Politique étrangère - Arabie saoudite - Iran - Qatar - Russie - Israël - Tunisie - Edward Snowden - Politique migratoire

Entretien de M. Jean-Yves Le Drian, ministre de l’Europe et des affaires étrangères, avec "CNews" (Paris, 19/09/2019)

Q - Depuis l’été, dans le Golfe, c’est la montée vers le risque d’un choc militaire, c’est pourquoi je suis très heureux de vous souhaiter la bienvenue, Jean-Yves Le Drian. Merci d’être avec nous. Avec votre expérience et ce que vous avez vu et vécu, est-ce que vous êtes ce matin inquiet, j’ai envie de dire vraiment inquiet.
R - Dans des situations de crise, vous savez, les diplomates ont l’habitude de dire " nous vivons une situation préoccupante ". Aujourd’hui, je ne dis plus ça. Nous vivons une situation grave après les attaques qui ont été portées contre des outils pétroliers majeurs de l’Arabie saoudite.
C’est une situation grave, d’abord parce qu’il y a une ampleur de l’action : la moitié de la production journalière de pétrole arrêtée, avec toutes les conséquences que cela a sur le prix à la pompe, y compris en France. Ensuite, parce que c’est un pays qui est agressé, la souveraineté, l’intégrité d’un pays qui est agressée. Enfin, parce que c’est dans une région où les risques de conflictualité sont majeurs : il y a la crise syrienne, il y a la crise yéménite. La moindre étincelle peut provoquer un embrasement. Et puis, ensuite, parce que le moment est très préoccupant : cette intervention arrive juste avant l’Assemblée générale des Nations unies et cette intervention arrive au moment où la France, en particulier, a pris des initiatives pour essayer de retrouver une forme de sérénité dans cette région.

Q - Est-ce que les dirigeants européens, est-ce qu’Emmanuel Macron partagent votre inquiétude ?
R - Oui, l’inquiétude est largement partagée. La gravité de la situation est largement partagée. Le président de la République a eu l’occasion de faire part au Prince héritier de sa solidarité parce que lorsqu’un pays est agressé de cette manière, il faut le défendre, lui apporter son soutien.
Et, aujourd’hui, l’Arabie saoudite a initié une enquête internationale pour vérifier d’où vient l’agression et pour, éventuellement, en tirer les conséquences.

Q - Et à votre avis qui ? Est-ce que c’est l’Iran qui est impliqué dans cette agression ?
R - Les Houthis qui sont des rebelles du Yémen ont annoncé que c’était eux qui avaient provoqué cette intervention. C’est relativement peu crédible mais, puisqu’il y a une enquête internationale, attendons ses résultats.
Nous avons envoyé nous-mêmes des experts pour avoir notre propre vision de la chose, pour identifier...

Q - Mais votre avis à vous ?
R - Je n’ai pas d’avis particulier avant qu’il y ait les résultats.

Q - Comment des installations pétrolières dans un pays comme l’Arabie saoudite, suréquipé, armé, etc. peuvent être détruites ? D’abord, est-ce que ce sont un drone, deux drones, des drones, des missiles ?
R - Manifestement, il y a eu plusieurs outils militaires qui ont été utilisés, des drones, peut-être même des missiles. Et sur la question de savoir comment se fait-il qu’ils ont pu atteindre leur but, ça, c’est l’enquête qui le dira.
L’enquête va être rapide et nous avons nous-mêmes diligentés nos propres experts pour nous informer réellement de la situation. Mais la situation est grave, parce que dans cette région, tout intervention de ce type peut aboutir à l’explosion et donc à la guerre.

Q - Justement. Les Américains et votre collègue Pompeo disent "c’est un acte de guerre".
R - C’est un acte de guerre, oui c’est un acte de guerre. À partir du moment où des missiles vont sur le territoire d’un pays étranger, c’est un acte de guerre.
Maintenant, il faut que l’on revienne au principe de désescalade.

Q - Continuons à essayer d’expliquer, de voir ce qui se passe. Nous, nous avons des accords de partenariat avec l’Arabie saoudite, et les Américains ont un accord de défense avec l’Arabie saoudite, est-ce que cela veut dire qu’il faut qu’ils réagissent ? Parce que s’ils ne réagissent pas, ils passeront pour des comiques.
R - Les actes que nous devons poser, en tout cas en ce qui concerne la France, moi je ne peux pas me substituer à la responsabilité américaine, ce sont des actes de solidarité avec l’Arabie saoudite, on ne peut pas impunément intervenir de cette manière sur un pays tiers, remettre en cause son intégrité. Et puis c’est aussi un message de solidarité avec les pays du Golfe, les pays de la région, pour faire en sorte qu’il y ait une véritable sécurité qui soit adaptée à la situation et qui soit partagée.

Q - Le Prince MBS, Mohammed Ben Salman paraissait invincible, là, il est sacrément affaibli. Si l’Arabie saoudite attaque l’Iran, qu’est-ce qu’on fait, nous ?
R - Je ne suis pas dans ces scénarios. Il faut revenir à la désescalade.

Q - D’accord, mais si les Américains considèrent que leur devoir, étant donné leurs accords, c’est d’intervenir ?
R - Je ne suis pas dans des hypothèses de ce type.

Q - Si l’Amérique de Trump décide une opération militaire, est-ce que l’Europe, est-ce que la France doit suivre ?
R - Je ne suis pas en mesure de répondre à cette question et je ne fais pas des projets sur des hypothèses qui ne sont pas aujourd’hui sur la table.
Ce qui est certain, c’est qu’il faut aujourd’hui tout mettre en oeuvre pour qu’il y ait une désescalade. Et l’opportunité, c’est l’Assemblée générale des Nations unies. L’opportunité, c’est de revenir aux fondamentaux. Quels sont les fondamentaux pour retrouver la paix dans cette région, c’est de revenir aux principes de ce que l’on appelle l’Accord de Vienne en 2015, c’est-à-dire un accord qui a été à l’époque paraphé par un certain nombre de grands pays, dont la France, dont les Etats-Unis, dont la Grande-Bretagne, la Chine, la Russie, qui sont garants. Qui sont garants de quoi ? Qui sont garants du fait que l’Iran annonce qu’il n’accédera pas à l’arme nucléaire et que les mesures pour vérifier cette non-accessibilité à l’arme nucléaire sont garanties et sont en permanence constatées par l’Agence internationale AIEA.
À partir du moment où on revient dans ce dispositif, alors on est dans une situation meilleure à condition que l’Iran puisse retrouver les bénéfices de son action et qu’il se mette à la table des négociations pour parler du reste. Parce qu’il faudra aussi parler du reste avec l’Iran, il faudra parler de ce qui se passera après 2025 - c’est la date butoir de l’accord que j’ai indiqué tout à l’heure -, et puis il faudra aussi, avec l’Iran, parler de l’ensemble de la situation régionale.

Q - Vous avez d’excellentes relations personnelles avec par exemple le ministre des affaires étrangères, Zarif, c’est vous qui l’avez même peut-être fait venir à Biarritz quand le président de la République l’a rencontré au moment du G7, etc. Est-ce que, là, dans le climat actuel, vous avez peut-être des informations selon lesquelles les Iraniens commençaient à enrichir l’uranium pour la bombe et, en même temps, leurs missiles balistiques.
R - Quand je dis "il faut que l’Iran revienne à l’Accord de Vienne", c’est une exigence, parce que sinon nous sommes dans une dérive avec tous les risques que cela peut représenter. Imaginez aujourd’hui que l’Iran soit en possession de l’arme nucléaire. Qu’est-ce qui se passerait dans la situation que nous connaissons aujourd’hui dans le Golfe, avec la gravité des faits que nous avons évoqués tout à l’heure ?
Donc, il faut que l’Iran revienne dans l’accord, qu’il ait le bénéfice financier de l’accord et que nous soyons aussi en situation de parler du reste. Il faut aussi parler du reste.

Q - Vous avez parlé tout à l’heure des Etats et de la région du Golfe, aujourd’hui Emmanuel Macron reçoit l’Emir du Qatar Tamim Al-Thani, qui est en visite officielle. C’est un petit pays coincé, influant, coincé entre les deux belligérants, qui est déjà victime d’un blocus et de sanctions par MBS, est-ce que le Qatar vous le mettez aussi dans la boucle diplomatique pour essayer de trouver des solutions ?
R - La sécurité collective de la région, de l’ensemble des pays du Golfe, doit intégrer l’ensemble des acteurs, y compris le Qatar évidemment.

Q - D’autant plus que, si j’ai bien regardé, c’est au Qatar qu’est installée la plus importante base militaire américaine d’où pourraient partir les avions ou les missiles qui pourraient frapper l’Iran s’il y avait un conflit, donc on est là à un moment clé.
R - Vous savez, la force de la France dans cette affaire c’est que le président Macron parle à tout le monde dans la région, il parle avec l’Emir du Qatar, il parle avec le Prince héritier d’Arabie saoudite, il parle avec le Prince héritier des Emirats, il parle avec l’Emir du Koweït, il parle avec le président irakien. Nous avons la possibilité d’agir parce que nous sommes une puissance d’équilibre, parce que nous représentons une certaine force et aussi...

Q - Vous dites, nous sommes une puissance médiatrice, à quoi ça sert ?
R - Non, d’équilibre...

Q - D’équilibre, à quoi ça sert ? On vous écoute.
R - Parce que nous sommes en situation de prendre les initiatives nécessaires quand les situations sont bloquées, c’est le cas pour la crise iranienne. Quand le président Macron a proposé que le ministre Zarif vienne à Biarritz pour parler d’un processus de paix dans la région, eh bien c’est parce qu’il avait une force personnelle et que la France est une puissance d’équilibre pour agir.

Q - Ce matin vous dites "attention à l’inadvertance, attention à l’étincelle, tout est possible" ?
R - Attention aux risques, mettons en place un processus de désescalade.

Q - Dimanche vous allez, avec le président de la République, à l’Assemblée générale des Nations unies à New York, il y aura sans doute des contacts secrets, est-ce qu’il verra le président... ah, j’allais oublier. Les Américains refusent le visa au président iranien Rohani et... est-ce que vous trouvez que c’est normal ou il faut qu’ils accordent ces visas ?
R - J’espère que le bon sens va revenir.

Q - Qu’ils accordent les visas.
R - J’espère que le bon sens va revenir.

Q - Donc, est-ce qu’Emmanuel Macron verra le président Rohani ?
R - Le président de la République a prévu de rencontrer le président iranien, il a prévu de rencontrer le président Trump. Vous savez, cette assemblée générale des Nations unies permet beaucoup de contacts et c’est précisément le moment qui a été choisi par l’agresseur pour faire les frappes que j’ai indiquées en commençant.

Q - La Russie, après la spectaculaire de Brégançon, vous y étiez, avec Vladimir Poutine, vous vous avez fait le voyage avec Florence Parly, vous avez vu vos collègues Lavrov et Choigou. ? Qu’est-ce qu’il en sort, parce que vous n’avez rien dit là-dessus, vous étiez déçu ?
R - Il y a une situation de relation avec la Russie qui n’est pas intéressante aujourd’hui, puisque nous sommes dans une forme de situation de défiance mutuelle, avec des raisons, nous avons, à l’égard de la Russie, beaucoup de questions de conflits, de désaccords, que ce soit sur l’Ukraine, que ce soit sur la Syrie, que ce soit l’ingérence, bon !

Q - Et alors comment on lève la méfiance ?
R - Cela s’est accumulé. Et il y a aussi de la part de la Russie une défiance à l’égard de l’Union européenne, à l’égard de l’Occident, tout ça s’accumule. Et ce n’est utile pour personne. Et donc nous avons pensé, le président de la République a initié une démarche en direction de la Russie pour faire en sorte que l’on retrouve le chemin de la confiance, sans naïveté, sans renier tous les points de désaccord, mais avec cette volonté de faire en sorte que la Russie soit arrimée à l’Europe. Sinon, progressivement, la Russie se tournera vers l’Est, vers la Chine, et donc les liens seront rompus, alors que la Russie est profondément européenne...

Q - Alors, vous y êtes allé, il y a quelque chose qui se...
R - Il s’est passé quelque chose, il s’est passé quelque chose à Brégançon, dans la qualité des relations entre le président Poutine et le président Macron, et nous avons décidé de reprendre un rythme que nous avions antérieurement, qui est une relation régulière entre les ministres des affaires étrangères et les ministres de la défense des deux pays, et nous avons prévu un calendrier.

Q - Est-ce que cela veut dire que c’est une nouvelle histoire qui commence avec de nouvelles initiatives ?
R - C’est peut-être une nouvelle histoire. Pour l’instant, je suis prudent, mais les rencontres que nous avons eues à Moscou avec Florence Parly ont été utiles, nous avons décidé, d’abord, de renforcer nos liens civils, si j’ose dire, c’est-à-dire renforcer les liens entre les sociétés civiles, renforcer les liens...

Q - C’est intéressant, mais...
R - Non, ce n’est pas secondaire, Jean-Pierre Elkabbach, au niveau...

Q - Est-ce que cela veut dire que ça va bouger ?
R - Je suis en train de vous dire que ça bouge. Je suis en train de vous dire que ça bouge !

Q - Des preuves.
R - Des preuves : c’est qu’il va y avoir, avant la fin de cette année, une grande rencontre économique entre les deux pays. Mais le point le plus important, c’est que nous avons décidé deux choses supplémentaires concernant à la fois notre sécurité et concernant les crises, exemple, la crise que nous vivons aujourd’hui au Moyen-Orient. Nous avons décidé ensemble d’identifier dans la transparence nos problématiques dans le domaine du nucléaire, dans le domaine du conventionnel, dans le domaine du chimique, dans le domaine des cybers...

Q - Et ça, cela fait tomber la défiance peu à peu ?
R - Peu à peu. Dites-nous ce que vous faites, je vous dis ce que je fais, et on essaye d’avancer. Vous ne nous dites pas tout, nous ne vous disons pas tout mais commençons à progresser dans ce domaine-là.
Et puis, par ailleurs, nous avons convenu d’avoir régulièrement des échanges sur les situations de crise, alors il y a des petits sujets sur lesquels nous avons des désaccords, constatons-les, essayons de dire où ils sont pour les identifier bien - je pense à la Syrie - et puis il y a des points sur lesquels nous sommes d’accord, je pense à la crise libyenne, je pense éventuellement à la crise iranienne...

Q - Syrie...
R - Non, pas la Syrie, nous sommes en désaccord. Mais, sur ces différents points, les voies d’un dialogue sont en train de se remettre en place, alors cela va mettre du temps, mais c’est essentiel pour inverser une donne...

Q - Cela veut dire que la Russie fait partie de l’Europe, Poutine devient, redevient tout doucement l’interlocuteur, et qu’on cherche la confiance...
R - On n’est pas encore rendu-là, mais...

Q - Et que peut-être après, on allait échapper à des sanctions...
R - ...le fait que le président de la République aille au mois de mai prochain pour le 75e anniversaire de la fin de la guerre 39-45 à Moscou, c’est un acte important...

Q - Ce qui n’avait pas été fait jusqu’ici...
R - C’est un acte important. L’atmosphère est meilleure, nous voulons construire...

Q - Très bien, il y a tellement de questions qu’on a envie de vous poser dans une situation mondiale qui est tellement difficile, et alors que je sais que la plupart des gens s’intéressent ou croient s’intéresser à autre chose, alors qu’à tout moment il peut leur arriver une augmentation du prix du pétrole, parce qu’il y a un incident ici ou là, une interconnexion des problèmes du monde. Enfin, c’est toute la région qui est touchée. Vous étiez avec le président Sissi, il y a deux jours en Egypte, lui aussi a dû vous dire son inquiétude, qu’est-ce que vous pensez des résultats des élections en Israël ?
R - Ils ne sont pas encore définitivement actés, je constate qu’il y a deux blocs, il y a un bloc de droite autour de M. Netanyahou, il y a un bloc de centre, du centre, centre gauche autour de M. Gantz. Ces deux blocs semblent s’équilibrer, donc quand les résultats seront définitifs, il appartiendra au président Rivlin de prendre les initiatives politiques nécessaires pour qu’un gouvernement soit constitué. On peut souhaiter qu’il y ait un gouvernement un peu plus durable que le précédent, puisque les échéances récentes sont encore très récentes puisque c’était au mois d’avril. Donc il faut attendre les choix qui vont être faits. En même temps, nous sommes très préoccupés de la situation générale...

Q - Est-ce que ça veut dire que quel que soit le Premier ministre, Gantz ou Netanyahou, la France continue d’essayer d’avoir de bonnes relations avec Israël...
R - Nous avons des bonnes relations avec Israël. Mais nous sommes préoccupés de la situation des territoires occupés, et en particulier la situation en Cisjordanie et du processus de paix qui aujourd’hui n’avance pas du tout, on est dans l’attente du plan américain depuis déjà de nombreux mois, voire même des années...

Q - Oui, oui, c’est Trump de la Maison Blanche avec des tweets qui va faire le plan...
R - ...et il est indispensable que l’on puisse retrouver un processus pacifiant...

Q - Jean-Yves Le Drian, la Tunisie. La campagne a commencé pour les législatives le 6, pour le deuxième tour de la présidentielle, le 13 octobre, entre deux hommes, dont l’un est maintenu en prison alors qu’il n’a été ni jugé ni condamné, et que disent la France et l’Europe pour que le débat électoral en Tunisie soit fairplay ?
R - Nous respectons la souveraineté tunisienne, la Tunisie est une démocratie amie, elle a une Constitution, elle a un mode de règlement électoral, elle a mis en oeuvre cette Constitution après le décès du président Essebsi. Il y a maintenant des élections législatives qui vont avoir lieu le 6 octobre, il va y avoir des élections présidentielles, et nous souhaitons que ces élections se déroulent de manière impartiale et que le résultat des élections ne soit pas contesté. Voilà quelle est la position de la France...

Q - C’est-à-dire, attendez, attendez, important ! Vous dites "impartiale", c’est-à-dire que la démocratie doit y gagner si tous les candidats ont la possibilité de s’exprimer librement...
R - Nous avons dit aux autorités tunisiennes que nous souhaitions que ce deuxième tour des présidentielles se déroule dans les meilleures conditions d’impartialité, je n’en dirai pas plus.

Q - Non mais impartialité, et vous dites, sinon...
R - Impartialité avec le fait que l’Union européenne a diligenté sur place une commission de suivi du processus électoral et constate que ces élections se déroulent dans de bonnes conditions, et c’est très important pour la démocratie tunisienne, puisqu’elle a été la première dans le printemps arabe et est finalement une des seules à garantir aujourd’hui un processus démocratique.

Q - Mais quand vous avez dit "pour qu’elles ne soient pas contestées", c’est-à-dire s’il n’y a pas les deux candidats ou s’il n’y a pas équilibre ou impartialité, le résultat peut être contesté ?
R - Nous avons dit impartialité, c’est les Tunisiens qui décident de leur mode de scrutin et de leur légitimité.

Q - Est-ce que vous dites ce matin qu’il faudrait que la Tunisie reste la Tunisie de Bourguiba et de Caïd Essebsi ? Démocratique et irréprochable ?
R - La Tunisie a été à l’avant-garde d’un processus démocratique important, et nous considérons qu’elle l’est toujours.

Q - Qu’elle l’est toujours, il faut qu’elle démontre, parce qu’il y a des contestations et ceux qui sont contestés, même comme l’un des candidats qu’on juge trop islamiste, cela peut s’expliquer qu’on ment.
R - La Tunisie est souveraine et nous respectons sa Constitution et sa justice.

Q - Mais la France continue d’être l’amie de la Tunisie.
R - Bien sûr.

Q - Plusieurs questions, peut-être très rapides. Edward Snowden demande, dans les médias, à la France l’asile politique. À travers vous, la réponse officielle de la France ?
R - Ecoutez, M. Snowden sort un livre je crois, il fait beaucoup d’émissions, il réside à Moscou, je crois, il avait demandé l’asile politique en France, mais ailleurs aussi en 2013, à ce moment-là la France avait estimé que ce n’était pas opportun. Je ne vois pas aujourd’hui ce qui a changé, ni d’un point de vue juridique, ni d’un point de vue politique.

Q - Donc non.
R - Pour l’instant c’est une demande par voie médiatique, mais a priori je ne vois pas de raison de changer de point de vue.

Q - Donc c’est non.
R - Je ne vois pas de raison de changer de point de vue.

Q - Non, c’est non.
R - Je ne vois pas de raison de changer de point de vue. Ni d’un point de vue politique, ni d’un point de vue juridique.

Q - D’autant plus, non parce qu’il y a eu des confusions, il y a eu des ministres qui ont dit : "Oui, peut-être", etc.
R - Non.

Q - Non, la position du Quai d’Orsay. (...)

Q - Vous êtes un des trois ministres qu’Emmanuel Macron a désignés pour s’occuper de l’immigration. Naturellement, en tant qu’Européen, vous avez des responsabilités, et est-ce que vous êtes d’accord avec l’idée qu’il faut être plus ferme sur le droit d’asile, plus ferme sur le regroupement familial, et en même temps les reconduites au pays ? Qu’est-ce que vous dites ? Vous êtes d’accord ? Parce qu’on dit : il vient du Parti socialiste, c’est un homme de gauche. Est-ce que vous êtes d’accord ?
R - Le président de la République et le Premier ministre ont souhaité que j’intervienne dans ce débat parce qu’il y a une dimension internationale évidente, d’abord parce que nous avons, avec les pays d’origine et les pays de transit, des relations importantes qu’il faut renforcer pour avoir une assistance, pour maîtriser les flux migratoires, ensuite parce qu’il y a une dimension européenne incontestable. Il faut qu’il y ait une homogénéisation du dispositif européen, il faut aussi qu’il y ait...

Q - D’accord mais vous n’avez pas d’état de conscience, d’état d’âme...
R - ...il faut aussi qu’il y ait une sécurisation aux frontières qui soit validée, qui soit partagée, il faut qu’il y ait une solidarité et une responsabilité...

Q - Cette politique là...
R - Non, la nouveauté Jean-Pierre Elkabbach, c’est que le président de la République et le Premier ministre ont souhaité qu’il y ait un débat sur l’immigration et c’est un débat.

Q - Sans vote.
R - C’est un débat qui doit être constructif, c’est un débat qui doit être apaisé, c’est un débat qui doit être serein pour faire en sorte que...

Q - D’accord, mais ce n’est pas forcément le cas.
R - Mais ce n’est pas un débat normatif, ce n’est pas, je ne sais pas si je me fais bien comprendre.

Q - Mais il y a chez les Marcheurs des gens, une dizaine, une vingtaine qui sont troublés, est-ce que vous, vous êtes troublé ?
R - De quoi ? Du fait qu’il y ait un débat, non il faut qu’il y ait un débat.

Q - Qu’il faut plus de fermeté, un durcissement de la politique migratoire française.
R - Le débat va porter à la fois sur les faits et sur les valeurs et je considère pour ma part qu’une migration maitrisée est une chance pour notre pays, mais qu’une migration erratique est un risque pour notre pays. Alors il faut mettre ça sur la table et c’est après le débat qui va avoir lieu dans une dizaine de jours qu’on pourra co-construire des inflexions, des réorientations de politique migratoire.

Q - Et vous, vous n’avez pas de trouble de conscience, d’état d’âme ?
R - Pourquoi est-ce que j’aurais un trouble de conscience quand on organise un débat ouvert ?

Q - Mais quand on dit la fermeté à l’égard des excès de la migration.
R - Quand je dis qu’il faut être à la fois sur les faits et sur les valeurs. Sur les faits regardons quelle est la situation : il y a une diminution des flux migratoires, mais il y a par ailleurs en France des formes de détournements du droit d’asile, comment est-ce qu’on fait ? Nos valeurs, c’est la protection des plus démunis, mais c’est aussi le respect du droit d’asile et le fait que ceux qui en sont bénéficiaires soient vraiment intégrés dans l’ensemble national.

Q - Vous n’allez pas signer de pétition. Dernière question, Jean-Yves Le Drian, les avocats qui défendent les épouses des djihadistes, je vais très vite, aujourd’hui dans les camps de réfugiés, devraient ou vont porter, paraît-il, plainte contre vous, le ministre des affaires étrangères devant la Cour de justice de la République. D’abord est-ce qu’ils l’ont fait ?
R - Je ne suis pas informé.

Q - Et s’il y a une plainte contre vous, qu’est-ce que vous répondez parce que vous ne vous occupez pas du...
R - Je verrai si la Cour de justice de la République me saisit. Mais il faut revenir aux réalités aussi sur ce sujet : il y a eu des combattants et des combattantes français qui sont allés combattre la France en ralliant Daech en Syrie, ceux-là, il faut qu’ils soient jugés. Il n’y aura absolument aucune tolérance par rapport à ça, la position de la France est très ferme, il faut qu’ils soient jugés sur les lieux où ils ont commis leurs crimes.

Q - Pas de procès en France ?
R - Cela doit se faire ailleurs, là où ils ont commis leur crime. Et il y a par ailleurs, je dis combattants et combattantes, qui sont les ennemis de la France puisqu’ils ont attaqué la France, ils ont tué des Français en France, à partir de leur base, donc on ne peut pas ne pas se souvenir de cela.
Et puis il y a des enfants, des enfants qui vivent dans des camps et la France est évidemment très attentive à la situation même si elle n’a pas le contrôle effectif de ces camps puisque ce territoire est toujours en guerre. Et nous avons pris des initiatives pour que les orphelins, les enfants isolés, les plus démunis puissent être rapatriés, nous en avons rapatrié déjà un certain nombre...

Q - Les femmes vous les donnent facilement ou elles les cachent ?
R - C’est très difficile. Il faut, je le dis d’ailleurs aux avocats, il faut à chaque fois négocier. Quand on a ramené les 17 personnes, nous avons emmené quelques collaborateurs sur place, ils ont eu du mal, ils ont risqué même leur vie pour rapatrier ces enfants-là. On peut en rapatrier d’autres, des orphelins, des mineurs isolés, les plus démunis, les plus en difficulté mais sur le fond, je suis intraitable sur un point, les combattantes et les combattants doivent être jugés pour leurs crimes.

Q - Vous dites les combattantes aussi. Merci d’être venu. Il faut parler plus souvent de politiques étrangère parce que ça concerne les Français, merci et bon séjour à New-York à l’Assemblée générale des Nations unies, vous parlerez aussi beaucoup du climat.
R - Merci./.

Dernière modification : 20/09/2019

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