Présentation générale de la coopération franco-chinoise sur l’agriculture durable

La Chine est devenue en 2006 le 1er émetteur de gaz à effet de serre (GES) au monde. Le pays fait face à des problèmes environnementaux considérables (pollution de l’air, de l’eau et des sols) avec des conséquences multiples (sanitaires, économiques et sociales), dans le contexte d’une urbanisation rapide et massive.

La Chine a mis en œuvre un ensemble de mesures pour répondre à ces défis, avec une prise en considération accrue de l’impact environnemental de son urbanisation, de ses industries et de son agriculture.

La Chine doit nourrir 22 % de la population mondiale avec 7 % de sa surface arable et 6 % de ses ressources en eau. De nombreux risques pèsent sur les terres agricoles. La désertification concerne ou menace près du tiers du territoire.

L’urbanisation se poursuit à un rythme soutenu, malgré un ralentissement depuis 2015 : les zones construites (villes, réseaux de transport, mines) occupaient 37 M. ha en 2013, contre 32 M. ha en 2005. Les zones humides côtières sont particulièrement touchées : entre 2003 et 2013, leur superficie aura diminué de 22 %. En 2014, 16 % des terres contenaient des niveaux de polluants élevés ; et 20 % des terres cultivables étaient impropres à l’agriculture en raison d’une pollution chimique des sols.

Dans ce contexte, la politique agricole recherche un équilibre entre deux tendances difficilement conciliables :

• moderniser ses structures de production, alors que la surface agricole moyenne par exploitation est inférieure à 1 ha. Cet objectif conduit à la mise en place de très grandes structures, notamment d’élevage industriel, détenues par des entreprises issues de secteurs extra-agricoles. Ce type d’agriculture n’est ni forcément rentable, ni toujours respectueux de l’environnement (par exemple, les porcheries construites sur plusieurs étages).

• maintenir en zone rurale sa population agricole alors que les débouchés offerts par l’emploi en zone urbaine se réduisent avec le ralentissement de la croissance. Cet objectif se traduit par des politiques de stabilisation de la population en zone rurale (voire de leur éviction en zone urbaine) en favorisant l’augmentation de revenus tirés des activités agricoles. Ainsi, la Chine est très intéressée au développement des indications géographiques qui permettent, justement d’améliorer les revenus des producteurs.

Au regard de ces objectifs, la mise en place de systèmes d’agriculture durable et respectueux de l’environnement est une priorité des autorités (cf. le 13ème plan agricole 2016-2020) et les engagements climatiques internationaux de la Chine comprennent une dimension agricole. Ni les modes d’irrigation, ni l’utilisation des engrais (la Chine utilise 29 % des engrais mondiaux sur 7 % de sa surface arable) ne répondent à cet impératif.

La Chine porte toutefois, de manière volontariste, le concept de Systèmes Ingénieux du Patrimoine Agricole Mondial (SIPAM) ; il vise à la conservation et à la valorisation de systèmes agricoles traditionnels combinant des paysages terrestres et marins remarquables (rizières en terrasse par exemple), au maintien de la biodiversité agricole, des savoirs et des technologies traditionnelles adaptées, et à l’assise culturelle et sociale. Ce programme, co-animé par la FAO et l’UNESCO, est très soutenu par la région Asie. Un séminaire régional organisé par la FAO s’est tenu en novembre 2015 à Bangkok. La Chine a souhaité que soit également organisé un atelier spécifique à Kunming, les 29-31 août 2016. Ainsi, la Chine fait de plus en plus entendre sa voix dans l’enceinte de la FAO sur les SIPAM, mais aussi pour promouvoir la coopération Sud-sud ; elle organise de fréquentes rencontres Chine-Afrique, comme le Sommet sur le Forum sur la Coopération Chine-Afrique (FOCAC, septembre 2019) ou les assises de la coopération agricole sud-sud (Changsha, 1er-2 novembre).

L’expérience de la France, très engagée en faveur de l’agro-écologie, intéresse les décideurs chinois. L’Ambassade de France avait organisé en 2015 une conférence franco-chinoise sur le thème de l’agroécologie, associant des chercheurs (dont le PDG de l’INRA), des entreprises et des administrations. La Chine est aussi membre du « groupe des amis de l’agro-écologie » à la FAO, à Rome. Elle a adhéré à l’initiative 4 pour 1 000, fortement portée par la France, en 2018, via l’Institut du développement durable et du changement climatique de la l’Académie des Sciences agronomiques de Chine (Chinese Academy of Agricultural Science - CAAS). Cette adhésion d’un institut de recherche représentant un acteur majeur permettra à l’initiative 4 pour 1 000 de conforter sa dimension internationale et sa crédibilité.

Dernière modification : 08/07/2019

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