Présentation de la présidence française du conseil de sécurité (octobre 2017) - Conférence de presse du représentant permanent de la France auprès des Nations unies et président du conseil de sécurité (New York, 2 octobre 2017)

Bonjour à tous et un grand merci à chacune et chacun d’entre vous de prendre de votre temps précieux pour ce début de la présidence française du conseil de sécurité.
Une présidence qui, vous le savez, sera particulièrement chargée, avec un programme de travail ambitieux, à la hauteur des attentes que nous plaçons dans les Nations unies en matière de maintien de la paix et de sécurité internationale.

Cette présidence française n’est pas une présidence « hors-sol ». Elle s’inscrit directement dans le cadre de la vision résolument multilatéraliste exprimée il y a quelques jours par le président de la République à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies. La conviction de la France c’est en effet que le monde n’a jamais eu autant besoin d’un multilatéralisme efficace incarné par une ONU forte. Cela au nom à la fois de notre conception du monde multipolaire et de son organisation, au nom de la nécessité d’une réponse globale aux défis globaux que nous connaissons aujourd’hui, au nom donc de l’efficacité, et au nom, enfin, de notre attachement à la primauté du droit. C’est la raison pour laquelle nous soutenons à fond les réformes engagées par le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.

Avant d’ouvrir à un dialogue et des questions, je voudrais vous dire en quelques mots quelles sont nos grandes priorités pour le mois d’octobre dans le cadre de la présidence française. Pour simplifier, je dirais que nous avons trois priorités principales :
- la première priorité, c’est la situation dans le Sahel et notamment la force du G5 Sahel ;
- la deuxième priorité, c’est le maintien de la paix au sens large, à travers notamment la dimension de protection des civils et des droits de l’Homme ;
- et la troisième priorité, ce sont les crises en cours, au Moyen-Orient notamment mais également en Birmanie.

1/ La situation dans le Sahel et la Force du G5 Sahel

La menace terroriste reste très présente, comme on l’a vu il y a encore quelques jours à Marseille. Je voudrais également ici exprimer une pensée particulière pour nos amis américains, après la tragédie de Las Vegas, dans le prolongement de ce qu’a indiqué le président Macron tout à l’heure. Je reviens à la menace terroriste, qui est prégnante dans le monde entier et en particulier au Sahel.

Les terroristes n’y connaissent pas de frontières. Leurs actions menacent la stabilité des pays de la région, mais a également des incidences plus larges sur la sécurité de nombreux autres pays, en Europe et dans le monde. Cette menace terroriste nous concerne donc tous, et appelle en conséquence à une mobilisation de la communauté internationale dans son ensemble, et notamment du conseil de sécurité, en soutien aux efforts des pays de la région, en l’occurrence du G5 Sahel.
Nous avons en effet, nous la communauté internationale, la responsabilité morale et politique d’apporter un soutien aux États africains qui s’unissent à l’échelle régionale pour lutter contre le terrorisme en déployant des moyens complémentaires à ceux des opérations de maintien de la paix mis en place par ce conseil. C’est dire combien le soutien des Nations unies à la Force conjointe du G5 est essentiel. Ce constat a été largement partagé lors de la réunion qui s’est tenue le 18 septembre dernier autour du secrétaire général et des chefs d’État du G5, réunion à laquelle le président Macron a participé ainsi que de nombreux autres partenaires clés, tels que l’Union africaine et l’Union européenne.

La Force conjointe du G5 Sahel est l’outil approprié pour compléter l’action de la MINUSMA car elle a pour vocation de mener des opérations anti-terroristes qui sont hors du mandat de la MINUSMA et car elle couvre, par définition, une zone d’action plus large. Le déploiement de la force conjointe du G5 Sahel sur le terrain avance bien, avec l’objectif de mener dans le courant du mois d’octobre de premières opérations. Beaucoup a donc été fait en peu de temps.
C’est donc dans ce contexte que nous allons mettre l’accent sous notre présidence sur la situation au Sahel. Alors comment compte-t-on procéder ? À travers, je dirais, une valse à quatre temps.

Premier temps, dès jeudi 5 octobre, le briefing et les consultations sur la MINUSMA seront l’occasion d’évaluer les progrès réalisés sur le terrain, mais aussi de constater les lacunes dans la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation. Et nous appellerons dans ce cadre l’ensemble des parties maliennes à se mobiliser sans délai pour obtenir des résultats. Il s’agit d’engager, de consolider une nouvelle dynamique positive, faute de laquelle les acquis obtenus jusqu’ici risquent d’être fragilisés. C’est donc le premier temps de la valse : le briefing et les consultations sur la MINUSMA au Mali, le 5 octobre.

Le deuxième temps, l’échéance suivante, sera la remise par le secrétaire général Antonio Guterres, à la mi-octobre, de son rapport sur le G5 Sahel, conformément à la résolution 2359 adoptée le 21 juin dernier. Ce rapport contiendra notamment un état des lieux du déploiement de la force conjointe, mais aussi des recommandations sur la meilleure manière de lui apporter un soutien des Nations unies. C’est donc le deuxième temps.

Troisième temps, et dans la foulée de la remise de ce rapport, le conseil de sécurité effectuera une visite du 19 au 23 octobre dans 3 pays de la région (Mauritanie, Mali et Burkina Faso). Une mission que je conduirai avec mes collègues éthiopiens et italiens, et cela afin de mesurer directement la situation sur place et d’évaluer ce faisant les recommandations du rapport, à l’aune justement de la réalité du terrain. Cette mission du conseil de sécurité sera naturellement l’un des temps forts de notre présidence.

Enfin, quatrième et dernier temps, nous organiserons une réunion ministérielle le 30 octobre, présidée par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian, au cours de laquelle le secrétaire général présentera son rapport aux ministres. Cette réunion sera l’occasion de poursuivre collectivement la réflexion sur les modalités de soutien de la communauté internationale à la force conjointe du G5 Sahel.

Vous le voyez, il s’agit d’une séquence nourrie, dense et cohérente pendant ce mois d’octobre sur la zone Sahel, la MINUSMA et la Force conjointe du G5, sur un dossier qui engage notre sécurité à tous et sur lequel nous sommes plus que jamais mobilisés.

2/ Le maintien de la paix

Dans la continuité de notre première priorité sur le Sahel, notre deuxième priorité sous présidence française sera celle du maintien de la paix. Durant ce mois, le conseil est amené à faire le point sur un grand nombre des opérations de maintien de la paix actuellement déployées, notamment en Afrique. Nous organiserons également plusieurs réunions en séance publique sur le sujet.

A/ Quelques mots d’abord concernant l’examen des OMP, sans revenir sur la MINUSMA dont nous avons parlé :
Nous aurons la semaine suivante, le 11 octobre, un briefing et des consultations importantes sur la MONUSCO, en RDC. Il s’agira, pour faire court, d’examiner 3 aspects majeurs : la situation sécuritaire, qui continue à se dégrader ; les préparatifs des élections, alors que l’échéance de décembre se rapproche ; et la revue stratégique.

Sur le Soudan du Sud, ensuite, le conseil de sécurité tiendra une réunion le 17 octobre qui sera l’occasion de faire le point sur l’avancée du processus politique, qui reste la priorité aujourd’hui. Comme vous le savez, l’IGAD a lancé cet été un forum de revitalisation de l’accord de paix de 2015. Le conseil paix et sécurité de l’Union africaine a donné aux acteurs sud-soudanais jusqu’à la fin de l’année pour réaliser des progrès substantiels, faute de quoi ils s’exposeraient à des sanctions. Il est donc essentiel que le conseil de sécurité appuie ces efforts et soutiennent l’action de la MINUSS.

Nous aurons également ce mois-ci une réunion sur la MINURSO au cours de laquelle le nouvel envoyé personnel du secrétaire général, Horst Köhler, rendra compte de ses premiers contacts dans la région.

Sur la Libye, qui est naturellement une priorité en soi, nous envisageons un vote dès ce jeudi, le 5 octobre, pour renouveler la résolution 2240 sur le trafic des migrants, en soutien à l’opération européenne EUNAVFOR.
Par ailleurs, nous soutenons pleinement l’idée d’une expression du conseil de sécurité, sous forme d’une PRST, probablement dès la semaine prochaine, pour endosser le plan d’action qu’a présenté le représentant spécial Ghassan Salamé lors de la réunion sur la Libye ouverte par le secrétaire général le 20 septembre dernier ici-même à New York. Ghassan Salamé vient de lancer la première étape de son plan d’action en réunissant à Tunis des représentants des différentes parties pour une première session de négociations. Il est donc essentiel que le conseil de sécurité continue de lui apporter son plein soutien.

B/ Toujours dans le cadre de cette deuxième priorité de la présidence française sur le maintien de la paix, nous organiserons sous notre présidence trois réunions thématiques :
La première, organisée avec le Royaume-Uni, portera sur la génération de force et aura lieu sous forme d’un briefing ce jeudi après-midi. Cette réunion s’inscrit dans la continuité des sommets qui se sont tenus au cours des deux dernières années sur le renforcement des capacités des opérations de maintien de la paix. Cette réunion mettra notamment l’accent sur la nécessité pour les opérations de maintien de la paix (OMP) de disposer d’unités rapidement déployables, capables de remplir les mandats qui leur sont confiés. On sait en effet que trop souvent les OMP manquent de capacités critiques. Il faut donc y remédier par la formation mais aussi par le renforcement des capacités et notamment de ces unités rapidement déployables. C’est l’objet de la réunion.
Nous organiserons également deux débats ouverts à tous les États membres qui se rattachent en partie au maintien de la paix et qui portent sur l’une des marques de fabrique de la France au conseil de sécurité - la prise en compte des droits de l’Homme et la protection des civils :
- Nous tiendrons ainsi le 27 octobre un débat ouvert sur « femmes, paix et sécurité », afin de faire le bilan de plus de quinze ans d’efforts pour prendre pleinement en compte le rôle des femmes dans le maintien de la paix et la résolution des conflits. Depuis l’adoption de la résolution 1325 en 2000, il ne s’agit plus seulement de protéger les femmes en tant que victimes des conflits, même si cette dimension reste importante, il s’agit aussi d’agir pour que les femmes deviennent des acteurs centraux et incontournables du règlement des crises internationales. Il s’agit donc d’une nouvelle étape dans la promotion du rôle des femmes dans le maintien de la paix et la résolution des conflits. Et la France veut continuer à jouer, avec d’autres bien sûr, un rôle moteur dans ce domaine.
- Nous tiendrons également un débat ouvert sur les enfants dans les conflits armés, le 31 octobre, qui sera présidé par notre ministre Jean-Yves Le Drian. Ce sujet sur les enfants dans les conflits armés est un thème sur lequel la France a été à l’initiative depuis l’origine et entend le rester. C’est un sujet qui fait vraiment partie de notre ADN. Vous vous rappelez de la conférence « Protégeons les enfants de la guerre » qui a été organisée à Paris, en février dernier, avec l’UNICEF. Dans le prolongement de cette conférence, nous inviterons ceux qui ne l’ont pas encore fait à signer les Principes et Engagements de Paris de 2007 qui visent notamment à empêcher le recrutement d’enfants-soldats. Nous envisageons à cette occasion l’adoption d’une déclaration présidentielle pour mettre en avant les améliorations encore nécessaires dans le domaine de la prévention du recrutement et de l’utilisation des enfants par les groupes terroristes notamment. C’est donc là-dessus que nous voulons mettre l’accent et progresser pour que cette réunion soit véritablement utile.

Vous le voyez, l’Afrique ainsi que le maintien de la paix et les droits de l’Homme occuperont une place très importante des travaux de notre présidence. Mais le conseil se penchera également sur les autres foyers de crises. Ce sera le troisième axe de notre programme de travail, concernant la situation au Proche et Moyen-Orient, mais aussi en Birmanie.

3/ Proche et Moyen-Orient et Birmanie

Dans ce cadre, la Syrie occupera bien sûr une place importante, avec 3 réunions à l’agenda du conseil :
- La première, dès ce mercredi, sur la dimension chimique, permettra de faire le point sur l’état de la mise en œuvre de la résolution 2118 avec la secrétaire générale adjointe pour les affaires de désarmement, Mme Izumi Nakamitsu. Le président Macron a marqué clairement l’importance que nous attachons à ce volet de la crise syrienne, le volet chimique, dans le cadre plus large de la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive, qui est naturellement au cœur de nos priorités.
- Une seconde réunion dédiée cette fois aux aspects politiques de la crise syrienne aura lieu le 26 octobre et nous permettra de faire le point avec Staffan de Mistura sur le processus de Genève. La mise en œuvre des zones de désescalade, l’obtention d’un cessez-le feu complet et les travaux de l’opposition pour parler d’une seule voix seront des sujets clés de cette séquence importante. Comme vous le savez, la France a également formulé des propositions pour encourager une reprise du processus politique, dans le cadre défini à Genève et par la résolution 2254, à travers notamment notre proposition de la création d’un groupe de contact.
- Nous discuterons enfin, le 30 octobre, des enjeux humanitaires de la crise en Syrie, de manière distincte de la dimension politique. La question de l’accès humanitaire appelle en effet des réponses immédiates, quelles que soient les difficultés des discussions sur la transition en Syrie. Et c’est donc une priorité en tant que telle.

Sous notre présidence, nous aurons enfin :
- un briefing et des consultations sur le Yémen, en présence de l’envoyé spécial Ismail Ould Cheikh Ahmed (le 10 octobre) ;
- nous ferons un point sur la mise en œuvre de la résolution 1559 sur la situation au Liban (le 24 octobre) ;
- nous aurons le débat ouvert trimestriel sur le processus de paix au Moyen-Orient (le 18 octobre).

Et puis dernier point, qui constituera une priorité à part entière de notre présidence, la situation en Birmanie.

Comme je l’ai déjà annoncé lors du briefing de jeudi dernier en présence du secrétaire général, nous organiserons, dans la première quinzaine du mois d’octobre, une réunion informelle du conseil de sécurité. L’objet est d’évoquer la situation sur le terrain afin d’en avoir une appréciation commune, qui est la base de tout, mais c’est aussi d’aborder plus en détails les recommandations de la Commission présidée par Kofi Annan et les moyens d’agir dont nous disposons dans ce cadre.

Toujours sur la Birmanie, nous poursuivons par ailleurs avec nos partenaires du conseil le travail engagé en vue d’une expression forte et unie du conseil de sécurité, que la France estime à la fois indispensable et urgente.

Donc voilà en quelques mots, et en simplifiant naturellement, les quelques remarques que je souhaitais faire en introduction pour présenter la présidence française, qui sera une présidence très chargée, avant de répondre bien sûr à vos questions et d’écouter vos commentaires.

Dernière modification : 05/10/2017

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