Les bonnes pratiques de la coopération universitaire

La Chine, avec ses 30 millions d’étudiants, nous montre combien le marché de l’éducation est concurrentiel et qu’il n’est pas toujours aisé pour une université française de trouver ses repères au sein du système de l’enseignement supérieur chinois. La conférence des présidents d’université a rédigé une charte des bonnes pratiques afin de définir des cadres, orientations et recommandations pour accompagner les universités françaises dans leur volonté de s’accroître à l’international.

Afin d’améliorer la qualité des délocalisations de formations françaises à l’étranger, la conférence des présidents d’université, assistée de représentants du ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, du ministère des Affaires étrangères et européennes et de la conférence des écoles françaises d’ingénieurs, a rédigé une charte de bonnes pratiques applicables aux formations françaises à l’étranger. Dans un contexte où les échanges d’étudiants et formations délocalisées en Chine sont en nombre toujours croissant, et où les établissements d’enseignement supérieur développent de plus en plus de partenariats avec ce pays, s’assurer de la qualité des échanges mis en place est une priorité. La CPU recommande donc aux universités de favoriser la mobilité sous convention inter-universitaire plutôt que la mobilité individuelle des étudiants, tendance reflétée par une part chaque année plus grande d’étudiants partant étudier en France au sein de partenariats inter-universitaires : sur la circonscription de Shanghai, ces étudiants représentent 38% des départs en 2009.

Il est important de poursuivre cet effort, et ce dans des cadres bien définis visant à s’assurer de la réussite du programme et de sa pérennité. Il ne s’agit pas de vouloir à tout prix développer des échanges mais de s’assurer de la possibilité de soutenir les étudiants concernés sur la durée, en accord avec la stratégie de l’établissement. Les difficultés ne manquent pas dans l’établissement de tels partenariats et les points d’accroche pour les débuter sont nombreux et divers. Les structures de coopération et les possibilités de montage de programme sont nombreux. L’établissement doit pouvoir, avec le soutien des postes diplomatiques compétents en matière de coopération universitaire et scientifique, déterminer la modalité de partenariat la plus adaptée à la nature de la formation proposée et à ses objectifs.

Il peut être difficile d’appliquer à distance les mêmes normes et standards scientifiques et pédagogiques qu’en France, ou de maintenir la densité et la qualité de l’encadrement. La délocalisation de l’enseignement représente également une dispersion du potentiel d’encadrement scientifique et pédagogique de l’établissement, risque que certains établissements ne peuvent pas prendre (la concurrence est certes rude à l’international, mais elle ne l’est pas moins à l’intérieur des frontières françaises). Quant au choix des partenaires, les risques d’erreurs sont nombreux et l’engagement contracté à l’égard d’institutions ou de personnes dépourvues de légitimité constituent des facteurs d’échec ou de gaspillage des ressources engagées. Il est dès lors essentiel de s’assurer, avant et au cours du montage du partenariat, qu’il suit un ensemble de critères et respecte un certain nombre de principes afin de s’assurer de son succès.

Cet article revient donc sur les orientations et bonnes pratiques mises en avant dans cette charte.

Conception du projet de coopération

En amont, c’est-à-dire dans la phase de négociation et de conception du projet, l’établissement doit pouvoir s’assurer que les intérêts des interlocuteurs locaux et de l’établissement français sont systématiquement recherchés. Le choix de ces partenaires doit tendre à éviter la déstabilisation des institutions universitaires locales, que ce soit en faisant peser une menace sur leur recrutement, ou par la captation de leur encadrement. Une étude de faisabilité conduisant à une clarification suffisante des dimensions juridiques, académiques et financières du partenariat est préconisée. La nature et le contenu des programmes et des diplômes préparés ainsi que la viabilité financière du projet doivent faire l’objet de garanties raisonnables. L’étude vise à s’assurer que le projet est faisable et réaliste et qu’il entre par ailleurs dans la stratégie des deux établissements universitaires.

Les personnes chargées de la conduite du projet, tant pour la partie française que pour les partenaires du pays d’accueil, doivent être clairement identifiées. Si le programme est orienté dans une perspective de professionnalisation, la réalité et l’ampleur des débouchés espérés devront être soigneusement documentées, de même que les possibilités d’accueil en stages en entreprises. Dans le cas d’une formation professionnalisante, il est conseillé d’établir des contacts exploratoires avec les entreprises et les milieux professionnels ainsi que d’évaluer les perspectives de partenariat à court et moyen terme.

Préparation du projet

La préparation du projet doit donner lieu à une information pertinente auprès des services de l’ambassade ou du consulat ainsi qu’auprès des directions centrales des ministères de tutelle qui viennent en appui aux établissements universitaires. La nature du diplôme délivré doit absolument être clarifiée, ainsi que sa reconnaissance éventuelle par les autorités françaises et par les autorités locales. Ainsi, lorsque le programme conduit à la délivrance d’un diplôme bénéficiant d’une habilitation ou d’une reconnaissance nationale, il est indispensable de vérifier la compatibilité de sa délivrance à l’étranger, conformément à l’arrangement administratif entre le ministre français de l’enseignement supérieur et de la recherche et le ministre chinois de l’éducation sur les modalités de reconnaissance réciproque des études et des diplômes en vue de la poursuite d’études supérieures dans les deux Etats.

Lorsqu’il s’agit d’un diplôme d’établissement (D.U.), l’établissement doit l’indiquer en toute clarté. Toute ambiguïté sur la nature du diplôme risque d’engendrer des déceptions voire des contentieux de la part des étudiants locaux et d’entraîner un risque de réputation pour l’ensemble du système français d’enseignement supérieur. Dans tous les cas, la CPU recommande fortement aux universités de procéder à une inscription à une formation diplômante incluant si nécessaire une année préparatoire linguistique et culturelle, afin d’éviter toute ambiguïté vis-à-vis des candidats à l’entrée sur le territoire.

Mise en œuvre du programme de coopération

Durant la phase de mise en œuvre du programme, l’université doit veiller à maintenir l’encadrement pédagogique sur la durée. Il faut s’assurer que la combinaison entre la contribution des enseignants locaux et celle des enseignants français en mission ou détachés à titre permanent sur place soit adéquate au regard des objectifs de la formation. Le statut financier des étudiants locaux et leur éventuelle prise en compte dans les modalités d’attribution de ressources par les autorités françaises doivent faire l’objet d’une clarification.

L’organisation du contrôle des connaissances doit donner lieu à une préparation détaillée et à un contrôle permanent. Afin d’encadrer au mieux les étudiants chinois, de leur assurer les meilleures garanties de réussite ainsi que d’assurer aux universités des étudiants de bon niveau, les procédures d’audition des candidats chinois sur place, déjà effectuées par plusieurs universités françaises, apportent une garantie supplémentaire tant pour l’étudiant que pour l’établissement d’accueil. La CPU encourage les universités à généraliser ces entretiens dans la mesure du possible.

Montage financier

Il est essentiel de vérifier la viabilité à terme du programme et son équilibre économique sur la durée. Dans cette perspective, l’université doit anticiper le déroulement chronologique de l’opération et l’évolution des emplois et des ressources prévisibles aux différentes étapes de son déploiement. Un plan prévisionnel garantissant une probabilité raisonnable d’équilibre entre les sources de financement mobilisables et les emplois de fonds requis par la réussite du projet va dans ce sens. Il s’agira de déterminer si le montage institutionnel présente une probabilité significative de pérennité et si une perspective crédible d’équilibre financier peut être envisagée à moyen terme.

Les sources de financement prévues doivent recenser avec une prudence raisonnable la part assumée par des acteurs français publics (Etat, collectivités territoriales ou autres contributeurs), par l’établissement lui-même et par d’éventuels partenaires privés. Le plan évalue également la contribution attendue de partenaires étrangers, d’éventuels investisseurs et des étudiants au titre des frais de scolarité. L’évaluation des besoins de financement tient compte aussi bien des dépenses d’investissement initial que des frais de fonctionnement exposés sur la durée. En particulier, les dépenses de personnel permanent et temporaire doivent faire l’objet d’une évaluation précise.

Modalités d’évaluation

Les établissements français doivent s’attacher à la mise en place de dispositifs d’évaluation conformes aux standards académiques internationaux. Un dispositif d’évaluation interne permet un contrôle de qualité et de conformité à caractère permanent, placé sous la responsabilité des acteurs institutionnels et pédagogiques en charge du programme. Un programme de formation dispensé à l’étranger devrait être systématiquement inscrit dans la cadre d’un phasage permettant de subordonner sa poursuite à une évaluation périodique de sa pertinence, de la qualité des résultats obtenus et de sa viabilité financière. Les établissements, lors de la phase de préparation, doivent donc s’attacher à anticiper les différentes phases du projet et à prévoir des modalités d’évaluation adaptées à chacune d’entre elles. Au terme d’une période convenue à l’avance avec les partenaires locaux, un bilan d’étape est prévu. Il comporte une revue des succès obtenus et des difficultés rencontrées et débouche sur une décision explicite de poursuite, de réorientation ou d’interruption de l’opération.

Ces bonnes pratiques ont pour but de guider les universités dans leurs démarches de mise en place de coopérations. La CPU souhaite ces coopérations les plus intégrées possibles, ce qui demande une stratégie sur le long-terme. Les universités françaises sont souvent tiraillées entre le désir de multiplier les coopérations et celles de renforcer les coopérations existantes. Il est essentiel de ne pas s’éparpiller et d’assurer la pérennisation des coopérations existantes dans un premier temps, avant de développer les formations. La charte indique enfin la mise en œuvre d’une étude de faisabilité relative à la création d’un label national garantissant le respect des bonnes pratiques de coopération, ainsi que l’élaboration d’une grille d’indicateurs permettant aux établissements d’orienter leurs efforts et pratiques dans la mise en place de programmes à l’étranger. Dans un environnement de plus en plus concurrentiel, s’assurer de la bonne santé et de la pérennité de nos coopérations n’est pas un luxe : c’est une nécessité.

Pour en savoir plus :
http://www.cpu.fr/Charte_de_bonnes_pratiques_app.918.0.html

Siegfried FAU,
chargé de mission coopération universitaire,
Service de coopération universitaire

Dernière modification : 19/01/2011

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