Rencontre littéraire : Jean-Marie Gustave Le Clézio, Marie Nimier et Bi Feiyu à Nankin - 19 octobre 2014

C’est devant une salle comble que les écrivains Jean-Marie Gustave Le Clézio, prix Nobel de littérature de 2008, ainsi que Marie Nimier, prix Médicis et prix du roman de l’Académie française, et l’écrivain chinois Bi Feiyu, prix Lu Xun et prix Mao Dun, se sont retrouvés le dimanche 19 octobre 2014. Tous les trois réunis à l’Alliance française de Nankin dans le cadre d’une discussion sur les difficultés liées à l’écriture autobiographique, ils ont successivement évoqué la part de confession, d’imaginaire et de faits réels dans leur écriture.

Animé par Marianne Payot, journaliste littéraire à l’Express, le dialogue s’est centré sur les autobiographies des écrivains : L’Africain, La reine du silence et Don Quichotte au nord du Yangtze.

Tous ont ainsi évoqué les souvenirs liés à l’écriture de leur ouvrage, en parlant des conflits et des souffrances de leur enfance, qui se sont à chaque fois exprimés à travers le silence de la figure paternelle.

JMG Le Clézio a notamment dépeint le caractère autoritaire de son père britannique, élevé selon les codes de l’éducation anglaise. Né à Nice le 13 avril 1940, issu d’une famille bretonne émigrée à l’Ile Maurice, il n’a connu son père qu’à partir de huit ans. Il a connu très vite le succès avec son premier roman publié, Le Procès-verbal (1963) publié alors qu’il n’a que 23 ans. Jusqu’au milieu des années 1970, son œuvre littéraire porte la marque des recherches formelles du Nouveau Roman. Par la suite, influencé par ses origines familiales, par ses voyages et par son goût marqué pour les cultures amérindiennes, Le Clézio a publié des romans tels que Désert et Le Chercheur d’or, ainsi que des livres à dominante plus personnelle tel que L’Africain. Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages, romans, contes, nouvelles et essais et le prix Nobel de littérature lui est décerné en 2008.

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Marie Nimier a raconté quant à elle ce que fut la recherche de la personnalité de son père, Roger Nimier, notamment à travers des échanges et des courriers avec ses amis, lui qui était un grand écrivain mort dans un accident de voiture l’année de ses cinq ans. Née 26 août 1957, Marie Nimier s’est tournée un temps vers la scène et vers la musique, créant notamment avec Antoine Denize le groupe Les Inconsolables pour lequel elle a écrit et chanté des chansons. A partir de 1985, elle a embrassé une carrière d’écrivain rapidement couronnée par le Prix de l’Académie française. Elle écrit également pour la jeunesse, et pour le théâtre. Elle obtient le prix Médicis en 2004 pour La Reine du silence (Gallimard).

Enfin, Bi Feiyu a relaté ses tentatives de dialogue avec un père qui, jugé droitier en 1957, fut rendu silencieux par des tortures subies pendant la révolution culturelle. Selon l’écrivain chinois, il « n’ouvrait la bouche que pour fumer ». Né en 1964 à Xianghua dans la province du Jiangsu, Bi Feiyu est aujourd’hui journaliste et écrivain chinois. Diplômé de l’université de Nankin, il a publié plusieurs romans dramatiques tels Les Triades de Shangai, adapté au cinéma.

Comme chacun le souligne, aucun désir de vengeance ou de règlement de compte n’a dirigé l’écriture de ces autobiographies. Cependant, si JMG Le Clézio et Marie Nimier se disent soulagés par cet exercice, et plus libre pour la création des œuvres à venir, pour Bi Feiyu, la douleur de l’enfance et le souvenir des difficultés pour écrire ce récit sont toujours présents. Il nuance néanmoins son propos, en exprimant par la suite que cet exercice lui permet désormais de mieux appréhender l’avenir.

Cette rencontre littéraire s’est inscrite dans le cadre des programmes labellisés Artiste de Nanjing, mis en œuvre par l’Alliance française de Nanjing. Elle a permis à ces trois grandes figures de la littérature française et chinoise de se rencontrer pour échanger avec intelligence sur les difficultés liées l’écriture de récits autobiographiques.

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Dernière modification : 04/11/2014

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