Présentation de la Nuit des idées 2019 [中文]

Discours de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères (Paris, 8 janvier 2019)

Mesdames et Messieurs,

C’est pour moi un grand plaisir que de vous recevoir pour vous présenter cette 4e édition de la Nuit des idées. Je suis d’ailleurs très heureux que mon premier événement public de l’année 2019 soit placé sous le signe de notre diplomatie culturelle.

Dans un monde dont certaines évolutions ont de quoi nous inquiéter, un monde où l’on voit prospérer les logiques de confrontation, la France entend assumer une autre conception de la puissance, fondée sur le choix du dialogue et de la coopération, fondée sur la reconnaissance de la dignité de l’autre et sur l’exigence de vérité. Parvenir, à force d’échanges et s’il le faut, à force de débats, à une compréhension partagée des enjeux qui sont les nôtres demeure aujourd’hui essentiel, et nous y avons toute notre place.

Alors que la France vient de prendre la présidence du G7, l’un des grands objectifs de notre diplomatie en 2019 sera de consolider les réseaux des pays et des interlocuteurs de bonne volonté pour tenter de fédérer tous ceux qui ont à coeur de faire entendre d’une voix forte la leçon de soixante-dix ans de multilatéralisme : sur une planète que nous devons partager, il n’y a pas de plus grand enjeu que de construire un monde qui puisse nous être commun, avec la reconnaissance de l’égale dignité de chaque État. C’est notre intérêt, et c’est en particulier la mission de notre réseau culturel et de l’Institut français, au coeur de la diplomatie française.
Au fil de ses éditions, la Nuit des Idées s’est imposée à travers le monde comme un rendez-vous incontournable pour tous ceux et pour toutes celles qui partagent cette vision de la culture et de la pensée.

Que de chemin parcouru ! Il y a 3 ans, les salons du Quai d’Orsay accueillaient plus de 5000 Parisiens venus écouter, le temps d’une Nuit, certains des plus grands penseurs et artistes de notre temps échanger sur les grands enjeux du monde contemporain. Le 31 janvier prochain, sous l’impulsion de l’Institut français, opérateur du ministère de l’Europe et des affaires étrangères et du ministère de la culture pour la politique culturelle extérieure, le même événement réunira simultanément plusieurs dizaines de milliers de personnes dans plus de 180 lieux, en France et à l’étranger.

L’ambition de cette nuit singulière, c’est de réunir chercheurs, créateurs, responsables publics et organisations de la société civile pour faire tomber les barrières qui, trop souvent, circonscrivent le débat d’idées à un public de spécialistes.
De Tokyo à Los Angeles, dans 70 pays, les manifestations du 31 janvier prochain viendront souligner notre action en faveur de la diffusion des travaux des chercheurs francophones, dont nous soutenons les traductions et publications par des éditeurs étrangers. Elles illustreront la politique que nous menons au service de la francophonie et de la langue française, dont nous accompagnons l’expansion comme une langue de débats et de questionnements sur le monde contemporain.
Je souhaite que le thème retenu pour cette nouvelle édition, « Face au présent », résonne partout comme une invitation à prendre à bras-le-corps les grands enjeux de notre temps en menant des dialogues féconds sur les défis politiques, économiques et sociétaux d’aujourd’hui. Ma conviction est que la France a un rôle clef à jouer pour initier ces débats, qui seront du même coup l’occasion d’affirmer la permanence de l’excellence scientifique française, de mettre en avant la vigilance de notre pensée critique et de confirmer le dynamisme de nos innovations technologiques.

Face au présent, on voit revenir aujourd’hui des tentations dont l’histoire a pourtant montré les dangers. On discerne aussi des menaces qui paraissaient appartenir à un avenir lointain. Au coeur de ce présent se trouve donc la nécessité d’agir. Pour ne citer que quelques exemples : le réchauffement climatique et l’extinction des espèces marquent la transition écologique du sceau de l’urgence ; les mutations sociales liées au développement de l’intelligence artificielle ou des biotechnologies conduisent à penser, dès aujourd’hui, de nouvelles régulations publiques ; la hausse des inégalités exige que nous inventions, au plus vite, un nouveau modèle de contrat social.
Dans ces temps troublés, j’ai l’espoir que la Nuit des idées permettra d’esquisser quelques lignes de conduite. Au coeur des universités, au sein de musées ou d’institutions culturelles, je forme donc le voeu - puisque nous sommes dans la saison des vœux - que cette nouvelle édition serve de caisse de résonnance aux voix qui s’élèvent devant la résurgence des populismes ; qu’elle montre la valeur de la réflexion et de la rationalité contre la prolifération des fausses nouvelles ; qu’elle permette, sur toutes les questions de notre temps, d’engager une nouvelle réflexion.
Pour lancer cette nuit de débats à travers le monde, le Quai d’Orsay accueillera ici même, le 31 janvier prochain, un événement exceptionnel qui portera sur « la composition des mondes », pour reprendre les termes du dernier ouvrage du professeur Philippe Descola qui nous a fait l’amitié de se joindre à nous aujourd’hui et que je salue.

Avec la complicité de la journaliste Marie Richeux, Philippe Descola s’entretiendra cette nuit-là avec l’artiste et urbaniste américain Theaster Gates, dont vous pourrez découvrir en février les travaux lors d’une exposition au Palais de Tokyo.
Comment caractériser notre présent et comment y « faire face » ? Comment construire de nouvelles relations entre humains et non humains et entre l’homme et son environnement - entre la nature et la ville ? Comment pouvons-nous vivre ensemble ?

Voilà les questions qu’ils essaieront de démêler ensemble, dans un dialogue qui s’annonce déjà passionnant. Et, comme chaque année, le public sera ensuite invité à déambuler dans Paris pour assister aux différentes manifestations que vous organiserez.

Mesdames et Messieurs,

Je voudrais vous remercier une nouvelle fois pour vos participations à cet événement qui ne cesse de prendre de l’ampleur.

Vous me permettrez également d’adresser des remerciements appuyés aux équipes de l’Institut français, à son président, Pierre Buhler, à sa directrice générale, Anne Tallineau, et bien sûr à Mathieu Potte-Bonneville, qui coordonne la Nuit des idées depuis sa création et sans qui la réussite que nous célébrons aujourd’hui n’aurait, à l’évidence, pas le même éclat.

Je veux enfin adresser mes plus vifs remerciements à Pierre Sellal, en souhaitant bon anniversaire à la Fondation de France - 50 ans. Merci de nous accompagner dans l’organisation de cette manifestation internationale. Pierre Sellal, Philippe Descola, Camille Louis et Pierre Buhler vont maintenant vous présenter plus amplement les contours de cette 4ème édition à laquelle je souhaite un très grand succès.

Merci de votre présence.

Dernière modification : 14/01/2019

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