Promenons-nous : dans le quartier du monastère de Wenshu à Chengdu(文殊院)

Wenshu Yuan dao le ! Une voix jeune et tonique annonce en mandarin puis en anglais que la rame automatisée est arrivée à destination.

Bien que les places assises y soient plutôt rares, il est agréable et pratique de pouvoir se rendre du sud au nord de la ville en quelques dizaines de minutes, évitant ainsi la quête incertaine d’un taxi libre, les inévitables embouteillages de l’artère principale et le stress qui en découle.

Un arrêt de la ligne 1 du métro est d’ailleurs dédié au Monastère de Wenshu. Il vous suffira de descendre à Wenshu Monastery 文殊院 en direction de Shengxian Lake vers le nord de la ville.

Faisant face au long mur d’enceinte rouge orangé du monastère, de nombreux kiosques proposent de l’encens sous toutes ses formes, des liasses de faux billets mais aussi de l’huile odorante dont l’offrande immédiate a laissé de nombreux stigmates. En effet le mur extérieur porte encore la trace de récentes dévotions et la suie des dernières flambées allumées par les croyants en visite le recouvre en bonne partie.

Près de là, assis sur un banc, un vieil homme vêtu d’une vareuse en toile de jute de couleur indéfinissable tient en laisse au bout d’une ficelle une tortue qui sommeille près d’un sac ajouré en raphia turquoise. Drôle d’animal de compagnie pour une promenade ! Tiens, le sac gigote, bizarre. La silhouette de quelques congénères se devine par transparence et laisse à penser que le bol d’air risque fort bien de se terminer au fond d’une marmite !

A l’entrée du temple, le visiteur est accueilli par une épaisse fumée odoriférante. Des volutes d’un gris bleuté vont et viennent, se font et se défont. Certaines spirales entrainées par un appel d’air plus appuyé s’étirent de plus en plus et montent vers le ciel. Près du brûleur d’encens central, un arbre à plateau attend, immuable, qu’une main de passage y dépose une lampe à huile en guise d’offrande.

Dans une cour parallèle, une tour de fer gardée par un couple de chiens et d’éléphants blancs à six défenses porte sur toute sa hauteur de petites cloches dont les battants en forme de poisson dépassent d’une longueur de queue. Tout autour du bas relief sculpté s’amoncellent des petits tas de riz, de légumineuses et de mais concassé qui font le régal des tourterelles et autres résidents à plumes.

Plusieurs pavillons abritant des trésors s’ouvrent aux regards. Des calligraphies ornent les murs. D’autres plus anciennes, taillées dans la pierre, sont gardées sous vitres. De nombreuses statues de Bouddha en matériaux divers, peintes pour certaines, invitent à se recueillir sur des coussins circulaires étalés à leurs pieds. La encore les offrandes abondent : fruits et bouquets de fleurs bariolées ajoutent à l’ensemble leurs notes colorées.

Il n’est pas rare de rencontrer de-ci de-là quelques moines vaquant à leurs occupations, regards baissés. Certains sont vêtus de gris clair, d’autres de jaune safran. Mais qu’ils soient en robe longue ou en tunique et pantalon serré par des jambières, qu’ils soient jeunes ou d’un âge avancé, tous arborent un air serein sous une tête complètement rasée.

Un regard indiscret sur certaines parties privatives montre que c’est jour de lessive. Alors que des légumes verts sèchent sur le pas de porte, de nombreux cintres suspendus sous l’avant toit retiennent des vêtements fraichement essorés, tandis que des « espadrilles » pointent le bout de leur nez par les alvéoles murales donnant sur le parc arboré.

Bien que d’un vert poussiéreux, la verdure abonde et enchante par sa diversité. Des sentiers étroits entrainent les pas des flâneurs à la découverte de multiples vasques et bassins aménagés. Une mélodie relaxante sortant de haut-parleurs en forme de fruit du lotus les accompagne tout du long. De temps à autre quelques camélias en pleine floraison se donnent en spectacle rehaussant d’une touche éclatante le sous bois. Ils se sont joués du froid pour voler la vedette à une haie de cognassier du japon nanifiés. Ces bonzaïs au tronc noueux commencent tout juste à parer de petites corolles rouges leur bois nu.

Il y a dans l’air quelque chose qu’hier encore n’existait pas. Des ombres se forment. Les tuiles du toit recourbé d’une pagode accrochent un rayon de soleil. Timide et pâlichon il s’est frayé un chemin à travers la sempiternelle couche de nuages. Bientôt plus audacieux, d’autres se présentent, attirant les visages agréablement surpris par la chaleur dispensée. Inattendue certes mais tellement bienfaisante. Cette nouvelle luminosité égaye les esprits et la matière. Tout devient plus vif, plus coloré. Les oiseaux haussent le ton. Ils tiennent meeting dans les branches tandis qu’en contre bas quelques tortues d’eau et de gros crapauds noirs, parfaitement immobiles, se tiennent sur la petite rive du plan d’eau et suivent attentivement les débats.

En dehors de l’enceinte, plusieurs vendeurs à la sauvette offrent des encas aux passants : brochettes de viande grillée accompagnées de nan ouighour, patates douces rôties sur brasero, châtaignes d’eau épluchées avec dextérité à l’aide d’un hachoir, galettes de ciboule frites dans un wok noirci … Près de là, des saladiers remplis de condiments confits ou marinés exhalent leurs parfums acidulés. A côté, un étal soumet à l’œil du connaisseur des bols de nouilles carrées, presque translucides, saupoudrées de cacahouètes et de ciboule finement hachée. Ils attendent d’être enfin choisis pour recevoir leur ration de sauce épicée. Un peu plus loin, une jeune femme fabrique pour quelques tablées des jiaozi à la viande. Sur la table jumelle une batterie de paniers en bambous renferme déjà des baozi en train de prendre leur bain de vapeur brulante.

Devant la porte d’un Huoguo, les cuisiniers font une pause cigarette, interpelant un groupe de femmes accroupies à côté d’un énorme sac de piments qu’elles coupent en petits morceaux en prévision des prochaines agapes. Au dessus d’eux, suspendus dans l’angle du mur, un couple d’inséparables aux couleurs vives se toilette mutuellement avec vitalité. Les voilà maintenant qui se becquettent à n’en plus finir ! Ces perroquets miniatures seraient ils en train de se jurer un amour éternel ?

Soudain l’arôme puissant de tofu frit assaille désagréablement les narines qui prennent la fuite dans une rue perpendiculaire. Celle-ci mène à un petit marché couvert, lieu de rendez vous de quelques numismates et bouquinistes. Plus loin une allée entière est occupée par des brocanteurs exposant des objets divers et variés. Le coin est riche également en petites boutiques de toutes sortes. On y trouve de tout, pour tous les goûts et à tous les prix.

Même si la fièvre acheteuse n’est pas de la partie, il est agréable de déambuler nonchalamment dans ces ruelles bordées de maisons à l’architecture traditionnelle, de s’arrêter dans la cour intérieure d’une maison de thé pour déguster une tasse de oolong et de savourer cette belle journée de printemps, tout simplement.

Dernière modification : 28/08/2014

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