Témoignage d’une lycéenne de Wuhan au lycée Michel Montaigne de Bordeaux

Enthousiasme sans pareil chez les jeunes du secondaire ayant fait connaissance avec le système éducatif français : témoignage d’une jeune lycéenne ayant vécu son année de classe de première à Bordeaux.

« Mobilité étudiante » peut prêter à confusion, l’expression risque d’être saisie de façon restrictive : à Wuhan, les flux ne concernent pas uniquement les étudiants du supérieur. L’école des langues étrangères de Wuhan, très ouverte à l’international, entretient un partenariat sans faille avec le lycée Michel Montaigne de Bordeaux depuis près d’une génération déjà. Des séjours ont été réalisés (élèves, professeurs, responsables administratifs) de part et d’autres des deux continents européen et asiatique depuis 1994.

Présentation de l’établissement et témoignage.

L’école des langues étrangères de Wuhan, dont la structure principale est située dans Wan Song Yuan Lu à Hankou, a été fondée en 1964 dans le but de former des spécialistes des langues étrangères. Au démarrage, 3 langues étaient proposées : l’anglais, l’allemand et le japonais et dès le1er septembre de l’année 1972, elle s’est dotée d’une section de français (enseignement de 300 heures annuelles). L’école offre une organisation intégrée puisque les 300 enseignants qu’elle emploie forment actuellement plus de 4000 apprenants du niveau primaire à la fin du niveau secondaire.

L’établissement est réputé pour la qualité de ses programmes d’enseignement : de 2003 à 2009 ce sont ses jeunes élèves qui ont terminé premiers au concours national d’entrée à l’université, le Gaokao (filière sciences et filière lettres).

L’école est également connue pour son haut niveau d’exigence quant à la sélection de ses élèves. Pour les lycéens intéressés par l’apprentissage du français, les modalités de recrutement consistent en une sélection sur dossier puis en une participation à un test propre à l’école des langues étrangères. Ceux qui enregistrent les meilleurs résultats sont admis dans les classes de français. Les autres, dont la note au test est inférieure de 10 points à celle des premiers, sont orientés vers les classes d’allemand. Les classes de français constituées comptent peu d’élèves (25 en moyenne) ce qui est favorable à la prise de parole en classe et aux travaux de groupes.

De par son positionnement, l’école des langues étrangères dont la devise est « Be prepared for the world and the future » est ouverte à l’international : elle a contracté des partenariats avec divers établissements de divers pays du monde dont un certain nombre bien sûr, avec des établissements français. Avant même la mise en place du jumelage entre les deux villes de Wuhan et de Bordeaux dans le cadre de la coopération décentralisée, elle s’est rapprochée d’un lycée situé à Bordeaux : le lycée Michel Montaigne. Cette relation qui est née en 1994 est rythmée par des périodes de mobilité étudiante : des élèves bordelais passent une quinzaine de jours à Wuhan où ils pratiquent leur chinois dans leurs familles d’accueil et en ville, où ils découvrent le mode de fonctionnement des lycées, où ils font des visites touristiques... A quelques mois d’intervalle, ce sont les jeunes wuhanais qui font le déplacement jusqu’à Bordeaux.

Au delà des échanges, ces deux lycées entretiennent depuis 1994 une relation de coopération éducative remarquable. Chaque année, 2 élèves de l’école des langues étrangères partent pour Bordeaux où ils sont intégrés à une classe de 1ère du lycée Montaigne – par réciprocité deux élèves de seconde du lycée Montaigne de Bordeaux viennent passer 1 an au LEE. Ce programme est soutenu par l’Ambassade de France en Chine (attribution d’une aide financière à l’établissement français pour l’accueil des deux élèves chinois, lesquels bénéficient également d’une bourse de couverture sociale). Ils quittent Wuhan fin août pour y revenir début juin, généralement ravis de leur expérience en France, comme la jeune He Yuesi, Alice pour les Français, de retour a Wuhan, nous fait part de son ressenti sur l’expérience qu’elle a vécue depuis la préparation au départ pour la France jusqu’à son retour dans sa classe de Wuhan.

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Mlle He Yuesi, qui a passé un an au lycée Montaigne de Bordeaux

Comment vous êtes vous préparée à votre départ de Wuhan ?

Pour préparer mon départ, j’ai pris contact avec les élèves des promotions passées qui ont fait un séjour à Bordeaux dans le cadre de ce même programme d’échange. Ils m’ont donné des conseils et apporté des précisions sur les démarches à suivre. Par ailleurs, avec l’école, on a la possibilité d’avoir un correspondant français dès la première année de lycée et on peut lui rendre visite pour une courte période. Quand je suis allée chez ma correspondante alors que j’étais en classe de seconde, on a beaucoup parlé de la vie en France. Quant à la ville de Bordeaux, elle nous a été présentée en quatrième par notre lectrice bordelaise qui avait beaucoup de documents et de nombreuses informations à nous transmettre. Après toutes ces préparations je me suis sentie bien à l’aise même au début de l’année scolaire.

Qu’avez-vous fait pour vous adapter à l’enseignement en France ? Avez-vous changé votre façon d’apprendre vos leçons ?

Oui bien sûr, ma façon d’apprendre a changé, particulièrement en cours de français. Comme j’étais en classe de première, avec un programme non aménagé de classe de première, il n’y avait quasiment pas de leçon de base sur le vocabulaire, sur la grammaire. Il n’y avait quasiment pas non plus de cours de méthodologie pour la rédaction de textes « à la française ». Le format de la dissertation, les figures de styles, etc., j’ai appris tout cela par moi-même. Je pense donc que les études en France exigent plus d’efforts qu’en Chine, notamment plus d’efforts de recherche personnelle parce qu’il faut trouver des documents qui complètent les cours donnés en classe par les professeurs.

Pouvez-vous citer et commentez deux expériences vécues en France qui vous ont marquées par leur grande différence avec ce que vous aviez imaginé ?

D’abord j’étais un peu surprise par ce qui se passait dans les salles de classe : les copains français sont beaucoup plus intéressés par les sujets politiques et culturels qu’en Chine, les discussions sont agréables et ont une valeur d’apprentissage.
Je me souviens aussi de la célébration de Noël : j’ai constaté une moindre présence du fond religieux dans la célébration de cette fête par les français que ce que j’imaginais.

Quelles sont les différences entre les professeurs de lycée en France et les professeurs de lycée en Chine ?

Dans l’ensemble les professeurs en France sont très différents de ceux que j’imaginais : au lycée Montaigne, on avait surtout des professeurs âgés, expérimentés qui sont très gentils avec nous, dans le sens où ils se montrent tolérants vis à vis de notre travail scolaire et particulièrement patients : ils nous expliquent les points qui nous préoccupent, ils répondent aux questions qu’on a posées, même en-dehors des cours. Ils s’intéressent à notre vie en France et font leur possible pour nous aider. Dans certaines matières (par exemple en Histoire Géographie), ils parlent plus ouvertement et plus franchement : ils osent discuter de sujets importants qui ne sont pas inscrits au programme du bac et même si ces sujets sont sensibles.
En même temps les professeurs français ont moins de pression au travail et ils sont moins préoccupés par leur carrière : ils peuvent essayer de faire ce qui les intéresse au lieu de s’inquiéter de la note des élèves au concours national (gaokao). En somme les professeurs français portent moins leur attention sur « comment éduquer un lauréat » mais davantage sur « comment éduquer une personne ».

Où avez-vous habité ? Qu’avez vous apprécié ou moins aimé ?

A Bordeaux je résidais à l’internat du lycée, j’ai aimé cet endroit qui était sûr et pratique : cela me permettait d’avoir un temps de trajet extrêmement court. De temps en temps on avait des exercices de lutte contre l’incendie, j’ai remarqué que dans toutes les chambres il y avait des alarmes.
J’ai cependant regrette d’habiter toute seule, j’aurais aimé partager la chambre avec une fille française mais ça n’a pas été possible.

Alice affirme que le séjour en France a contribué à faire disparaître, ou pour le moins atténuer, ces marques de timidité qui lui pesaient parfois. Elle a pris de l’assurance et éprouve un immense plaisir à agir seule quand une opportunité lui est offerte de déployer un peu d’autonomie, que ce soit dans sa vie sociale ou dans l’organisation de son travail scolaire.
Elle aspire à retourner en France pour y faire des études de commerce. Peut-être qu’elle repassera par le lycée Michel Montaigne qui a déjà accueilli une quinzaine d’élèves de Wuhan dans ses classes préparatoires (en filières économique et scientifique).

Dernière modification : 08/07/2011

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