Poursuite du ralentissement de la croissance chinoise au deuxième trimestre

Retrouvez dans son intégralité le bulletin économique Chine N°47 (juin 2012) édité par le Service économique régional de Pékin. Au sommaire le ralentissement de la croissance chinoise au deuxième trimestre, une analyse de la situation et des perspectives économiques de Shanghai, les relations financières entre le gouvernement central et les gouvernements locaux en Chine continentale et comme chaque mois, les principaux indicateurs économiques pour la Chine.

La croissance chinoise s’est établie au deuxième trimestre 2012 à 7,6% en glissement annuel, soit son niveau le plus bas depuis le premier trimestre 2009. Ce nouveau ralentissement était toutefois attendu et l’hypothèse d’un soft landing reste privilégiée par les analystes. Les mesures d’assouplissement semblent commencer à agir, et le gouvernement enclin à privilégier le recours à l’augmentation de l’investissement.

La croissance chinoise a enregistré son sixième trimestre consécutif de ralentissement. Le National Bureau of Statistics a publié le 13 juillet 2012 les principales données macroéconomiques pour le deuxième trimestre de l’année 2012. La croissance du produit intérieur brut (PIB) s’établit à 7,6% en glissement annuel (g.a.), contre 8,1% au premier trimestre. Il s’agit du niveau le plus faible depuis 2002, à l’exception du premier trimestre 2009. Plus précisément, le secteur primaire enregistre une croissance en g.a. de 4,3% ; le secteur secondaire une croissance de 8,3%, dont une croissance de 10,1% pour l’industrie lourde, et de 11,1% pour l’industrie légère ; le secteur tertiaire une croissance de 7,7%.

Sur le premier semestre 2012, la croissance du PIB s’établit à 7,8%. Elle repose sur celles de la consommation (contribution de 4,5 points) et l’investissement (contribution de 3,9 points) alors que les exportations ont eu une contribution négative de 0,6 point.

Ce ralentissement était attendu, notamment après la publication le 10 juillet par l’administration générale des douanes de chiffres du commerce extérieur décevants pour le mois de juin : la croissance des exportations a ralenti à 11,3% en g.a., contre une progression 15,3% en mai, et celle des importations a diminué de manière plus marquée, à 6,3% en g.a., contre 12,7% en mai. La progression de l’excédent commercial, qui atteint 31,7 Mds USD en juin contre un excédent de 18,7 Mds USD réalisé en mai, était donc essentiellement imputable à la faiblesse de la demande interne.

Le ralentissement intervient dans un contexte d’inflation maîtrisé. L’inflation chinoise a marqué un net ralentissement en juin à 2,2% en glissement annuel, contre 3,0% en mai et 3,4% en avril. La croissance du sous-indice des prix alimentaires baisse fortement de 6,4% en mai à 3,8% en juin, alors que la croissance de l’indice des prix non alimentaires demeure inchangée à 1,4% en glissement annuel. L’indice des prix à la production, déjà en diminution de 1,4% en mai, accentue sa baisse à 2,1% en glissement annuel au mois de juin, principalement du fait de la baisse des prix des matières premières et du pétrole de détail.

Des mesures en faveur de la croissance ont été annoncées. Les autorités donnent la priorité à la croissance depuis l’annonce officielle le 23 mai par le Conseil des Affaires d’État de sa volonté de mettre en œuvre des mesures destinées à soutenir la demande et à créer un environnement favorable à la croissance. La banque centrale a parallèlement abaissé le 7 juin puis le 5 juillet ses taux d’intérêt de référence. De plus, les procédures d’approbation de grands projets semblent avoir été accélérées et des mesures ont été annoncées – mais leur mise en œuvre demeure à confirmer - pour encourager l’investissement privé dans certains secteurs (chemin de fer, infrastructures, l’énergie, télécommunications, santé publique et éducation, et secteur bancaire). Des mesures de soutien à la consommation ont également été annoncées (26,5 Mds CNY- 4 Mds USD - pour l’équipement ménager notamment).

Le Premier ministre chinois vient d’annoncer une accélération des mesures de relance, en privilégiant l’investissement. Ainsi, à l’occasion d’une visite dans la province du Jiangsu, dans l’est de la Chine, le week-end des 7 et 8 juillet, le Premier ministre chinois WEN Jiabao a appelé de ses vœux des efforts plus "agressifs" pour l’élaboration et la mise en œuvre de politiques de "réglage fin" de l’économie chinoise. Le 10 juillet, il a déclaré qu’une augmentation "raisonnable" de l’investissement était plus importante pour maintenir la croissance que les incitations à la consommation des ménages ou à la diversification des exportations. En visite dans le Sichuan le week-end des 14 et 15 juillet, WEN Jiabao a affirmé que le second semestre verrait un renforcement du pilotage macroéconomique, évoquant des mesures pour soutenir l’urbanisation et la modernisation de l’agriculture, augmenter les revenus, permettre une montée en gamme de l’industrie, développer les marchés émergents et encourager l’investissement privé.

Et en juin des signes d’un possible rebond sont perceptibles. L’investissement reprend en juin avec une croissance nominale de 21,2% en g.a. contre 19,9% au mois de mai ; ceci est notamment dû à la reprise de l’investissement total dans le secteur immobilier qui atteint 18,0% en glissement annuel au mois de juin contre 11,9% au mois de mai, pour une croissance semestrielle de 16,6%. Et les données communiquées par la banque centrale montrent parallèlement un ressaut des nouveaux prêts qui ont atteint 919,8 Mds CNY (144,3 Mds USD) en juin contre 793,3 Mds CNY en mai.

La publication de la croissance pour le deuxième trimestre a conduit les analystes à maintenir leurs prévisions de trajectoire pour la croissance en 2012, avec un rebond au troisième ou au quatrième trimestre. Les observateurs appellent à la prudence dans l’utilisation des politiques économiques, un plan de relance de l’ampleur de celui de 2009 étant jugé ni nécessaire, ni probable, et même néfaste pour l’économie. Leurs préconisations portent sur la mise en œuvre de réformes structurelles dans l’investissement, l’ouverture au capital privé de certains secteurs et l’accélération des projets déjà engagés ou prévus. Au vu de la volonté néanmoins affichée par les autorités de maintenir un rythme d’investissement suffisant, une accélération du programme de logements sociaux pourrait être envisagée, conciliant soutien à l’économie et maintien d’un encadrement du marché immobilier, un niveau raisonnable des prix immobiliers demeurant un objectif affiché par les autorités.

Christian Masson

Service économique régional de Pékin

Dernière modification : 18/07/2012

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