Réunion ministérielle sur le développement - Conférence de presse de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères

Paris, 4 juillet 2019

Bonjour,

Je voulais faire un point à mi-travaux de notre réunion du G7 des ministres du développement, qui se déroule en quatre phases. Il y a d’abord eu ce midi une réunion des ministres du G7 sur les questions de financement. Cette réunion a fait l’objet d’une déclaration dont vous avez, je pense, maintenant, connaissance. Nous sortons d’une deuxième réunion qui concerne les fragilités et les pays en fragilité et comment l’action de développement peut être renforcée et peut être priorisée vers ces pays. Cette session vient de faire l’objet d’une déclaration dont vous devez avoir, à ma connaissance, déjà le communiqué, je n’y reviendrai pas. Nous allons maintenant avoir une réunion commune entre les ministres du G7 et les ministres du G5 Sahel, avec en plus la présence du Sénégal, centrée sur l’action plus précise dans le Sahel. Enfin, nous aurons ce soir un dîner de travail sur un cas très précis qui est la mobilisation autour de l’emploi des jeunes en milieu rural dans le Sahel qui fera l’objet aussi, l’une et l’autre, d’une déclaration qui sera rendue publique, mais qui ne le sera, évidemment, qu’à la fin de nos travaux.

Je voudrais aussi vous dire combien cette réunion change un peu la donne. D’abord parce que, sur la méthode, nous avons préparé ce G7 développement -qui est une préparation du G7 des chefs d’État et de gouvernement qui aura lieu à Biarritz à la fin du mois d’août- avec la société civile et nous avons tenu il y a deux jours une réunion importante avec ce qu’on appelle les groupes d’engagement qui représentent la société civile du monde entier qui avaient été initiés au Canada, qui étaient présents mardi, et qui sont en partie représentés dans nos travaux d’il y a un instant et de la journée. Cette nouvelle approche du développement, ce n’est plus faire seulement pour les bénéficiaires, mais avec les bénéficiaires et les déclarations qui sont adoptées ou qui seront adoptées aujourd’hui se nourrissent des propositions concrètes de la société civile. Ça, c’est le premier point de changement sur la méthode. Ensuite, c’est une nouvelle donne sur le format.

D’abord je vous rappelle qu’un G7 développement, c’est rare. Il y en a eu un l’année dernière au Canada, à Charlevoix, mais il n’y en avait pas eu avant, pendant sept ans, puisqu’il faut remonter sept ans auparavant pour avoir un G7 développement qui se tenait aussi au Canada, à Halifax. La France a tenu à maintenir cette initiative canadienne de l’année dernière et de faire en sorte que le G7 soit préparé par un G7 développement. C’est aussi, au niveau du format, le premier G7-G5 réunis. Il s’agit là de lancer un nouveau partenariat qui sera là pour durer parce que l’ensemble des membres du G7 désormais font partie de l’Alliance Sahel, soit à titre de partenaires directs, soit à titre d’observateurs.

C’est la première fois que nous faisons un G7 conjoint avec les ministres de l’éducation puis-qu’aujourd’hui ce sont uniquement les ministres du développement ici mais les ministres de l’éducation se réunissent par ailleurs, et nous aurons demain une journée de travail ensemble sur l’ensemble des liens entre développement et éducation et chacun imagine bien l’importance de ce lien et cette dynamique qui peut naître à partir de cette jonction entre les ministres du développement, de l’éducation, du G7 mais aussi du G5.

Donc c’est une dynamique nouvelle, je crois qu’elle sera performante et qu’elle correspond bien aux menaces et aux dangers que nous rencontrons et aux insuffisances aujourd’hui du développement. Et sur le contenu, avec l’affirmation de priorités fortes que vous pouvez retrouver dans les différentes déclarations, déjà dans celles qui sont sorties. Nous insistons sur l’importance des financements tout d’abord. Il s’agit évidemment de faire en sorte que l’aide publique au développement garde la trajectoire qui avait été fixée à Addis-Abeba pour faire en sorte que les objectifs de développement durable soient mis en œuvre.

Aujourd’hui, l’aide publique au développement c’est 150 milliards de dollars dans le monde. Sur ces 150 milliards les pays du G7 qui sont ici en représentent les trois quarts, mais on voit bien qu’il nous faut mobiliser d’autres ressources de financement pour atteindre les objectifs de développement durable et que l’aide publique au développement sert de catalyseur pour ces autres ressources de développement, avec en particulier la nécessité de mobiliser des financements privés aux actions de développement, sous réserve que ces financements privés soient alignés sur les grands objectifs de développement durable. C’est le centre des discussions que nous avons eues en particulier au moment du déjeuner. Nous avons demandé-je parle au nom du G7- à l’OCDE et au PNUD qui sont présents ici, de définir des standards communs et des éléments incitatifs pour faire en sorte que les investissements privés soient conformes aux objectifs de développement durable, incitations par la labe labellisation et incitations aussi par des garanties publiques qui pourraient être apportées à ces investisseurs sur, en particulier, les pays les plus les plus fragiles. Un exemple : aujourd’hui les investissements directs étrangers représentent 1430 milliards de dollars, c’est-à-dire, quand on compare avec l’APD, un chiffre dix fois plus important, et donc ces investissements-là ont généralement tendance à se développer dans les pays émergents. Seuls 3% d’entre eux concernent l’Afrique et c’est cette tendance que nous voulons inverser avec à la fois cette incitation et ces garanties que nous voulons apporter.

Enfin, dans le même ordre d’idée il y a une volonté de transparence sur l’ensemble des flux publics et privés, qui doivent être encouragés à faire plus et à faire plus clair dans leur volonté d’être partenaires du développement durable. On ne peut pas envisager, par exemple, que l’action publique pour le développement finance un certain nombre de projets dans un pays et que par ailleurs des investissements pour créer une centrale à charbon se fassent juste à côté. Ce serait une manière de nier une logique de développement durable par des investissements qui se réclameraient, par ailleurs, du développement durable, il y a une nécessité de labellisation et c’est un sujet sur lequel nous nous sommes mis d’accord.

Je voudrais aussi vous dire que ce G7 est aussi l’occasion d’insister sur l’importance des fonds multilatéraux, la nécessité de les réconforter, je pense en particulier au Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose. Je pense aussi au Fonds vert pour accentuer les financements climat, je pense aussi aux enjeux d’éducation avec le programme mondial pour l’éducation et je pense aussi aux financements liés à la Banque mondiale. Tout cela fait l’objet de discussions entre nous et est affirmation de cette incontournable nécessité.

Enfin, nous avons trois exigences sur l’ensemble de ces sujets, quand je dis « nous », c’est le G7, d’abord de réaffirmer la priorité aux pays les plus pauvres et les plus vulnérables c’est la raison pour laquelle nous aurons tout à l’heure une réunion spécifique sur le Sahel. Cette exigence est partagée par le G7 qui s’engage aujourd’hui à concentrer son aide vers les pays qui en ont le plus besoin. C’est une forme de mobilisation générale pour que les politiques de développement soient concentrées vers les zones affectées par les fragilités, par les conflits, par la violence. Si on ne fait rien, la moitié des personnes pauvres dans le monde vivra dans ces zones fragiles en 2050. Il s’agit là, en particulier, de développer les logiques de prévention. Je vous donne simplement un chiffre qui a été évoqué par la Banque mondiale et par le PNUD : pour un dollar investi pour traiter les inégalités, on évite de dépenser seize fois plus pour régler une crise, une fois qu’elle est déclenchée. Donc le G7 s’engage à renforcer ses actions pour permettre aux pays concernés de faire face aux chocs, que ce soit des chocs climatiques, que ce soit des chocs sanitaires ou que ce soit des chocs sécuritaires. Cet effort a bien sûr une contrepartie, nous appelons les pays fragiles à accélérer les réformes internes de gouvernance et de mobilisation de leurs propres ressources fiscales, nous avons demandé à travailler avec le Fonds monétaire international sur cette question. La deuxième exigence que nous avons identifiée concerne les priorités sectorielles et, là, il s’agit d’un tournant parce que pendant très longtemps l’aide au développement était surtout orientée vers les infrastructures. Or, aujourd’hui, les thèmes centraux se tournent vers l’humain, que ce soit vers l’éducation, la santé, l’égalité femmes-hommes, l’emploi des jeunes en milieu rural et, évidemment, le climat. C’est une mutation considérable qui s’effectue. Aujourd’hui et encore plus demain dan s nos réunions, en particulier l’éducation des filles sera au centre de nos discussions.
Enfin, il nous faut renouveler les méthodes d’action. Faire plus simple, plus vite et plus cohérent entre les différents acteurs pour éviter des aides en tuyaux et faire en sorte qu’il y ait une collaboration et une cohérence dans les investissements des différents bailleurs sur des projets, sous réserve que ces projets soient aussi partagés par les territoires où ils doivent se mettre en œuvre.

Voilà où nous en sommes dans les discussions d’aujourd’hui. Nous allons poursuivre nos travaux maintenant pour une session nouvelle qui s’effectuera en présence des ministres du développement du G5 Sahel.

Q - (inaudible) L’OCDE a essayé en décembre 2018 de se mettre d’accord sur les instruments privés et ça n’a pas marché et aujourd’hui certains pays disent qu’il faut se mettre d’accord. Est-ce que cela veut dire que l’OCDE (inaudible)

R - L’OCDE est là et nous avons travaillé avec eux pour la mise en œuvre de leurs conclusions. Donc c’est une forme d’avancée.

Q - Mais les conclusions étaient, si j’ai bien compris, provisoires jusqu’à 2021. Si on ne voulait pas essayer de trouver une solution plus rapidement. Peut-être vous étiez en train de dire que ce serait mieux d’aller plus vite ?

R - Oui, vous reprenez notre déclaration à la sortie du déjeuner qui intègre ces éléments.

Q - (inaudible) La BERD et son idée d’aller en Afrique. Pour l’instant cela reste une réflexion, si j’ai bien compris. L’idée de partir en Afrique et d’investir plus dans les pays fragiles. Des ministres en Europe disent que la mission de cette organisation est peut-être finie, que cela servait à quelque chose avant mais que maintenant ce serait un acteur de trop en Afrique. Est-ce que la France est d’accord ? Quelle est votre position ?

R - Je ne parle pas de la France, en l’occurrence je parle au nom du G7. Je n’ai pas de commentaire particulier à faire sur ce point. J’ai noté simplement - mais pour l’Union européenne qui doit s’exprimer en tant que telle, le Commissaire européen est là -, la volonté d’un partenariat renforcé entre l’Union européenne et l’Afrique. Et tous les outils qui peuvent y contribuer sont les bienvenus, sous réserve d’une des conclusions de nos travaux qui lie la cohérence de l’action et des différents bailleurs pour que chacun n’ait pas son propre projet mais que ces projets soient mis en œuvre de manière collaborative et inclusive.

Q - Sur la FAO. Il y aura bientôt un directeur général chinois, je sais que la France avait son propre candidat qui n’a pas gagné les élections récemment et les États-Unis avaient le souci de l’indépendance de la FAO. Je voulais savoir si vous partagiez ces craintes ?

R - Cette question n’a pas été évoquée dans le cadre du G7.

Q - J’ai deux questions : on a bien compris l’idée d’investir dans le développement pour prévenir les crises, mais pour les pays du G5 que vous rencontrez, notamment le Mali, le Niger et le Burkina, est-ce qu’il n’est pas largement trop tard, parce que nous ne sommes plus vraiment dans la prévention ? À l’heure qu’il est la crise est là. D’autre part, on a conclu aussi qu’il fallait investir dans l’éducation et l’emploi. Comment est-ce qu’on articule sécurité et développement puisque dans ces régions, dès qu’une école sera construite, on sait bien qu’elle sera la cible immédiate des groupes armés, comme c’est le cas puisque cela fait deux ans qu’il n’y a plus d’instituteur dans le Soum, dans le centre du Mali, dans le nord du Mali, dans une partie de (inaudible) ?

R - Il faut faire les deux en même temps. C’est un sujet que je connais un petit peu et, manifestement, si on met d’abord la sécurité avant de mettre en œuvre le développement cela ne va pas, mais l’inverse non plus.
Donc, ce qui va être le sujet de discussions maintenant concerne le Sahel avec essentiellement, pour cette réunion, les questions liées au développement, en sachant que nous avons tenu une réunion avec les ministres des affaires étrangères il y a peu de temps à Dinard où nous avons évoqué les questions liées à la sécurité. Ce qui importe, c’est que l’accompagnement majeur qui est aujourd’hui mobilisé sur le Sahel se traduise dans des faits et dans des actes précis, concrets.
Il y a aujourd’hui neuf milliards d’euros qui sont sur la table pour le Sahel. Il s’agit de faire en sorte que les projets qui ont été inventoriés - il y a aujourd’hui 600 projets identifiés sur le Sahel, et singulièrement dans les zones à risque. Pour que cela se mette en oeuvre, il faut que la mobilisation internationale qui est constatée puisse se concrétiser de manière beaucoup plus efficace et beaucoup plus rapide et qu’il y ait entre les bailleurs des synergies pour identifier les secteurs où il faut aller encore plus vite parce que ce sont les régions les plus vulnérables ou les plus difficiles d’accès pour l’aide.
J’ai donné un exemple de ce qui me paraît assez exemplaire dans ce qui se fait au Mali, en particulier à Kona, au centre du Mali. Cette ville avait été lourdement touchée par les combats contre les terroristes en 2013, elle est toujours une zone sensible. Et pour redonner des perspectives économiques aux jeunes en particulier, plusieurs bailleurs agissent ensemble : la Banque mondiale reconstruit le port de pêche ; l’Agence française pour le développement rétablit les pistes rurales autour de la ville pour permettre aux habitants de se rendre à nouveau au marché ; la coopération allemande et l’Union européenne mettent en œuvre des projets de formation professionnelle pour former les jeunes à des métiers locaux, soit le maraîchage, la transformation agroalimentaire ; l’État malien, avec l’appui de la MINUSMA, s’occupe du déminage. Voilà une coopération très concrète et qui est en effet assez exemplaire de ce qu’il faut faire aujourd’hui au Mali.
Mais on se doit de mener les deux axes en même temps, à la fois assurer la sécurité et assurer le développement. Si on ne le fait pas en même temps, on n’arrivera pas à sortir de la crise. C’est le sujet dont on va parler maintenant.

Q - (inaudible) Mais concrètement sur le terrain, comment on fait ?

R - Je viens de l’expliquer. Allez à Kona, vous verrez.

Q - (inaudible) Au centre du Mali, il n’y a plus de marchés, il n’y a plus (inaudible). Chaque initiative est cible d’attaques. Concrètement, sur le terrain, comment vous articulez (inaudible) ?

R - Concrètement, sur le terrain, on agit de la manière que je viens d’indiquer, et faire en sorte que ces projets-là soient à la fois protégés, sécurisés et que l’initiative politique des autorités maliennes soit aussi au rendez-vous.
Parce qu’un des sujets essentiels, en particulier au Mali, c’est de reconnaître aussi que la sécurité est liée à des questions d’affrontements de communautés, et pour éviter l’affrontement des communautés, il faut permettre à ces communautés de retrouver la manière de vivre sur leur territoire. Et la manière de vivre sur leur territoire, c’est à la fois d’être sécurisés, d’être reconnus au niveau de l’administration du Mali, je pense en particulier à la nécessité pour les autorités maliennes de renouveler la présence de l’État dans le centre du Mali et en même temps d’assurer des initiatives concrètes de développement qui soient visibles. Ce que je dis de Kona c’est visible et c’est un exemple qu’il faut développer partout.

Q - Je voulais juste savoir dans le contexte de la conversation sur le développement avec le G5 Sahel, est-ce que vous avez parlé de la migration et de ce que vous pouvez faire pour continuer de contrer les flux migratoires ?

R - Le sujet c’est le développement et c’est comment est-ce que l’on fait. On va parler du Sahel dans un instant, je ne vais pas anticiper cette réunion et vous verrez la déclaration commune que nous allons mettre en œuvre maintenant.
Le sujet c’est de faire en sorte que les communautés puissent vivre de manière sécurisée et de manière renforcée, sécurisée aussi au niveau financier et au niveau des possibilités de développement sur leur propre territoire, et qu’elles ne se laissent pas instrumentaliser par des groupes qui se servent de ces défaillances locales, de la conjonction des ruptures, que ce soit climatiques, que ce soit des ruptures de fonctionnement et les crises de migrations pour fidéliser et solidifier leur implantation sur leur territoire. C’est ce que nous essayons de faire en essayant de mixer l’ensemble des interventions pour fixer et permettre le développement sur les territoires. C’est pourquoi d’ailleurs nous souhaitons intervenir de manière infra-territoriale dans les actions et pas uniquement par l’État central.
Merci. Demain on fera un point de presse avec les ministres de l’éducation.

Dernière modification : 08/07/2019

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