Gazette de Changhai - 80 : Les prémices d’un calvaire

La prise de contrôle du nord de la Chine par les troupes japonaises fut effective dès le début de 1937. Les puissances représentées à Pékin avaient depuis 1901 l’autorisation de poster des garnisons tout au long de la voie Pékin-Tianjin. Les japonais y avaient accumulé des milliers d’hommes et une escarmouche près du pont Marco Polo se transforma en bataille rangée préfigurant une guerre larvée qui allait dévaster la Chine pendant 8 ans.

Une prise de contrôle du Nord de la Chine

Depuis l’invasion de la Mandchourie par les troupes nipponnes, les relations entre la Chine et le Japon s’étaient considérablement envenimées. Le Japon avait crée un état fantoche en février 1932 et y avait mis l’Empereur Puyi à sa tête. Le Mandchoukouo n’avait été officiellement reconnu que par une poignées de pays, la plupart inféodés aux pays à régimes autoritaires en Europe, à savoir l’URSS, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne.La Chine refusa bien évidemment de reconnaître cet état fantoche, mais entama des négociations avec le Japon en vue d’établir un cessez-le-feu. A la fin de 1932, les troupes japonaises envahirent la province de Johol et l’intégrèrent dans l’état du Mandchoukouo. Un accord signé le 9 juin 1935 et connu sous le nom de l’accord He-Umezu, stipulait que les provinces de Hebei et Chahar devenaient « terrain neutre » quoique occupées par les forces japonaises qui furent promptes à y établir un état-tampon tout aussi fantoche que son voisin du nord.

Au début de 1937, pratiquement tous les territoires chinois situés au nord de Pékin étaient sous le contrôle effectif des japonais. De plus, les termes du protocole des Boxers signé le 7 septembre 1901 stipulaient que toutes les Nations qui possédaient une légation à Pékin avaient le droit de poster des garnisons en 12 points spécifiques de la voie de chemin de fer reliant Pékin à Tianjin.Un addendum à ce protocole signé le 5 juillet 1902 conférait à ces garnisons le droit d’y effectuer des manœuvres sans en aviser le gouvernement chinois.

En Juillet 1937, les Japonais avaient posté le long de la voie un total de 7000 à 15000 hommes selon les estimations, ce qui dépassait de très loin les garnisons des pays européens et outrepassait très clairement les termes du protocole.

Une escarmouche qui se transforme en conflit généralisé

La jonction entre la ligne de Tianjin et celle qui reliait Pékin au sud du pays se trouvait à quelques encablures du pont Marco Polo (Lugou qiao). Ce pont, construit à la fin de douzième siècle, avait été reconstruit en granite à la fin du dix-septième sous le règne de l’Empereur Qianlong. Il enjambe la rivière Yongding sur une longueur de 266 mètres et une largeur de 9 mètres. Au nord du pont se trouve la cité de Wanping, cernée d’une muraille.

ancien pont Marco Polo - JPEG actuel pont Marco Polo - JPEG

Une garnison chinoise y était postée et les Japonais avaient à de nombreuses reprises exigées son retrait. Le gouvernement chinois avait bien sûr refusé car cette jonction constituait la seule liaison entre Pékin et les zones contrôlées par le Guomindang.

Dès juin 1937, les Japonais se mirent à opérer des manœuvres de nuit, ce qui était tout à fait inhabituel. Les autorités chinoises demandèrent que la population en fut avertie, requête à laquelle se plia le commandement japonais. Le soir du 7 juillet 1937, des manœuvres non déclarées furent menées par les japonais, créant l’émoi dans la garnison chinoise de Wanping qui craignait une attaque et entrainant une riposte. A 23 heures, un soldat japonais manqua à l’appel et le Major Kiyonao Ichiki exigea de pouvoir envoyer une patrouille de reconnaissance à Wanping pour le retrouver. La demande fut refusée mais les Chinois acceptèrent de mener l’investigation avec une délégation japonaise. Alors que les équipes de recherche s’apprêtaient, les japonais attaquèrent le pont et furent repoussés. La garnison de Wanping comprenait une centaine d’hommes et le commandant de la place appela des renforts. De leur coté, les Japonais firent également descendre des renforts de Fengtai.

Les négociations furent menées à Pékin afin de calmer le jeu et un accord verbal fut scellé entre les Japonais et le Général Qin Dechun commandant des troupes de la 29ème armée. Les escarmouches continuèrent cependant de plus belle pendant deux semaines et le 20 juillet, à l’occasion du changement de commandement des troupes japonaises postées en Chine, la décision fut prise à Tokyo de reprendre les hostilités.
Wanping fut bombardée le 20 Juillet, cinq jours après ce fut au tour de Langfang….

L’escarmouche dégénérait progressivement en affrontement généralisé.

Mais c’est à Changhai, après l’assassinat d’un officier de marine japonais, que les poudres vont être réellement mises à feu et c’est ce que nous verrons dans un prochain article. Restez branchés…..

Dernière modification : 29/08/2014

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