Opportunités du 12ème plan quinquennal pour les entreprises françaises

Retrouvez dans son intégralité le bulletin économique Chine N°34 (mars 2011) édité par le service économique régional de Pékin. Au sommaire : les opportunités ouvertes par le 12ème plan quinquennal pour les entreprises françaises, les PME françaises en Chine, Canton, futur pôle de croissance en Asie, les pressions inflationnistes à Hong Kong, l’industrie du jeu à Macao et, comme chaque mois, les principaux indicateurs économiques pour la Chine.


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Bulletin économique Chine n°34 (mars 2011)
Analyse macroéconomique de la Chine (PDF - 1.4 Mo)

Le projet de 12ème plan a été approuvé par l’Assemblée nationale populaire à la fin de sa session plénière le 14 mars. Si celui-ci n’était pas encore publié à la rédaction de cet article, plusieurs documents communiqués par la NDRC, le Premier ministre et le Ministère des finances, en traçaient d’ores et déjà les grandes lignes.

L’accent est mis sur la hausse du pouvoir d’achat, guidée par le rééquilibrage de la croissance chinoise, et les thématiques de développement durable. Ces points peuvent dynamiser la demande dans certains secteurs évoqués dans le cadre de notre dialogue bilatéral, comme l’agro-alimentaire, les services (hors services financiers) ou le développement durable. Les opportunités les plus importantes resteront probablement liées au domaine des équipements, dans le cadre de la restructuration du tissu industriel incluant une plus forte composante technologique.

La réalisation des potentialités créées par le 12ème plan dépendra naturellement de l’attitude des autorités chinoises en matière d’accès au marché, notamment sur les questions du contrôle des investissements étrangers, de la propriété intellectuelle, et des obstacles techniques au commerce (certifications et autres).

1. L’objectif de réduction des déséquilibres chinois pourrait bénéficier à l’offre française en Chine dans les services et les biens de consommation


Les orientations du 12ème plan confirment le souhait d’un rééquilibrage de la croissance chinoise par une hausse de la consommation intérieure
permettant l’édification d’une société de « moyenne aisance ». Celle-ci doit notamment être tirée par une hausse du pouvoir d’achat (hausse du revenu net rural et urbain de 7% en moyenne annuelle associé à une volonté de maîtriser l’inflation), une réforme de la fiscalité ou la création de 45 millions d’emplois urbains. L’assurance vieillesse de base devra couvrir l’ensemble de la population. Cette orientation devrait avoir un impact sur la consommation de produits importés (agro-alimentaire, vins et spiritueux, cosmétiques, etc.) ou celle de biens produits en Chine par des filiales d’entreprises françaises (automobile, etc.). Malgré une volonté affichée de lutter contre les écarts de revenus, il est probable que le revenu des classes les plus aisées progressera encore, permettant une hausse de la demande de produits de luxe.

Le 12ème plan prévoit également un développement des services visant à augmenter de 4 points leur part dans la valeur ajout du PIB.
Des mesures faciliteront la prestation de services dans des secteurs soutenus par les autorités comme l’alignement du tarif des consommations de flux (eau, électricité, gaz, chauffage) sur celui de l’industrie ou une réforme de la TVA applicable aux services aux entreprises. Le développement de nombreux secteurs est mentionné : services en ligne Internet, logiciel, services destinés au 3ème âge, services d’utilité publique. D’autres secteurs pourraient bénéficier de la hausse des revenus comme le tourisme ou la distribution. Une hausse de l’espérance de vie de 1 an est attendue. L’amélioration des soins pour l’ensemble de la population bénéficiera de l’évolution du système de santé (réforme des hôpitaux) et de la mise en place d’une couverture santé pour toute la population (avec un taux de remboursement de 70%). Un assouplissement de l’accès aux investissements étrangers dans ce secteur notamment pourra bénéficier à l’offre de produits et de services de santé.

Le déséquilibre entre les villes et les campagnes fait également l’objet d’une attention soutenue, avec une maîtrise de l’augmentation de la population urbaine (47,5% à 51,5% en 5 ans) qui doit permettre d’alimenter les gains de productivité nécessaires à la poursuite de la croissance chinoise, tout en préservant une capacité de production et la maintien de réserves agricoles (autosuffisance à 95% en céréales). Le savoir-faire français en termes d’urbanisme et de planification des transports pourrait être mis à profit auprès des municipalités chinoises pour réduire l’étalement urbain et promouvoir un développement qui limite la place de la voiture. Enfin les déséquilibres régionaux impliqueront un effort accru dans les provinces de l’ouest, tandis que les provinces de l’est se verront accorder une responsabilité particulière dans la restructuration de l’économie chinoise.

2. L’accent mis sur les questions de développement durable permettrait d’accélérer les projets dans ce secteur inclus dans notre dialogue bilatéral

Les orientations du 12ème plan intègrent de manière importante l’ensemble des thématiques environnementales : efficacité énergétique, émissions de gaz à effet de serre, restructuration des industries ou protection de l’environnement. Les objectifs sont ambitieux : l’objectif de réduction de l’intensité carbonique (émissions de gaz à effet de serre par unité de PIB) de -17% sur 5 ans apparaît pour la première fois pour contribuer à celui de 40% à 45% entre 2005 et 2020. La baisse de la consommation d’eau par unité de valeur ajoutée industrielle est maintenue à 30%, 11,4% de la consommation d’énergie primaire proviendra d’énergies non fossiles.

Le développement des industries « vertes » devrait donc se poursuivre, dans des secteurs sur lesquels les entreprises chinoises sont déjà bien positionnées comme l’énergie (éolien, panneaux photovoltaïques ou nucléaire) ou d’autres sur lesquels la concurrence chinoise se constitue (eau et déchets notamment). Des opportunités pourraient s’ouvrir s’offrir pour lesaux entreprises françaises notamment en matière d’efficacité énergétique, d’énergie propre, de qualité de l’eau, de traitement des déchets ou des boues d’épurations ou de recyclage.

En matière d’efficacité énergétique, à la suite du programme de fermeture d’entreprises les plus énergivores, de nouvelles normes seront introduites en 2011 dans le bâtiment, et des programmes d’économie d’énergie seront lancés dans 10 000 entreprises fortement consommatrices. Une taxe environnementale ou un marché carbone pourraient être mis en place dans des provinces pilotes. La taxe sur les ressources naturelles et celle sur les produits consommateurs d’énergie seront augmentées. La tarification de l’énergie (carburant, gaz naturel, électricité) devrait être revue pour être adaptée aux différents usagers et prendre en compte l’origine de la production électrique (notamment énergies renouvelables).

Les bonnes pratiques environnementales devraient également aller de pair avec la hausse de la productivité des terres agricoles (emploi des amendements, utilisation de pesticides, mécanisation adaptée), un recours accru à l’usage des biotechnologies et l’utilisation des sous-produits de l’élevage (méthanisation notamment). La couverture forestière sera augmentée à 22,66% du territoire.

3. Les projets d’infrastructures et d’équipements continueront cependant de présenter les perspectives les plus importantes, avec une dimension technologique qui sera encore accrue.

L’objectif de croissance reste élevé (7%), ce qui implique la poursuite de dépenses d’équipements importantes alors que l’accroissement de la consommation intérieure ne pourra être que progressif.

Les objectifs de montée en gamme des entreprises chinoises, vont s’inscrire dans une volonté politique très forte de soutien à l’innovation, alors que la R et D devra atteindre 2,2% du PIB à la fin du 12ème plan. L’atteinte de cet objectif ambitieux sera difficile (faiblesse de la recherche fondamentale, limites du système de formation des chercheurs, manque de ressources humaines confirmées), ce dont témoignent des objectifs surtout quantitatifs en matière de brevets. C’est probablement pourquoi l’entreprise est placée au cœur de cette promotion de l’innovation, avec un encouragement accru à l’investissement privé, qui pourrait a minima maintenir le besoin de technologie étrangère. La résorption de l’excédent commercial chinois se ferait par une hausse des importations (le plan prévoit une augmentation des importations d’équipements à forte composante technologique) et a minima un maintien des exportations, qui impliquera une montée en gamme des produits chinois lié à la hausse des coûts salariaux.

Mais ces évolutions pourront produire des effets contrastés sur l’investissement étranger. Il est fait référence à plusieurs reprises à un concept d’innovation à 100% chinoise. Les investissements étrangers seront probablement guidés pour favoriser des transferts de technologie plus importants à travers les dispositifs de contrôle existants ou la refonte du catalogue des investissements étrangers. Les entreprises étrangères seront incitées à créer des centres de R et D en Chine, alors que l’utilisation hors de Chine des droits de propriété intellectuelle créés dans ces structures reste incertaine. La mention de l’augmentation des investissements chinois à l’étranger pourra se traduire par la recherche d’acquisitions technologiques, phénomène pour l’heure plus marqué en Allemagne qu’en France. 7 secteurs identifiés sont identifiés comme stratégiques : efficacité énergétique et protection de l’environnement, nouvelle génération des technologies de l’information, biotechnologie, équipements industriels technologiques, nouvelles énergies, nouveaux matériaux et véhicule propre.

La Chine continuera à développer un réseau de transports qui pourraient utiliser le savoir faire français en matière d’intermodalité des transports. La croissance restera très soutenue dans le secteur aéronautique, avec un développement des aéroports (231 à la fin du plan), la réception de 1000 avions par les compagnies chinoises, l’augmentation du trafic aérien à 460 millions en 2015 (croissance annuelle de 11%), le développement de l’avion de 150 places monocouloir chinois C919 pour une certification et une livraison à partir de 2016 et celui d’un avion d’affaires chinois. Le 12ème plan prévoit enfin l’ouverture de l’espace aérien pour les basses altitudes (développement de l’aviation générale). La politique de développement du réseau routier sera maintenue pour les autoroutes, les grandes routes et le désenclavement des zones rurales avec des opportunités limitées. Le réseau ferré chinois poursuivra probablement son expansion rapide et devrait atteindre 120 000 km en 2020 avec une progression très rapide de la grande vitesse de 7500 km fin 2010 à 16 000 km en 2020. Le limogeage du Ministre des Chemins de fer en février 2011 pourrait ralentir certains projets, mais ne devrait ni remettre en cause le développement du ferroviaire dans son ensemble, ni induire une politique plus favorable aux entreprises étrangères.

Marie-Lise Molinier, Nils Raynaud, Raphaël Guillet, Rodolphe Pellé

Service économique de Pékin

Dernière modification : 24/05/2011

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