Shanghai, ville durable : les éco-quartiers

La Chine a fait de la recherche de solutions de développement urbain durable l’une de ses hautes priorités. L’enjeu est de taille au moment où le pays connaît un processus d’urbanisation massif. Shanghai, avec ses 23 millions d’habitants, son architecture futuriste, après aussi l’Exposition universelle Better City, Better Life de 2010, est le lieu privilégié des expérimentations sur la ville durable. Largement menées sous le contrôle des autorités municipales, ces expériences sont souvent de très grande ampleur.

Pour le moment, il existe peu d’éco-quartiers aux standards européens à Shanghai. Des éléments écologiques sont de plus en plus fréquemment prévus (double-vitrage, isolation, pare-soleil...), mais ils sont rarement intégrés dans un programme d’ensemble. Les projets de grande envergure consistent principalement à limiter la densité du bâti, de sorte que celui-ci ne dépasse pas 40%, avec une surface habitable de 20m² par personne.

Quelques réalisations méritent néanmoins d’être notées.

Plusieurs expériences ambitieuses mais limitées

Quelques bâtiments écologiques, c’est-à-dire construits avec des matériaux recyclés ou à basse intensité carbone :

- L’hôtel Urbn, en centre-ville, a été réalisé presque entièrement en matériaux récupérés sur les chantiers de démolition de Shanghai (murs de briques ou de tuiles de récupération, planchers recyclés, cabine d’ascenseur récupérée d’un ancien immeuble du quartier…). Les émissions de CO2 liées à l’activité de l’hôtel sont compensées par des financements accordés à des projets de développement de production d’énergies renouvelables ou d’économies d’énergie ;

- Sur l’île de Chongming, un village-vacances écologique a été construit avec des maisons à basse intensité carbone, très étanches et pensées architecturalement pour éviter les pertes d’énergie.

- Le centre de recherche et de technologie de l’entreprise Dow, implanté en 2009 au sein du parc high-tech de Zhangjiang, est également construit en matériaux à faible impact environnemental. L’eau de pluie y est réutilisée pour l’irrigation ainsi que les toilettes ;

- L’Oréal a ouvert à Pudong un centre de R&D certifié LEED Gold (Leadership in Energy and Environmental Design).

Les projets d’éco-villes

Ces projets n’ont pas connu un grand succès. Le projet sino-britannique de Dongtan sur l’île de Chongming a échoué autant pour des raisons de politique locale que parce qu’il procédait d’un programme trop ambitieux conçu par des cabinets occidentaux prenant la Chine comme terrain d’expérimentations pour leur propres éco-villes, sans tenir compte des spécificités locales.

Deux quartiers rénovés dans un souci de développement durable méritent d’être signalés :

Suzhou Creek

Suzhou Creek a joué au temps des concessions un rôle de ligne de démarcation entre différentes sphères d’influences politiques (américaine, britannique et japonaise). A partir des années 1930, la rivière a été une importante voie de navigation au sein du port de Shanghai. Une multitude d’entrepôts et d’usines, notamment spécialisées dans le textile, ont été construites le long des rives du fleuve, donnant naissance à une zone industrielle importante. La rivière est par conséquent devenue la voie d’eau la plus polluée à Shanghai.

Avec le développement urbain et la restructuration industrielle de la ville au début des années 90, l’ensemble des usines ont été relocalisées, laissant des friches industrielles le long de la rivière. Depuis 1992, le gouvernement municipal de Shanghai a mené un projet de réaménagement de la zone avec pour objectif de faire de Suzhou Creek une zone résidentielle et commerciale attractive. En 1998, les autorités ont lancé un programme sur 12 ans pour améliorer la qualité de l’eau, atténuer l’impact des inondations, introduire la gestion des eaux usées et pousser à la revitalisation urbaine du quartier. Le dragage de 1,3 millions de m3 de boue et toxines industrielles a été achevé à l’été 2011.

La mobilisation d’artistes a abouti à une mise en valeur originale de la zone. La rivière a été désignée comme une zone de patrimoine industriel protégé. Une vingtaine de sites industriels ont été rénovés conformément aux styles architecturaux originaux. Les usines et entrepôts ont été conservés et abritent aujourd’hui musées, galeries d’art, boutiques, studios, restaurants, cafés et de nombreux ateliers d’artistes. La renaissance du quartier est loin d’être achevée mais la rivière Suzhou est d’ores et déjà considérée comme suffisamment propre pour accueillir les compétitions annuelles d’aviron.

Le quartier de Chaoyang

Premier village ouvrier de Shanghai dans les années 50, le quartier Chaoyang a bénéficié d’un important effort de rénovation dans les années 1980. 2 hectares d’espaces verts ont ainsi été recréés. Depuis 2009, les mots d’ordre « densité, mixité et accessibilité » inspirent le renouveau du quartier. A densité de population égale, des étages ont été rajoutés dans certains îlots pour offrir les rez-de-chaussée aux services et activités commerciales. Le confort des logements est également amélioré pour améliorer la qualité de vie des habitants et en attirer de nouveaux, créant ainsi une meilleure mixité sociale du bâti.


Pour d’autres regards sur des quartiers de Shanghai en pleine évolution :

Dernière modification : 19/12/2013

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