Les académies scientifiques et technologiques de Chine

Les académies jouent un rôle important dans la mise en œuvre de la politique scientifique et technique du pays. Leur rôle est d’appuyer le gouvernement central au niveau de la recherche, de la formation et du conseil. Elles sont donc, pour la plupart, composées d’instituts de recherche et de centres de formation.

L’académie scientifique et technologique la plus importante de Chine est l’Académie des sciences de Chine (Chinese Academy of Science - CAS). Cet organisme, qui constitue le premier établissement de recherche en Chine, est directement rattaché au Conseil des affaires d’Etat. La seconde académie également rattachée au Conseil des affaires d’Etat est l’Académie d’ingénierie de Chine (Chinese Academy of Engineering - CAE), organe de conseil et d’orientation, composée de neuf départements, portant sur autant de domaines stratégiques. A la différence de la CAS, la CAE ne comporte pas d’instituts de recherche.

Aux côtés de ces deux académies, existent également treize autres académies spécialisées, telles que l’Académie des sciences médicales ou l’Académie des sciences agricoles, rattachées à des ministères ou à des administrations centrales.

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Les Acdémies scientifiques et technologiques de Chine (Novembre 2012)

L’ACADEMIE DES SCIENCES DE CHINE (CAS)

Fondée en 1er novembre 1949, l’Académie des sciences de Chine (CAS), est non seulement la plus haute instance scientifique de Chine, mais aussi le principal établissement de recherche dans tous les domaines. Elle était dotée d’un budget de R&D de près de 27.3 milliards yuans (soit 3.47 milliards d’Euros) en 2011.

C’est l’institution chinoise qui se rapproche le plus du CNRS, avec toutefois deux différences notables : l’absence de laboratoire commun avec les universités et l’absence des sciences humaines et sociales.

La CAS rend directement compte au premier ministre, comme un ministère de plein droit. Elle pilote le développement de l’appareil chinois de recherche et d’innovation, avec l’ambition de mener aux plus hauts niveaux mondiaux un certain nombre de ses laboratoires.

La CAS a pour missions à la fois la programmation, l’évaluation, la gestion des moyens et même l’orientation stratégique. Dans les deux premières missions, elle agit comme une administration d’état et ses décisions ne proviennent pas d’une "consultation des pairs". Elle joue également le rôle d’expert pour le compte du Ministère de la science et de la technologie (MOST).

Les principales fonctions de la CAS sont :

  • fournir des conseils sur les programmes nationaux de développement S&T ;
  • rédiger des rapports sur les principales questions en S&T relatives au développement économique et social de la Chine ;
  • soumettre des suggestions pour la stratégie à moyen et long terme, en particulier pour les objectifs dans les différentes disciplines ;
  • encourager les coopérations dans les domaines S&T ;
  • organiser l’élection des académiciens de la CAS.

En 2011, la CAS employait 60 600 personnes, dont 79.9% de personnel professionnels et techniques. La CAS comptait 723 académiciens en juin 2012, élus à vie (session d’élection tous les deux ans), dont 64 membres étrangers associés, en grande majorité américains (39) ; six français en sont membres :

  1. François MATHEY (élu en 2011, chimiste, Nanyang Technological University,Singapore) ;
  2. Philippe G. CIARLET (Mathématicien, élu en 2009, City University of Hong Kong) ;
  3. Vincent COURTILLOT (géophysicien, élu en 2007, Institut de Physique du Globe de Paris) ;
  4. Guy BLANDIN de THE (virologue, élu en 2004, Institut Pasteur),
  5. Jean-Marie LEHN (élu en 2004, Collège de France ISIS, Université Louis Pasteur Strasbourg) ;
  6. Le mathématicien Jacques-Louis LIONS, décédé en 2001, a également été élu membre de la CAS en 1998.

La CAS abrite 98 instituts de recherche dans toutes les disciplines scientifiques hormis les sciences humaines. Avec 39 instituts situés à Pékin, l’implantation géographique de la CAS est très inégale. Douze branches régionales de la CAS ont été établies à Shanghai, Nankin, Hefei, Changchun, Shenyang, Wuhan, canton, Chengdu, Kunming, Xi’an, Lanzhou et Urumqi.

L’Institut Pasteur de Shanghai

L’Institut Pasteur de Shanghai constitue un partenariat entre l’Institut Pasteur, la CAS et la Municipalité de Shanghai. Cet institut de la CAS, créé le 30 août 2004, inauguré le 11 octobre 2004 et opérationnel depuis juillet 2005, est une institution publique de droit chinois, dotée de la personnalité morale (seul institut de recherche international en Chine bénéficiant de ce statut) entre dans le cadre de l’accord relatif à la coopération entre le France et la Chine en matière de prévention et de lutte contre les maladies infectieuses émergentes signé le 9 octobre 2004.

L’Institut situé actuellement dans le campus de la Faculté de médecine (Université Jiaotong de Shanghai), devrait déménager vers un nouveau bâtiment situé sur le campus des Instituts des Sciences du Vivant de Shanghai au début 2012. L’institut est codirigé par Ralf ALTMEYER, employé par le MAEE comme assistant technique (AT) et SUN Bing, chercheur de la CAS. L’institut emploie 237 personnes (données 2010) dont 15 chercheurs chefs de projets et deux AT du MAEE (le second AT, M. Irénée ROBIN est directeur de l’administration et de finances ; son remplacement a été demandé au MAAE pour la rentrée prochaine et l’ambassade est en attente d’une réponse). En 2010, le financement de l’institut était assuré pour 30% par la CAS, pour 40% par des subventions de recherche (grants) et pour 30% par des partenariats.

Les missions dévolues de cet Institut s’appuient sur l’expérience de l’Institut Pasteur et de l’Académie des Sciences de Chine dans les domaines de la recherche biomédicale, de la santé publique et de l’enseignement, dans le domaine des maladies infectieuses, de la virologie, de l’immunologie, de l’épidémiologie et de la vaccinologie.

L’Institut Pasteur de Shanghai est au cœur d’un réseau de collaborations nationales et internationales sur les infections émergentes. Il développe une recherche fondamentale et appliquée concernant les maladies respiratoires (infections respiratoires aiguës, SRAS, grippe aviaire), le VIH/SIDA, les hépatites (A & B), les encéphalites, les fièvres hémorragiques, les zoonoses et nouveaux virus, étudiées tant sur des aspects moléculaires que sur le plan de l’épidémiologie et de la prophylaxie. A la demande des autorités chinoises il s’oriente vers un renforcement de ses activités en santé publique en s’attachant à répondre aux priorités de santé publique dans le domaine des maladies infectieuses.

L’Institut Pasteur de Shanghai poursuit également une mission d’enseignement avec entre autres, outre l’accueil d’étudiants chinois et étrangers en mastère et doctorat, l’organisation de cours internationaux sur la biosécurité et le travail en laboratoire P3 « Pasteur Shanghai Biosafety Course  », et de cours spécialisés de niveau international sur les virus de la grippe et de l’encéphalite japonaise, sur le virus du SIDA, sur le virus de l’hépatite C.

Deux universités chinoises relèvent de la CAS et non du Ministère de l’Education ou des provinces comme la plupart des autres. Il s’agit de :

  • la “Graduate University of Chinese Academy of Sciences” de la CAS, fondée en 1978. Elle forme des étudiants en master et en doctorat. En 2011, elle compte 38 400 étudiants (49% en Ph.D et 51% en mastère). Le campus de cette université est à Pékin, mais les étudiants sont répartis dans les différents instituts de la CAS, qui sont habilités à délivrer les diplômes. Depuis juillet 2012, elle est renommé comme “University of Chinese Academy of Sciences (UCAS)” ;
  • la prestigieuse Université des sciences et technologies de Chine (USTC), située à Hefei (province de l’Anhui).

En avril 2012, le Ministère de l’Education a donné son accord pour la création de “Shanghai University of Science and Technology” qui dépend de la CAS et la municipalité de Shanghai.

La CAS a des accords de coopération avec plus de 835 établissements étrangers répartis dans 40 pays et régions du monde, en particulier avec l’Allemagne, le Japon, les Etats-Unis, la Corée et la France.

Parmi les coopérations les plus emblématiques avec la France, on relèvera les laboratoires « avec murs » que sont le LIAMA , l’Institut Pasteur de Shanghai , ainsi que le projet de laboratoire P4 . Outre ces coopérations, des organismes tels que le CEA , le CNRS , l’INSERM , l’INRA et le CIRAD mènent également des coopérations avec la CAS, notamment sous forme de « laboratoires sans murs » associés au CNRS - LIA (Laboratoire international Associé) et GRDI (Groupement de Recherche International) - ou sous la forme d’autres structures , ou encore dans le cadre d’accords spécifiques.

L’ACADEMIE D’INGENIERIE DE CHINE (CAE)

La CAE, rattachée au Conseil des Affaires d’Etat, est l’une des grandes académies chinoises, créée en 1994 lors du 8ème congrès du parti. Moins connue à l’étranger que l’académie des sciences, elle compte 774 membres en 2012, dont 41 membres étrangers incluant deux français : le Professeur Pierre Tiollais (Virologie, Oncologie, Hépatite B) élu en 1998 et le Professeur Jacques P. Caen (Hématologie) élu en 2001.

La CAE regroupe neuf sections :

  1. Mécanique et Transports (mechanical & vehicle engineering) ;
  2. Technologie de l’Information et Electronique (information & electronic engineering) ;
  3. Chimie, Métallurgie et Matériaux (chemical, metallurgical & materials engineering) ;
  4. Energie et Gisements (energy & mining engineering), regroupant entre autres les activités nucléaires de la CAE ;
  5. Génie Civil, Hydraulique et Architecture (civil, hydraulic engineering & architecture) ;
  6. Agriculture ;
  7. Industrie légère et Environnement (light industries & environmental engineering) ;
  8. Médecine et Santé (medical & health engineering) ;
  9. Gestion de l’Ingénierie (engineering management).

La CAE est l’institution académique pour les ingénieurs de Chine. Elle initie et conduit des études stratégiques sur le long terme (sous contrat, pour le Conseil des affaires d’Etat, les différents ministères ou entités gouvernementales, les gouvernements locaux, …), fournit des avis aux gouvernements et agit pour développer et promouvoir les sciences et techniques de l’ingénieur au bénéfice de la population chinoise. Contrairement à la CAS qui possède ses propres instituts, il ne s’agit pas d’une institution de recherche, mais d’un organisme de conseil et d’orientation, ressemblant aux Conseils généraux des ministères techniques français, avec une vocation d’ensemble sur tous les domaines de l’ingénierie. Elle donne des avis sur l’orientation de la science chinoise et ses relations avec l’ingénierie (et à ce titre se veut un think-tank du gouvernement) et promeut la culture scientifique pratique.

La CAE est en étroite relation avec la NDRC (Commission d’Etat pour le Développement et la Réforme), le MOST (Ministère des Sciences et Technologies), le MIIT (Ministère de la Technologie de l’Industrie et de l’Information) et le MEP (Ministère de la Protection de l’Environnement). Elle fournit régulièrement des rapports (environ 20 rapports par an) d’expertise dans différents domaines qui concernent des domaines tels que l’environnement, l’énergie ou la santé.

Depuis 2009, un fonds commun avec la NSFC intitulé « Etude de stratégie de développement à moyen et long terme de la science et la technologie de l’ingénierie » a été créé.

La CAE entretient des relations étroites avec les Etats-Unis, la Suède, le Royaume-Uni, l’Australie et la France (au travers de l’Académie des technologies et de l’Académie des sciences, notamment sa division médicale).

Le LIAMA

Le Laboratoire franco-chinois de recherche en Informatique, Automatique et Mathématiques Appliquées (LIAMA) fut initialement créé en 1997 par un accord de coopération entre l’Académie des sciences de Chine (CAS) et l’Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique (INRIA), sous l’impulsion du professeur francophone MA Songde, alors vice-ministre du MOST. Il est hébergé par l’Institut d’automatique de l’Académie des sciences de Chine (CASIA) localisé en plein cœur du parc technologique de Zhongguancun à Pékin.

Après plusieurs élargissements successifs du côté français (CNRS, CIRAD, INRA puis BRGM), le consortium LIAMA compte également depuis 2008 l’Institut de Technologie informatique et l’Institut des Logiciels de la CAS, les Ecoles centrales, l’Université Tsinghua et la société France Telecom. Les acteurs européens qui ont rejoint le consortium sont l’Université de Wageningen dans le domaine des sciences de la vie et l’Université d’Utrecht dans le domaine médical, toutes deux situées aux Pays-Bas.

Le LIAMA, qui figure depuis 2008 parmi les 35 laboratoires clefs d’Etat, est co-dirigé par MM. JIANG Tianzi et Jean-Pierre JOUANNAUD. Il comporte actuellement près de 150 personnes (permanents, chercheurs et étudiants invités), comprenant près de dix chercheurs français permanents et plusieurs de dizaines de stagiaires français par an. La promotion des échanges d’étudiants et de chercheurs entre la France et la Chine par la réalisation de projets de recherche dans le cadre de stages, de séjours de thèse en cotutelle et de post-doctorats, est un aspect important des objectifs de ce laboratoire conjoint.

Le LIAMA a pour mission :

  • de mettre en place des projets de recherche dans les domaines de l’informatique, de l’automatique et des mathématiques appliquées impliquant des équipes de chercheurs chinois et français ;
  • de promouvoir le développement commun de logiciels libres et de standards associés ;
  • de développer des relations entre les acteurs publics et privés, chinois et français ;
  • de renforcer la participation chinoise aux projets européens ;
  • de développer la formation par la recherche d’étudiants et chercheurs des deux nations.

Les sujets de recherche du LIAMA traitent en particulier d’informatique (logiciel de calcul open source Scilab) et de télécommunications (systèmes embarqués), mais également de sciences de la vie (imagerie médicale, simulation du système et simulation de la croissance de plantes).

Dernière modification : 27/06/2013

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