Les ONG environnementales chinoises [中文]

Les ONG agissant dans le domaine de l’environnement et du changement climatique contribuent au développement, encore limité, mais de plus en plus important, de la société civile chinoise. Elles sont désormais admises comme forces de proposition et comme relais des politiques environnementales du gouvernement. Leur champ d’action, initialement cantonné aux domaines les moins sensibles s’est maintenant élargis à l’eau ou à la lutte contre les industries polluantes.

Panorama des ONG environnementales en Chine

Depuis la création de la première ONG environnementale (ONGE), Friends of Nature, en 1994, plusieurs milliers d’organisations ont vu le jour. Elles agissent pour la plupart dans des domaines peu sensibles politiquement comme l’éducation, la protection de la biodiversité et des ressources en eau ou la reforestation). Depuis peu cependant, certaines d’entres elles, gagné en visibilité nationale et internationale (participation aux conférences de Copenhague et Cancun). La plupart restent néanmoins des organisations locales, n’ayant ni statut légal ni financement.

Les ONGE chinoises ont connu un développement important à partir du milieu des années 1990. Ainsi, alors que la Chine comptait 9 ONGE en 1994, on en dénombre désormais 3 600. Les ONG en Chine peuvent être distinguées en fonction de leur statut :

  • statut officiel  : ONG reconnue, enregistrée en tant qu’organisation sociale ou unité de travail non-lucrative , au Ministère des Affaires civiles ;
  • statut semi-officiel  : ONG enregistrée comme entreprise ;
  • statut officieux : ONG sans reconnaissance ni existence officielle (groupes de volontaires, ou regroupement basés sur internet).

Il existe par ailleurs plusieurs autres catégories d’ONGE en Chine :

  • les ONG gouvernementales ou GONGOs : ce sont des ONG établies par des agences gouvernementales.
  • les centres de recherche et instituts universitaires : ce sont des organisations perçues comme des ONG mais affiliées à des instituts d’études supérieures.
  • les fondations  : elles peuvent offrir des financements aux ONGE chinoises.

Il existe trois grands types d’ONGE chinoises :

  • ONGE de lobbying/think-tank : ces ONGE sont généralement composées d’experts et de scientifiques. Elles mènent des projets de recherche qui aboutissent à la publication de recommandations à destination du gouvernement chinois. Beaucoup d’entre elles ont les ressources et le personnel qualifiés pour obtenir des financements internationaux et promouvoir leurs projets à l’étranger.
  • ONGE de terrain : Il s’agit en général de projets répondant à une nécessité/réalité locale. Il peut s’agir d’actions collectives (ramassage des déchets avec l’aide d’un important réseau de bénévoles), ou de projets plus techniques (mise en place d’une communauté bas carbone). Certaines de ces ONGE réussissent à obtenir des financements de l’étranger, mais la plupart comptent essentiellement sur l’aide apportée par les bénévoles.
  • ONGE de sensibilisation de la population aux enjeux écologiques : Il s’agit en général de projets locaux : formation de volontaires, d’étudiants, organisation d’évènements grand public. Ces activités sont parfois organisées de concert avec les gouvernements locaux.

La frontière entre ces différents types d’ONGE reste cependant assez floue. La plupart d’entres elles mènent des projets qui allient à la fois sensibilisation, lobbying et terrain. Le développement de l’internet et des médias sociaux ont permis à un grand nombre d’ONGE chinoises de recruter des volontaires et de faire connaître leur cause au-delà de leur communauté locale.

La politique chinoise en matière d’ONGE

A ce jour, il n’existe pas de loi régulant les ONG environnementales en Chine. Cependant, la fédération environnementale de Chine (ACEF) a été créée en avril 2005, afin d’assurer une tutelle des ONG environnementales.

Le département de l’administration des affaires civiles du Ministère des affaires civiles est en charge de superviser l’enregistrement légal des ONG. Le gouvernement contrôle les organisations sociales au travers de procédures édictées au sein des « Dispositions réglementaires concernant l’administration et l’enregistrement des organisations sociales » de septembre 1998.

Quatre conditions sont requises afin d’obtenir un statut légal d’ONG :

  • les organisations candidatant à l’obtention du statut d’organisation sociale doivent au préalable obtenir le soutien d’une institution garante, qui exerce un contrôle sur leurs activités.
  • le personnel des organisations candidatant au statut d’ONG ne peut dépasser 50 membres.
  • l’organisation candidate doit avoir une adresse fixe, un personnel spécialisé correspondant aux besoins de l’organisation, un capital financier de 30 000 yuans (organisation de rang provincial) à 100 000 yuans (organisation de niveau national).
  • Il ne peut y avoir qu’une seule ONG au sein d’un même domaine d’expertise au sein de la même région. De plus, les ONG n’ont pas l’autorisation d’ouvrir des branches en province

Il résulte de ces procédures que peu d’organisations obtiennent un statut légal. Par conséquent, beaucoup d’ONGE chinoises ont un statut précaire qui résulte en leur incapacité à mener des actions légales, à attirer du personnel spécialisé et à obtenir des financements extérieurs.

Conclusion

En une quinzaine d’années, les ONGE sont devenus un élément à part entière de la société civile chinoise. Les projets qu’elles mettent en place sont nombreux et variés, tout comme le nombre de personnes qu’elles mobilisent (volontaires, étrangers). Cependant, peu d’ONGE sont implantées dans les régions de l’intérieur de la Chine, et nombre d’entre elles restent confrontées à des problèmes systémiques : difficulté d’obtenir un statut légal, ce qui en empêche beaucoup de mener des actions légales, d’obtenir des financements, d’attirer du personnel compétent et de communiquer de façon efficace sur leurs projets.

Dernière modification : 08/07/2019

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