’hui. Notre relation s’inscrit dans le temps long d’une histoire où la diplomatie a joué, à travers les âges, un rôle de premier plan. La France a été le premier grand pays occidental à reconnaître officiellement la République populaire de Chine, en 1964. C’était une décision qui relevait du « poids de l’évidence et de la raison », pour reprendre les mots du général de Gaulle qui l’assuma à l’époque. L’avenir a donné raison à cette vision autant historique que stratégique comme en témoigne, depuis plus de cinquante ans, le développement continu de nos partenariats.

Notre coopération est industrielle et scientifique, culturelle et universitaire ; elle se développe dans tous les domaines où la France comme la Chine assument leur statut de puissances innovantes, maîtresses de leur destin et capables de rayonner dans le monde entier. C’est la preuve que le partage par nos deux pays de ce qu’ils ont de meilleur peut se faire au bénéfice mutuel de nos peuples et de nos souverainetés. Ce partenariat global, la France souhaite donc aujourd’hui l’étendre à de nouveaux secteurs, dans un esprit d’équité. Je pense tout particulièrement aux domaines de l’économie verte qui engagent la transformation de nos modes de vie et de production face à l’urgence climatique et environnementale.

Notre dialogue politique, nos relations économiques se renforcent également par les rencontres et les échanges entre nos sociétés civiles, qu’il s’agisse du tourisme ou du choix de l’excellence universitaire française que font de nombreux étudiants chinois. Cette ouverture réciproque, c’est aussi ce que permet la révolution de la communication internationale offerte par les technologies numériques. La quatrième session du dialogue franco-chinois de haut niveau sur les échanges humains, que j’aurai l’honneur de co-présider avec la vice Premier-ministre Madame LIU Yandong, sera l’occasion de réaffirmer cette ambition.

Cette exigence de coopération et d’ouverture, nos deux pays ont aussi en commun de la promouvoir à l’échelle mondiale, à la mesure des transformations et des crises qui traversent aujourd’hui la scène internationale. Alors que l’intégration de l’économie mondiale a atteint un niveau inégalé, que les flux croisés de biens, de services et de personnes n’ont jamais été aussi importants, la France défend, à l’instar de la Chine, le principe de l’ouverture dans le domaine des échanges commerciaux. Mais pour être bénéfique à tous dans l’économie globalisée qui est la nôtre, l’ouverture des marchés doit être réciproque. Ces dernières années, la perception de la mondialisation s’est modifiée dans les opinions occidentales, en France, en Europe comme aux Etats-Unis. Nos concitoyens nous demandent d’agir de telle sorte que la mondialisation soit organisée de façon juste et équitable, dans le domaine commercial, mais aussi dans la régulation des activités financières et la redistribution de la richesse. Pour cela, nous avons besoin de règles claires, respectées et mises en œuvre par l’ensemble des acteurs. C’est le message que la France porte dans les instances internationales, comme lors du dernier G20 à Hambourg.

C’est aussi le sens de l’ambition européenne renouvelée de notre pays, celui d’une Europe souveraine dans le domaine économique, capable de projets collectifs majeurs, dans l’industrie, les nouvelles technologies, en matière d’investissement et d’innovation. L’Union européenne est le principal partenaire économique de la Chine : nous souhaitons donc que notre partenariat puisse également aller de l’avant dans ce cadre.

Nos diplomaties respectives sont présentes dans le monde entier ; c’est le signe de l’échelle planétaire de nos intérêts et de la conviction que nos cultures peuvent également contribuer au dialogue universel des civilisations. C’est aussi l’expression des responsabilités internationales que nous assumons en tant que membres permanents du conseil de sécurité des Nations unies. Face aux tensions et aux incertitudes qui caractérisent notre époque, nous partageons une même conception globale de la sécurité et de la stabilité internationale, la seule réaliste dans le monde interdépendant qui est le nôtre. Malgré la distance géographique, la France ne peut être indifférente à la menace que représente la prolifération nucléaire et balistique de la Corée du Nord, en violation du droit international. Sur ce sujet, la sécurité internationale passe par le retour de Pyongyang à la table des négociations et son entrée dans un processus similaire à celui qui a abouti à la signature de l’Accord de Vienne avec l’Iran en 2015. Le soutien que la Chine a apporté aux dernières résolutions votées par le Conseil de sécurité atteste du consensus existant entre les membres permanents. Il démontre la nécessité d’une entente multilatérale pour traiter des questions de sécurité dont l’ancrage régional ne doit pas occulter la portée globale. Très engagée au Moyen-Orient et au Sahel, la France connait les préoccupations réciproques de la Chine s’agissant des crises de sécurité dans ces régions, comme en témoigne son engagement humain et financier au sein du système des Nations-unies, je pense en particulier aux opérations de maintien de la paix.
Nos responsabilités ne se limitent pas aux questions de sécurité mais elles s’étendent à l’ensemble des biens communs dont nous sommes collectivement les garants. La France sait qu’elle peut compter sur le soutien de la Chine lors du Sommet international sur le climat qui se tiendra à Paris le 12 décembre prochain afin de poursuivre nos efforts de mise en œuvre des objectifs de l’accord de Paris sur le climat. Notre participation conjointe lors du lancement du pacte mondial pour l’environnement en septembre dernier exprime également notre communauté de vues dans ce domaine.

Nous devons aussi faire preuve de créativité multilatérale pour répondre aux transformations technologique et sociales de notre temps. Je pense notamment au monde numérique et à la sécurité dans le cyberespace. Dans ce domaine, nous devons bâtir une gouvernance associant acteurs étatiques et acteurs privés : les entreprises ont en effet une responsabilité à jouer dans la protection et la stabilité de l’espace numérique. Là encore, la France souhaite agir de concert avec la Chine pour promouvoir une régulation indispensable à un ordre international juste et profitable à tous.

Aujourd’hui, qu’il s’agisse de la sécurité, du climat, des échanges économiques, de la santé ou de l’éducation une action internationale coordonnée est plus indispensable que jamais face aux défis globaux qui nous concernent tous. La réponse aux enjeux internationaux passe par davantage de coopération. C’est par la promotion des normes, par le soutien à un cadre multilatéral d’action que nous pouvons garantir la transparence et la prévisibilité des relations internationales, résoudre les crises auxquelles nous sommes confrontées et favoriser la stabilité et la paix.
Au-delà de ma visite, le calendrier bilatéral extrêmement riche des semaines et des mois à venir, nous donnera l’occasion, je le souhaite, d’avancer dans cette voie pour laquelle la force de notre amitié et de nos intérêts partagés est un atout.

Dernière modification : 27/11/2017

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