Les projets de l’AFD en matière de développement urbain durable

Promotion d’un développement urbain durable et sobre en carbone.

L’urbanisation rapide qui a accompagné la croissance économique de la Chine au cours des dernières décennies constitue le plus grand mouvement de personnes dans l’histoire de l’humanité. Les villes chinoises, où vit actuellement 56% de la population, accueillent chaque année plusieurs dizaines de millions de nouveaux arrivants et d’ici 2020 la Chine pourrait compter 126 villes de plus d’un million d’habitants. Son taux d’urbanisation dépasserait alors 60%, soit environ 900 millions d’urbains (contre 191 millions en 1990 et 700 millions en 2012). En 2030, ce taux devrait dépasser 70% soit près d’un milliard d’urbains.

Cette urbanisation record s’accompagne d’immenses défis en matière d’accès aux services urbains et de limitation de l’empreinte environnementale des villes, mais également en termes de santé publique face à de multiples problématiques de pollution locale (air, eau, sols).

Aux problèmes environnementaux s’ajoutent de nombreux défis sur le plan social : alors que le niveau de vie dans certaines grandes villes chinoises (telles que Pékin, Shanghai et Canton) atteint des niveaux comparables à l’Europe ou aux Etats-Unis, un grand nombre de provinces (notamment dans l’Ouest du pays) font face à des taux de pauvreté importants ; le « rééquilibrage » économique entre zones rurales et urbaines figure aujourd’hui parmi les priorités du Gouvernement chinois.

Les opérations de financement de l’AFD en Chine, dont le développement urbain durable constitue l’un des piliers, s’inscrivent dans le cadre du partenariat entre la France et la Chine en la matière. Depuis le démarrage de ses activités en 2004, environ un tiers du portefeuille de projets pour un montant cumulé de 400 MEUR a été consacré à la promotion d’un développement urbain durable et sobre en carbone, avec l’implication de nombreuses entreprises et bureaux d’études français (Véolia, Schneider Electric, Salmson, AREP, Arte Charpentier, BRLi, Bureau Véritas)

Efficacité énergétique dans le chauffage urbain

La Chine constitue le deuxième plus grand marché de chauffage urbain au monde, en développement très rapide (environ 14% par an). Or les équipements et réseaux de chauffage sont souvent relativement anciens en raison d’un manque d’investissement, d’où des gaspillages importants. Il en résulte une consommation d’énergie élevée, de l’ordre de 12% de l’énergie primaire consommée.

Face à cet enjeu, les autorités chinoises ont entrepris depuis les années 2000 la modernisation du secteur du chauffage urbain. Elles favorisent la mise en place de réseaux centralisés, connectés à des sources de chaleur de grande taille et efficaces, qui permettent la suppression des petites chaufferies et systèmes de chauffage individuels obsolètes. Les centrales à cogénération, voire à trigénération, permettent d’optimiser la conversion énergétique par la production simultanée, dans la même centrale, de deux ou trois formes d’énergie (électricité, chaleur, froid). La professionnalisation du secteur est encouragée, avec l’introduction de systèmes de tarification favorisant les économies d’énergie.

Par ailleurs, le développement de systèmes d’énergie décentralisés (distributed energy) à partir notamment de gaz naturel, mais aussi d’énergies renouvelables, telles que la biomasse, est devenu une des priorités du secteur. Il s’agit de développer des centrales de plus petite taille fournissant, dans une zone concentrée, plusieurs formes d’énergies (électricité, chaleur, vapeur, froid) à différentes catégories d’usagers (résidentiels, tertiaires ou industriels). Les gains sont obtenus par une amélioration de l’efficacité énergétique de la production, une réduction des pertes dans les réseaux, une agrégation des demandes et une optimisation des modalités d’opération.

L’AFD intervient dans le secteur du chauffage urbain depuis 2010, qui constitue, avec des engagements nets cumulés d’environ 173 MEUR, le domaine le plus important en matière de développement urbain durable.

Elle a démarré ses interventions avec un appui apporté aux villes de Jinan (prêt de 40 MEUR), Jinzhong (prêt de 28 MEUR) et Taiyuan (prêt de 40 MEUR) dans leurs efforts de rénovation des réseaux de chauffage urbain. Ces projets ont contribué à la réforme du secteur du chauffage, en favorisant les innovations technologiques et la gestion efficace des réseaux. D’autres provinces ont souhaité répliquer les solutions techniques promues dans le cadre de ces trois projets par les entreprises françaises Schneider Electric (centres de contrôle automatique et gestion d’énergie) et Salmson (pompes à haut rendement énergétique).

Plus récemment, l’AFD a financé plusieurs projets de chauffage urbain ayant recours à des énergies propres dans la province du Shandong, avec un projet de trigénération (permettant de produire simultanément de l’électricité, de la chaleur et du froid) à partir de gaz naturel dans la ville de Qingdao (prêt de 20 MEUR en 2015), ainsi que deux projets de chauffage urbain ayant recours à des techniques de récupération de chaleur résiduelle industrielle (ville de Zibo, prêt de 25,6 MEUR en 2016) et en provenance de deux stations des eaux usées (ville de Jinan, prêt de 25 MEUR en 2016).

Efficacité énergétique dans les bâtiments

Le secteur du bâti représente un gisement très important d’économies d’énergie en Chine : le ministère chinois du Logement et de la Construction Urbaine et Rurale (MOHURD) estime ainsi que 335 millions TEP (tonne d’équivalent pétrole) pourraient être économisées d’ici 2020 et la charge sur le réseau électrique en pointe pourrait être réduite de 80 GW (soit la capacité de 4,5 barrages des Trois Gorges en pleine charge) si tous les bâtiments urbains en Chine se conformaient à des normes d’économie d’énergie plus ambitieuses. C’est dans ce contexte que l’AFD a accordé en 2011 un prêt de 20 MEUR pour le financement d’un programme de réhabilitation thermique de 25 bâtiments publics gérés par la municipalité de Wuhan. Ce projet est le premier projet de rénovation thermique de bâtiments publics financé par un bailleur de fonds étranger en Chine sous forme de prêt. L’introduction de contrats de performance énergétique permet une réduction des émissions de CO2 d’environ 15 930 teqCO2/an et une économie d’énergie de plus de 18 millions kWh/an.

Gestion des services d’eau et d’assainissement et le traitement des déchets

La forte détérioration de la qualité des ressources en eau couplée à l’accroissement des besoins liés à l’expansion urbaine et au développement économique exigent que la Chine mette en œuvre les moyens de distribuer davantage d’eau de bonne qualité disponible pour les différents usages, tout en diminuant les rejets d’effluents non ou insuffisamment traités. Il en découle des besoins considérables en termes d’infrastructures de traitement de l’eau et d’assainissement, utilisant des technologies économes en énergie et assurant un traitement de pointe et des services de qualité.

L’AFD a répondu à cette demande par un premier prêt octroyé en octobre 2014 pour financer un programme d’investissements dans les services d’assainissement des eaux usées de la ville de Xiangyang (province du Hubei, 33,6 MEUR). Un deuxième prêt (25 MEUR) a été octroyé en juillet 2015 pour la construction d’une nouvelle usine d’eau potable à Guilin (province du Guangxi). Par ailleurs, un prêt de 26 MEUR a été octroyé en 2017 pour le financement d’un projet d’eau et d’assainissement dans la province de Jilin.

Depuis 2016, l’AFD met en œuvre son premier projet de gestion des déchets en Chine (prêt de 25 MEUR), avec l’appui d’un projet de traitement des déchets de restauration et de valorisation de biogaz dans la ville de Shaoyang (province du Hunan). La valorisation énergétique des déchets traités et du biogaz récupéré permettra de générer une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 70 000 tCO2/an.

Infrastructures résilientes et ville éponge

L’urbanisation rapide de la Chine a entrainé une importante artificialisation des sols augmentant considérablement les effets de ruissellement qui, conjugués au changement climatique, augmentent le risque d’inondation dans de nombreuses régions. Le gouvernement chinois a ainsi encouragé la construction de villes résilientes qui vise à absorber, stocker et drainer l’eau de pluie et de ruissellement pour éviter les inondations urbaines et permettre la réutilisation de l’eau et/ou la restituer dans le milieu naturel. Ce concept est encadré par la politique nationale chinoise de « ville éponge » de 2014, permettant à la fois l’atténuation des effets négatifs de l’urbanisation et une meilleure utilisation et gestion de la ressource en eau. Dans ce contexte, l’AFD a accordé un prêt de 35 MEUR en octobre 2018 pour financer un projet pilote de ville éponge dans le district d’Anzhou de la ville de Mianyang, province du Sichuan, et pour appuyer sa déclinaison via une planification spéciale à l’échelle du district. Enfin, le projet permettra l’accompagnement des autorités locales et centrales dans la mise en œuvre de la politique nationale de gestion des inondations, grâce à l’apport d’une expertise française dans le domaine de la résilience urbaine aux inondations.

Protection du patrimoine culturel en milieu urbain

La Chine dispose d’un patrimoine culturel tout aussi exceptionnel, avec une cinquantaine de sites UNESCO, plus de 4.000 sites de patrimoine sous protection nationale et des centaines de milliers de villages traditionnels. L’articulation entre, d’un côté, la protection de ce patrimoine naturel et culturel, confronté à la dégradation de l’environnement, à l’exode rural et plus globalement aux défis d’une croissance économique très rapide, et, d’un autre côté, sa mise en valeur économique et sociale, est l’un des grands défis auxquels est confrontée la Chine.

L’approche française pour la protection du patrimoine en milieu urbain séduit également les autorités chinoises, grâce à son approche intégrée visant à « faire vivre » le patrimoine en tant que partie intégrante de l’activité humaine dans la ville (par opposition à une tendance de « muséification » des sites de patrimoine en Chine). Les activités en Chine de l’Observatoire de l’architecture de la Chine contemporaine et de l’École de Chaillot, qui ont développé des échanges académiques et institutionnels avec le ministère chinois de la construction urbaine et plusieurs universités chinoises de renom depuis plus de trente ans, ont largement contribué au rayonnement de l’approche française dans le secteur.

En 2017, l’AFD a approuvé un financement de 70 MEUR accordé au district de Qixian (province du Shanxi) pour un projet de protection et restauration du centre historique qui recèle un patrimoine important dans un état de préservation remarquable. Les activités de restauration du patrimoine iront de pair avec le renouvellement des fonctions urbaines et la rénovation des infrastructures urbaines, aujourd’hui quasi inexistantes (espaces publics, gestion de mobilité, zone tampon verte, chauffage urbain, éclairage public, assainissement, accès à l’eau potable, traitement des eaux pluviales…). Plusieurs experts français (École de Chaillot, cabinet d’architectes INCA, Burgéap) ont été mobilisés pour appuyer les autorités locales dans la conception du projet. Le projet est entré dans la phase de mise en œuvre dès 2019, avec un premier décaissement envisagé en juin.

Avec les premières opérations de l’AFD sur le patrimoine culturel et naturel qui entrent dans la phase d’exécution, la partie chinoise manifeste un intérêt grandissant pour nos apports financiers et techniques dans ce domaine. Plusieurs nouvelles sollicitations apparaissent ainsi sur la liste des projets éligibles au financement de l’AFD arrêtée par la NDRC et le MOF fin 2017. On peut citer notamment le projet de Fengxiang (60 MEUR) situé dans la province du Shaanxi qui envisage un développement urbain raisonné et innovant dans le respect des fortes contraintes et des richesses du territoire, en particulier la richesse archéologique et culturelle de haut niveau national liée à l’origine de l’Empire chinois. L’instruction de ce projet a été lancée début 2018, en associant plusieurs bureaux d’études français dans l’élaboration de l’étude de faisabilité. Il sera présenté à notre Conseil d’Administration en juin 2019. Un autre projet d’aménagement urbain et de réhabilitation patrimoniale des villages dans le district de Pingnan (Province du Fujian) est en cours d’instruction (financement de 40 MEUR), il a pour objectif d’améliorer la qualité de vie des habitants et de soutenir les dynamiques locales de développement économique à travers la promotion de l’éco-tourisme.

Promotion des éco-quartiers

En dehors de ses activités de financement sur prêt, l’AFD a mis en œuvre, en étroite concertation avec les équipes du service économique régional de Pékin, un financement sur FEXTE dédié au développement urbain durable en Chine (1,1 MEUR) afin de promouvoir des initiatives en matière de développement urbain durable dans le cadre de l’initiative Vivapolis, qui réunit les acteurs français de la ville durable. Le programme a notamment permis de soutenir la phase de conception de deux « éco-quartiers franco-chinois » à Wuhan et Chengdu, relevant, pour ce qui est de Chengdu, de l’accord sur la coopération économique et commerciale en matière d’éco-quartiers (2010, renouvelé en 2014) entre le MofCOM et le ministère français de l’Economie et, pour ce qui concerne Wuhan, de l’accord sur le développement urbain durable (2007, renouvelé en 2013) entre le ministère chinois de la Construction et le ministère français de l’Écologie, du Développement durable, des Transports et du Logement.

A Wuhan, l’appui FEXTE s’est traduit par le financement d’un schéma d’intentions urbaines réalisé par un consortium alliant, sous la direction d’AREP, plusieurs spécialistes français de la conception et de l’ingénierie de la ville durable (Burgeap, Biotope, Terao, EY, Menighetti Programmation, Iris Conseil). Les travaux du groupement, restitués fin 2015 aux autorités locales, ont pu être intégrés dans la planification générale de l’éco-quartier et ont donné lieu à de premières retombées pour les entreprises françaises : en juin 2017, un groupement Arte Charpentier (FR) - Wuhan Land and Spatial Planning Institute (CN) - Suez Consulting (FR) a remporté le marché du design urbain du district sur financement local pour un montant d’environ 530 kEUR. Un projet d’aménagement du Lac Shi à Wuhan pourrait être proposé à l’AFD par les autorités chinoises, pour un éventuel financement en prêt, ce qui constituerait une des suites concrètes de la coopération entre les deux pays sur cette thématique urbaine.

A Chengdu, l’appui FEXTE (AREP et un groupement d’experts franco-chinois associant les bureaux d’études français BERIM et Oréade Brèche ainsi que le Chengdu Institute of planning & design), a permis de formuler des recommandations opérationnelles aux autorités locales pour renforcer la dimension environnementale de l’éco-quartier, en proposant notamment des solutions techniques pour les différents secteurs du développement urbain durable (transports, énergie, déchets, eau et assainissement etc.) en lien avec l’offre et l’expertise française. Le comité de pilotage d’octobre 2017 a été l’occasion pour AREP de présenter la proposition d’éco-référentiel sur la base duquel des projets seront développés.

Dernière modification : 15/08/2019

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