Sommet du G7 - Biarritz - Déclaration liminaire de M. Emmanuel Macron, président de la République à l’occasion de la conférence de presse conjointe avec M. Donald Trump, président des Etats-Unis d’Amérique

(Biarritz, 26/08/2019)

(Seul le prononcé fait foi)

Monsieur le Président, Madame la Première dame, Mesdames Messieurs,

Je voulais à l’issue de ce G7 que nous venons de tenir pendant près de 2 jours, évidemment vous rendre compte, mais avant toute chose remercier le président Trump, l’ensemble des chefs d’Etat et de gouvernement présents, pour ce travail extrêmement productif, pour les très bonnes discussions, les très bons échanges que nous avons eus depuis samedi soir ensemble.

En effet, il y avait beaucoup de nervosité au début de ce G7, beaucoup d’attentes, parfois beaucoup de tensions, de conflictualité qui pouvaient être rapportés et je peux ici vraiment dire que ce à quoi nous avons tenu ensemble tout particulièrement, c’est qu’un message d’unité, un esprit positif des discussions, puissent ressortir et c’est qui est vraiment ressorti de nos échanges sur de nombreux sujets. Nous n’avons pas négocié, comme je m’y étais engagé, un très long texte et vous sera remise dans quelques instants une seule page de déclaration. Il y a ensuite beaucoup d’annexes, de textes qui ont été agréés mais une seule page qui revient sur quelques sujets évidemment essentiels au-delà des discussions et des sessions de travail que nous avons pu avoir.

Nous avons tenu à faire cette conférence de presse ensemble et je laisserai ensuite le président Trump, la première dame et l’ensemble de son staff ici dans cette salle pour qu’ils puissent poursuivre par sa propre conférence de presse et répondre à la presse américaine et internationale sur tous les autres sujets, et je rendrai compte de manière plus détaillée un peu plus tard de l’ensemble des points sur lesquels nous avons réussi à trouver un accord et les avancées sur de nombreux sujets : de la biodiversité en passant par le numérique.

Mais nous tenions à avoir cette conférence de presse ensemble parce que l’année prochaine ce sont les Etats-Unis d’Amérique qui auront à accueillir le G7 et ce passage de témoin de présidence à présidence est un point auquel nous tenions et puis, je dois vous dire, parce que nous avons durant ces deux jours et demi fait beaucoup de choses ensemble. On a sans doute plusieurs points communs mais l’un tout particulièrement avec le président Trump : nous n’aimons pas perdre notre temps et nous aimons avoir des résultats, des accords et mettre tout le monde dans une dynamique positive. Et donc dès l’arrivée du président Trump à travers le déjeuner en tête-à-tête que nous avons eu - qui je dois dire a été sans doute une des discussions les plus productives et les plus riches que nous ayons eue ensemble - nous nous sommes mis dans une dynamique qui a permis véritablement de faire avancer nombre de dossiers. Je veux vraiment vous remercier Monsieur le Président pour cet esprit et l’efficacité.

Juste quelques mots sur des points qui étaient très attendus en particulier pour deux pays. Sur l’Iran, le président Trump et moi-même avons eu des échanges toutes ces dernières semaines mais particulièrement ces deux derniers jours. Nous sommes d’accord pour dire que l’Iran doit respecter ses obligations nucléaires, doit avoir un comportement responsable dans le Golfe et travailler avec nous. Et au fond on a deux choses très claires auxquelles nous tenons : l’Iran ne doit jamais avoir l’arme nucléaire et cette situation ne doit pas menacer la stabilité de la région. La France a pris plusieurs initiatives, et j’en ai toujours tenu informé le président Trump, pour essayer de trouver des moyens techniques de bouger parce que les décisions américaines des derniers mois ont mis beaucoup de pression et doivent nous mettre en situation d’améliorer justement la sécurité régionale de la région. Par cette coordination nous avons pris une initiative hier qui a été de faire revenir le ministre des affaires étrangères iranien. Il y a eu de nombreux échanges avec les ministres français qui ont permis justement de dessiner un chemin. Rien n’est fait. Les choses sont encore éminemment fragiles mais il y a des discussions qui se sont ainsi amorcées sur le plan technique avec véritablement des avancées. Ce matin le président Rohani a clairement dit qu’il était prêt à rencontrer tout responsable politique si c’est dans l’intérêt de son pays. Ce que j’ai dit au ministre Zarif et ce que j’ai dit, par téléphone, au président Rohani, c’est que s’il acceptait une rencontre avec le président Trump, ma conviction est qu’un accord peut être trouvé. On en connaît les termes, les objectifs mais il faut maintenant se mettre autour de la table et y arriver. Donc je souhaite que dans les prochaines semaines, sur la base de ces échanges, nous puissions réussir à avoir un entretien au sommet entre le président Rohani et le président Trump. Bien entendu moi-même et nos partenaires qui ont un rôle à jouer dans la négociation nucléaire, pourrons être là et serons pleinement associés mais je pense que ce rendez-vous est très important et que ces derniers jours de clarification à la fois, les messages forts qui ont été apportés, le mouvement qui a été fait, le travail qui a été fait aussi entre nos ministres, et je veux remercier ici le ministre Mnuchin, le ministre Le Maire, le ministre Le Drian qui sont là et qui ont permis de beaucoup avancer sur ces sujets. Nous avons créé les conditions de cette rencontre et donc d’un accord. Je suis toujours très prudent, il faut être très humble mais je pense que c’est en tout cas quelque chose qui stoppe toute escalade et qui permet d’arriver aux objectifs que nous poursuivons. Et je veux vraiment vous remercier, Président, d’avoir durant la discussion que nous avons eue, à la fois samedi midi et samedi soir, montré cette volonté de trouver un accord, ce qui est votre tempérament, et de le trouver aussi dans des termes qui sont bons pour la sécurité de la région parce que l’objectif final, l’exigence que vous avez c’est qu’il n’y ait pas justement l’obtention de l’arme nucléaire et d’avoir plus de visibilité dans le temps.

Sur le commerce, nous partageons beaucoup de constats, d’analyses, on a une très bonne discussion, j’y reviendrai plus tard dans le détail mais là-dessus je crois pouvoir dire que l’échange a clarifié ce qui légitimement fait que les Etats-Unis considèrent aujourd’hui que la situation n’est pas juste. Nous avons des règles internationales sur le commerce et je crois que nous sommes tous d’accord, et d’ailleurs nous l’avons dit dans cette page que nous sortons ensemble, qu’il est bon d’avoir des règles et une organisation tous ensemble du commerce. Mais cette organisation collective elle n’a pas été assez efficace pour lever les barrières réglementaires, elle n’a pas été assez efficace pour régler des problèmes quand il y en avait, elle n’a pas été assez efficace pour protéger la propriété intellectuelle de nos industriels. Il y a des discussions en cours, en particulier une discussion entre le président Trump et le président Xi avec, on l’a vu encore ces dernières heures, des évolutions et un accord qui sera je l’espère trouvé. Mais nous avons aussi ici collectivement réaffirmé notre volonté de changer ces règles du commerce pour arriver à nos fins et dire "On doit les moderniser profondément, les réformer" pour que toutes ces situations injustes dont nos pays ont parfois été victimes qui fait que nos travailleurs ne sont pas respectés, que la propriété intellectuelle n’est pas protégée, doivent être stoppées. Et là le processus de réforme nous le connaissons et nous allons nous y atteler ensemble. Et ensuite il y a eu, il faut bien le dire, beaucoup de nervosité parfois liée à des malentendus ou à ce que certains acteurs économiques très puissants pouvaient dire sur cette fameuse taxe numérique française. On s’en est expliqué, parfois on en a plaisanté, mais je crois qu’on a trouvé un très bon accord et là encore le travail de nos ministres a permis de faire beaucoup avancer les choses. Au fond nous avons dans nos économies des situations qui sont très injustes. C’est que certains acteurs ne payent pas d’impôts et créent une concurrence déloyale avec d’autres acteurs. Ce sont d’ailleurs - ces gros acteurs internationaux qui ne payent pas d’impôts - ceux qui créent les changements les plus brutaux, créent parfois les plus grands déséquilibres mondiaux. Est-ce juste ? Non. Nous avons beaucoup poussé pour changer les règles internationales sur ce sujet, le faire au niveau européen, et c’est vrai qu’une dizaine de pays européens - la France mais aussi l’Italie, la Grande-Bretagne qui s’apprête à le faire - beaucoup de pays sont en train de le prendre sur une base nationale. Ce n’est pas contre telle ou telle compagnie, c’est pour régler ce problème, et d’ailleurs beaucoup de compagnies françaises seront touchées par cette taxe. Ce que la France veut, ce n’est pas du tout mettre en place cette taxe - vous m’avez entendu pour certains il y a plusieurs mois - c’est régler le problème international. Et je crois que là on a fait une vraie avancée parce que nous avons ensemble acté le fait que nous allons travailler pour trouver un accord en 2020 pour moderniser les règles de la fiscalité internationale dans le cadre de l’OCDE. Ce qui nous permettra de prendre en compte ces évolutions nécessaires et de lutter contre la concurrence fiscale dommageable qui détruit des emplois, y compris aux Etats-Unis. Sur cette taxe numérique nous avons aussi beaucoup travaillé en bilatéral franco-américain et nous avons un accord pour sortir des difficultés qu’il y a eu entre nous. Et donc on va travailler ensemble sur cette base bilatérale et sur cette base internationale pour trouver une solution, et je l’ai dit très clairement : le jour où on a cette fiscalité internationale, la France supprime tout projet de taxe, puisque c’était d’ailleurs ce qu’on voulait faire ; et tout ce qui a été payé au titre de cette taxe sera déduit de cette taxe internationale. C’est ce qui a été vu entre les ministres, je les laisserai évidemment s’ils veulent préciser les choses, mais ce qui est important de dire ici, c’est qu’on a trouvé un accord qui est bon de part et d’autre, que ce faisant on permet de régler des situations internationales qui étaient extrêmement négatives et qu’on modernise le système fiscal international. Ensemble, on travaille à des objectifs communs avec un esprit de coopération et je pense que c’est extrêmement important.

Voilà, sur la Libye, sur la Syrie, sur la Corée du Nord, Hong Kong, vous le verrez dans le texte on a beaucoup avancé et travaillé ensemble dans cet esprit d’unité que j’évoquais. Et enfin sur beaucoup d’initiatives concrètes aussi, je veux en citer une dont nous avons parlé le premier soir qui est l’Amazonie. Le président Trump a eu le président Bolsonaro au téléphone avant de venir. Il a d’ailleurs lui-même engagé très rapidement les Etats-Unis d’Amérique en soutien auprès des populations et nous avons acté d’un plan d’initiative extrêmement ambitieux que le président Piñera a présenté ce matin après avoir fait cette concertation avec l’ensemble des chefs d’Etat et de gouvernement de la région comme nous l’avions souhaité et le président Trump l’avait souhaité.

Voilà, je ne veux pas rentrer dans plus de détails mais je voulais insister sur ces points pour vous dire que nous avons avec beaucoup d’entrain travaillé ensemble très étroitement avec le président Trump durant ces deux jours, que nous avons réussi à dégager durant ce G7, et je veux remercier tous nos collègues, je crois des points de convergence inédits très positifs qui permettent d’avancer utilement. Maintenant on doit continuer à travailler dans les prochaines semaines, les prochains mois avec beaucoup de force. La Corée du Nord, on sait ô combien le président Trump est engagé dans ce combat et continuera de le faire, il nous en a parlé tout à l’heure et on sera derrière lui. J’espère qu’on trouvera un accord sur la Chine qui serait un vrai changement. Et on sera ensemble côte à côte sur tous les combats qui sont à mener.

Je voulais vraiment vous remercier, Président, de votre présence et de cette action durant ces deux jours, remercier la première dame également à vos côtés qui a été active aux côtés de mon épouse et de toutes les premières dames présentes mais qui nous fait toujours l’honneur de sa présence en France et elle sait ô combien elle est populaire dans notre pays. Et, Président, vous aurez l’année prochaine aussi la présidence de ce G7 et je vous laisse également annoncer à nos amis où et comment vous comptez l’organiser. J’y serai avec la même volonté de construire, de bâtir, de créer l’unité et la convergence mais merci infiniment Président./.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Dernière modification : 29/08/2019

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