Quai d’Orsay Entreprises : Une expertise française dans les énergies renouvelables

Discours de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères (Paris, 11 juin 2019)

Mesdames les Ambassadrices,
Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux de vous rejoindre en cours de route, à la fin de cet après-midi qui – je l’espère – vous aura convaincus de l’excellence de l’offre française dans le domaine des énergies renouvelables. J’espère que vous avez été convaincus, en tout cas c’était le but de l’après-midi, et je suis heureux que vous soyez venus aussi nombreux pour cette réunion.

Je ne vais pas reprendre des constatations que chacun ici connaît, le fait que notre modèle énergétique reposant essentiellement sur les énergies fossiles est en pleine transformation, que nous allons vers un mix énergétique plus varié et surtout plus décarboné.

Je vais simplement suggérer face à ce constat une interrogation qui vaut pour cette maison comme pour d’autres, c’est le fait que nous n’avons pas encore pris la mesure des conséquences stratégiques et politiques de cette transition. Et nous vivons encore, je pense une partie significative des responsables internationaux, sur le modèle ancien, en matière stratégique. D’ailleurs, c’est tous les jours, dans les journaux, voire dans les conflits, voire dans les crises. Et nous n’avons pas encore commencé à imaginer ce que sera demain la nouvelle donne stratégique par le développement des énergies renouvelables, avec toutes ses implications et c’est un sujet sur lequel, je crois, il sera utile de se pencher. Ce n’était pas le but de cette rencontre, mais c’est une réflexion que je me fais. Et je suis heureux d’avoir constaté que l’Agence internationale pour les énergies renouvelables (IRENA) a mis sur pied une commission de haut niveau pour étudier la géopolitique de la trans ition énergétique. C’est un vrai, grand, beau sujet, peut-être une initiative future que le Quai d’Orsay pourrait prendre.

Ce que nous savons, par contre, avec certitude, c’est que cette transformation est une composante essentielle de la lutte contre le changement climatique.
Ce que nous savons aussi parfaitement, c’est que le développement des énergies renouvelables, en permettant entre autres une diminution du coût de l’énergie contribuent à un accès universel à l’énergie et va accélérer le développement de nombreux pays. Ce que nous savons aussi, c’est que la transition énergétique est une formidable opportunité économique et sociale.

Pourtant, nous sommes face à une situation contrastée.

Nous venons de connaître un développement fulgurant des énergies renouvelables à l’échelle mondiale, au point que leur part dans la consommation totale d’énergie représente aujourd’hui un peu plus de 17%, et que la capacité mondiale installée atteignait, en 2018, 2 350 GW [gigawatts]. En 2018, justement, plus de 330 milliards de dollars ont été investis dans les énergies propres, qui deviennent de plus en plus compétitives par rapport aux énergies conventionnelles.

Mais ces signaux positifs-là dissimulent une réalité plus complexe. L’Agence internationale de l’énergie [AIE] nous alerte sur le coup d’arrêt porté l’an passé à la croissance des énergies renouvelables. En 2018, l’augmentation de capacité renouvelable nette a atteint 180 GW, soit autant que l’année précédente, alors que nous devrions installer 300 GW supplémentaires chaque année jusqu’en 2030 pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. Les recommandations du GIEC sont claires : pour tenir la limite du réchauffement à 1,5°C et conjurer le désastre climatique qui nous menace, nous devons faire en sorte que 70, voire 85 % de l’électricité soit fournie par les énergies renouvelables en 2050.

Donc, situation contrastée, malgré les éléments positifs que j’indiquai en commençant, ce coup d’arrêt est préoccupant. Situation contrastée aussi, parce que la croissance des énergies renouvelables demeure inégale.

Elle est inégale, d’abord, selon les secteurs : il y a des progrès accomplis dans le domaine de la production d’électricité, mais nous sommes en retard en ce qui concerne le déploiement des énergies renouvelables pour la chaleur et le transport.
Inégale, ensuite, selon les pays : si la Chine concentre, à elle seule, 30% des capacités renouvelables installées dans le monde, les projets sont encore trop rares ailleurs, et singulièrement sur le continent africain, en dépit du potentiel considérable que peut révéler le continent africain.

Le risque existe donc, je suis déjà dans la géopolitique, que les énergies renouvelables, tout en devenant de plus en plus une réalité pour les uns, demeurent inaccessibles pour les autres.

Nous avançons, c’est un fait, mais trop lentement au regard des enjeux.
Il nous semble que le temps d’un sursaut collectif est venu. C’est pourquoi la France est très engagée dans la préparation du Sommet climat organisé en septembre prochain par le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres. Ce sommet, que cette maison prépare activement, doit nous permettre de mobiliser de nouvelles « contributions déterminées au niveau national » [CDN], plus ambitieuses que les précédentes, afin de limiter l’augmentation des températures à 2°C, voire 1,5°C, et de garantir que les plans climat adoptés par chaque pays donnent toute leur place aux énergies renouvelables.

Déjà en septembre dernier, à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, et en mars, à Nairobi, au « One Planet Summit », le président de la République a rappelé que le changement climatique est le défi le plus fondamental que nous ayons à relever.

Depuis maintenant plusieurs années, nous cherchons à mobiliser nos partenaires internationaux à travers des actions concrètes, comme l’Alliance Solaire Internationale [ASI] que nous avons lancée conjointement avec l’Inde lors de la COP21. Cette initiative, que suit de très près la Secrétaire d’État Brune Poirson, vise à réduire drastiquement les coûts de l’énergie solaire afin de permettre aux pays qui disposent d’un potentiel important d’en exploiter tous les avantages par un déploiement massif. Il y a encore beaucoup trop d’obstacles financiers et réglementaires qui s’opposent au développement des projets, et dont l’Agence Solaire Internationale doit se saisir pour les dépasser et en tout cas nous employer à les lever.

Parce que nous sommes conscients que la transition énergétique exige une redirection massive des financements privés et publics, nous avons placé le développement bas-carbone, dans le secteur de l’énergie, au cœur de notre politique de développement, et avec 6 milliards d’euros pour le secteur de l’énergie en Afrique sur la période 2016-2020, dont la moitié pour l’AREI [initiative énergies renouvelables en Afrique], nous voulons faire en sorte d’être à l’avant-garde, l’élément mobilisateur, l’élément qui permet de cristalliser les volontés. Et par ailleurs, nous avons fait en sorte que tous les projets soutenus par l’Agence Française de Développement soient à 100% compatibles avec l’Accord de Paris.

Ces engagements internationaux sont, pour nous, fondamentaux. Mais nous savons aussi que la transition énergétique se joue sur le terrain de l’innovation.

Et, dans ce domaine, notre pays ne manque pas d’atouts, comme les quelque 70 PME, ETI et grands groupes français qui sont représentés aujourd’hui vous l’auront montré tout au long de la journée.

Selon le baromètre Ernst & Young, la France figure en troisième position des pays les plus attractifs pour le développement des énergies renouvelables au niveau mondial.

Nos entreprises sont bien positionnées sur les marchés internationaux, et ce dans toutes les filières. Cela ne signifie pas que nous sommes toujours présents sur l’ensemble de la chaine de valeur. Mais qu’il s’agisse de l’éolien, du solaire, de la géothermie, des énergies marines renouvelables ou de la biomasse, les entreprises françaises proposent des solutions dans chaque secteur et s’adaptent à la situation de chaque pays, qu’il s’agisse de gérer des réseaux existants, de réaliser des projets off grids et de faire en sorte que des territoires isolés soient innovants ou que l’on implante des centrales biomasse hybrides en milieu insulaire, un type de milieu dont nous connaissons bien les spécificités grâce à l’expertise développée dans nos territoires d’outre-mer.

La France dispose également de nombreuses entreprises positionnées sur des secteurs innovants alliant hautes technologies et industries de pointe. Je prendrai l’exemple des énergies marines. Dans ce secteur, de nombreuses PME et start-ups françaises travaillent sur de nouvelles filières prometteuses comme l’éolien offshore, dont la France souhaite encourager le développement par des projets pilotes qui vont voir le jour entre 2020 et 2021. Je pense que c’est là, pour notre part, une chance considérable, avec toutes les variations de l’éolien offshore, je pense en particulier à l’éolien flottant pour lequel j’ai une attention toute particulière.

Atout supplémentaire pour nos entreprises : la France dispose d’une expertise reconnue dans la gestion des réseaux électriques, ce qui nous est très utile pour répondre aux nouveaux défis techniques posés par les énergies renouvelables - le défi de l’intégration au réseau et le défi du stockage de l’énergie. C’est dans cette dynamique que s’inscrit l’initiative que nous venons de lancer avec l’Allemagne pour développer des batteries de quatrième génération pour les véhicules électriques. L’offre française enfin est synonyme de qualité, tant dans la conception que dans la maintenance des solutions que nous déployons, et synonyme aussi de fiabilité pour les investisseurs et les États, ce qui ouvre la voie à des projets à grande échelle.
Ces atouts, ce savoir-faire, cette expertise nous en faisons une priorité, et c’est le message que je voulais vous délivrer.

Nous avons choisi, dès 2015, de faire des énergies renouvelables une famille prioritaire à l’export en nommant un « fédérateur EnR » chargé de travailler en synergie avec l’ensemble des acteurs institutionnels et en lien avec les initiatives existantes, notamment le Comité stratégique de filière Nouveaux Systèmes Energétiques.

Ce fédérateur a aussi contribué à la création de Clubs export Energies Renouvelables, qui sont accueillis dans nos ambassades, et qui permettent de faciliter l’accès au marché pour nos entreprises. Ils sont aujourd’hui au nombre de trois : un Club Afrique de l’Est et Océan Indien à Nairobi, un Club Moyen-Orient à Abou Dabi et un Club Indonésie. Nous allons nommer un nouveau fédérateur, puisqu’il y a pour l’instant une vacance, pour continuer à développer cette logique-là.
Personnellement, dans chacun de mes déplacements, et ils sont nombreux, je me préoccupe en priorité de la capacité de partenariat dans le domaine de l’énergie. J’essaie de faire valoir la qualité de nos propositions, qualité qui est, comme vous l’aurez compris aujourd’hui, grande. Nous voulons faire en sorte que le Ministère de l’Europe et des affaires étrangères apporte aux entreprises du secteur un soutien particulier - c’est le rôle de la Direction de la diplomatie économique -, que cette volonté et ce soutien soient aussi sensibles dans nos postes. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité qu’il y ait une vraie synergie qui se crée pour développer une culture de l’export, une culture du collectif et une culture de l’international pour l’ensemble de nos PME et nos ETI et qu’il y ait une « équipe de France de l’exportation » appelée « Team France Export », qui permet d’unifier l’ensemble des acteurs publics qui accompagnent les entreprises à l’export pour éviter les foncti onnements cloisonnés antérieurs. Cet ensemble-là, Business France, Bpifrance, les régions, les chambres de commerce et d’industrie, travaillent ensemble et c’est tout à fait essentiel à la fois pour la lisibilité de notre présence et de notre technologie mais aussi pour les entreprises françaises qui veulent travailler à l’export. Je crois que cela marche, mieux dans certains pays, moins bien dans d’autres, mais je fais aussi attention à ce que cette orientation majeure soit vraiment au rendez-vous.
Et je vous invite, pour les entreprises françaises qui sont ici, à découvrir les plateformes « teamfrance-export.fr » que nous mettons en place dans chaque région, pour qu’il y ait cette dynamique collective à partir des territoires et je souhaite que vous soyez vous-mêmes présents à la rentrée pour le speed-dating de la semaine des ambassadeurs et des ambassadrices, dont vous avez pu tester aujourd’hui une autre formule avec les ambassades étrangères, dans le même état d’esprit d’échange et de partenariat permettant de faire avancer vos projets.

Voilà ce que je voulais vous dire. Voilà pourquoi je tenais à conclure cette rencontre, qui, je l’espère, anticipe sur d’autres.

Je suis satisfait de voir l’ensemble des entreprises présentes ici et de constater la présence de partenaires étrangers et le fait que beaucoup comptent sur l’excellence française en matière d’énergies renouvelables pour construire avec nous les sociétés durables de demain. Merci./.

Dernière modification : 14/06/2019

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