Séminaire sur les 30 ans de la coopération franco-chinoise dans le domaine nucléaire

À Pékin, en République populaire de Chine, le Premier ministre a tenu un discours à l’occasion du Séminaire sur les 30 ans de la coopération franco-chinoise dans le domaine nucléaire, le 6 décembre 2013.

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Séminaire sur les 30 ans de la coopération franco-chinoise dans le domaine nucléaire
Photo : AFP/Mark RALSTON

Seul le prononcé fait foi.

Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Messieurs les présidents d’instituts,
Monsieur l’administrateur général du CEA,
Mesdames et Messieurs,

Le 27 janvier prochain, la Chine et la France célébreront le 50ème anniversaire de l’établissement de leurs relations diplomatiques. C’est en 1964 que le Général de Gaulle constatait qu’il y avait quelque chose d’anormal dans le fait que la France n’ait pas de relation avec le pays le plus peuplé du monde et qu’il prenait cette décision historique de reconnaître le monde tel qu’il était en envoyant un ambassadeur à Pékin.

C’est, depuis lors, sur le socle de cette amitié solidement ancrée, de cette confiance tissée au fil du temps, que nos relations se sont développées pour embrasser à peu près tout le champ de l’activité humaine. Et c’est pour cette raison que je souhaitais rappeler devant vous cet acte fondateur.

Car, cet acte fondateur en a entraîné bien d’autres et c’est précisément ce qui nous réunit aujourd’hui.

En 1982, alors que la Chine venait d’entrer dans l’ère des réformes économiques qui allaient favoriser ce formidable développement qui a été le vôtre depuis trente ans, le Commissariat à l’énergie atomique signait avec le ministère de l’Industrie mécanique le premier protocole relatif à la coopération dans le nucléaire civil. S’en suivaient presqu’immédiatement les accords de 1983 conduisant à la construction de la centrale de Daya Bay, dont les deux réacteurs seront mis en service en 1993 et 1994.

Cette première étape marquait, en fait, le lancement d’une aventure industrielle commune qui se poursuit encore, trente ans plus tard, et qui témoigne au plus haut point de la singularité de la relation entre la Chine et la France.

Après le succès de Daya Bay, la construction de la centrale de Ling Ao a permis d’ancrer la place d’un réacteur de conception française au cœur du développement de l’énergie nucléaire dans votre pays. Les trois quarts des réacteurs en service ou en construction en Chine sont issus de cette aventure commune.

A présent, c’est à Taishan que notre coopération en matière de réacteurs franchit avec brio un nouveau cap. J’irai, après-demain, en prendre toute la mesure en visitant le chantier des deux premières tranches d’EPR qui avance à un rythme soutenu et qui, je l’espère, ouvrira rapidement la voie au lancement de deux tranches supplémentaires.

Le volet industriel de notre coopération demeure essentiel. Il va de pair avec un effort commun de recherche et de développement qui s’est traduit, dès l’origine, par les relations étroites tissées entre ingénieurs et scientifiques français et chinois, dont des centaines sont venus se former en France. Je tiens, avec vous, à leur rendre hommage.

Au cours de mon voyage, j’aurai d’ailleurs l’occasion de rencontrer les étudiants de l’Institut franco-chinois d’énergie nucléaire qui, à Zhuhai, dans la province de Guangdong - le berceau de notre histoire nucléaire commune - prépare les cadres qui la feront vivre dans les années à venir.

Au-delà, notre partenariat repose désormais sur quatre piliers :

- le volet industriel, que j’ai déjà évoqué, mais qui est loin d’avoir épuisé tout son potentiel avec les possibilités offertes par le développement commun de nouveaux réacteurs, compétitifs et construits sur la base des plus hauts standards mondiaux de sûreté ;

- l’amont du cycle, qui inclut aussi bien la mine que la fabrication du combustible ;

- l’aval, où la construction en Chine d’une usine de traitement et de recyclage du combustible usé marquera une nouvelle étape de notre aventure nucléaire commune ;

- la sûreté, que le Président de la République a voulu inscrire, en avril dernier, au cœur de notre partenariat, tant il ne saurait y avoir, après la catastrophe de Fukushima, d’énergie nucléaire durable sans l’assurance du plus haut niveau de sûreté. C’est précisément ce qu’offrent les technologies de troisième génération. Je pense également à l’indispensable transparence dont dépend la confiance de nos concitoyens dans l’énergie nucléaire.

Tout dernièrement, l’annonce par les industriels français et chinois de leur intention d’unir leurs forces pour construire deux réacteurs EPR, à Hinkley Point, au Royaume Uni, est un autre exemple de ce que nous pouvons faire ensemble, en tirant tout le parti de notre expérience commune, notamment à Taishan.

Mesdames et Messieurs,

La Chine a une grande ambition dans le domaine de l’énergie nucléaire civile. Vers 2020, son parc de réacteurs devrait être du même ordre que le parc français.

La France a, quant à elle, engagé une transition énergétique qui aura un impact sur la composition de son bouquet au sein duquel le nucléaire représentera, encore, à l’horizon 2025, 50% de sa production d’électricité.

Cette part restera parmi les plus élevées au monde. Elle témoigne de l’engagent durable de notre pays dans cette technologie qui s’accompagne d’un soutien ambitieux au développement des énergies renouvelables.

Notre partenariat a donc de beaux jours devant lui et c’est avec confiance et détermination qu’il nous appartient d’œuvrer sans relâche à son renforcement, sur la base équilibrée du bénéfice mutuel qui le fonde depuis l’origine.

Nos deux pays partagent, en effet, la vision d’un développement responsable de l’énergie nucléaire, répondant – et j’y insiste - aux plus hautes exigences de sûreté. Ils ont fait le choix de la politique du cycle fermé et celui d’une stratégie reposant sur une complémentarité entre le nucléaire et les énergies renouvelables pour mieux lutter contre le changement climatique. A cet égard, nous comptons sur la Chine pour aboutir à un accord global sur la réduction des gaz à effet de serre à l’occasion de la conférence sur le climat en 2015, dont la France s’est vu confier la présidence, il y a quelques jours à Varsovie.

Même si les besoins de la Chine ont évolué au gré des compétences fortes, qu’elle a acquises dans le domaine du nucléaire civil, la volonté de travailler ensemble demeure intacte.

En témoignent les liens étroits noués entre nos industriels - CGNPC, CNNC, Areva et EDF – qui sont les principaux acteurs de notre partenariat et dont je salue chaleureusement les représentants, aux côtés de ceux du CEA et de la CAEA. Je n’oublie pas l’implication des très nombreuses PME et ETI, dont certaines se sont regroupées au sein du « Partenariat France-Chine Electricité ».

C’est parce que la coopération nucléaire est tournée vers l’avenir que des co-entreprises sont créées et que de nouveaux champs de collaboration sont sans cesse explorés.

De même, nos instituts de recherche s’inscrivent désormais dans une approche reposant sur des laboratoires associés. Nous devons les y encourager.

Tous ces éléments font de notre partenariat nucléaire civil un modèle dont nous pouvons nous inspirer pour l’intensification des relations franco-chinoises, dans leur ensemble. C’est, en effet, grâce à des coopérations structurantes qui mobilisent, dans la durée et sur des objectifs communs, pouvoirs publics, industriels et chercheurs et qui s’enrichissent continuellement du fait même de la dynamique ainsi créée, que la Chine et la France pourront avancer ensemble.

Mesdames et Messieurs,

Depuis trente ans, notre coopération nucléaire civile a suivi le développement de la Chine, l’a accompagné et s’est densifiée et diversifiée pour une raison très simple. Cette coopération a conservé, tout au long de ces années, sa pleine pertinence. C’est encore vrai aujourd’hui et ce le sera encore, dans les années à venir.

Je suis donc particulièrement heureux de célébrer avec vous le trentième anniversaire de ce domaine d’excellence de la relation franco-chinoise. Je forme le vœu que les trente prochaines années soient riches d’opportunités et de succès communs.

Je vous remercie.

Dernière modification : 07/08/2014

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