Le système de recherche chinois - stratégie et financement

La Chine considère que la recherche, le développement et l’innovation (R&D&I) constituent à la fois un moteur de l’économie, un moyen susceptible de permettre au pays de relever les défis auxquels il se trouve confronté (environnement, énergie, transports, communications, santé, etc.), ainsi qu’un outil de rayonnement international. Les investissements humains et financiers, très importants, sont en progression constante (plus de 20 % d’augmentation annuelle moyenne du budget de la recherche entre 2005 et 2010). Après avoir été "l’atelier du monde" la Chine ambitionne à l’horizon 2020 de devenir "le laboratoire du monde".

Le plan quinquennal du Ministère de la science et la technologie (MOST) sur la période 2011-2016, dérivé du plan sur quinze ans publié en 2006 par ce même Ministère, représente la clef de voûte de la politique nationale dans le domaine de la R&D&I.

Aux côtés du MOST, plusieurs ministères, plusieurs académies et un grand nombre de centres de recherche participent activement à la mise en œuvre de la politique scientifique et technique du pays au niveau national, leur action étant complétée par un fort soutien des autorités locales.

Fournissant plus de 70 % du financement, le monde de l’entreprise est un acteur primordial de cet effort en R&D&I, avec pour conséquence une très forte orientation de la recherche vers les activités proches du marché, au détriment de la recherche fondamentale, parent pauvre dans ce domaine.

Face aux défis économiques et sociétaux, les autorités chinoises affichent résolument leur volonté d’amplifier les activités de recherche amont, de développer l’innovation « indigène », de renforcer les liens entre les différents acteurs de la recherche, d’améliorer la formation de leurs élites scientifiques, de s’ouvrir aux collaborations internationales et de développer l’attractivité internationale du pays.

Importance de la planification

Le Conseil des affaires d’Etat est le principal organe administratif et politique de Chine. Il lui appartient de définir la politique nationale et étrangère et de préparer le plan et le budget de l’Etat. A ce titre, il joue également un rôle central dans la définition de la stratégie nationale de recherche.

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Pour mener à bien cette tâche, le Conseil des affaires d’Etat s’appuie en tout premier lieu sur le MOST (Ministère de la science et de la technologie), mais également sur d’autres ministères, comme le MIIT (Ministère de l’industrie et des technologies de l’information) ou le MOE (Ministère de l’éducation, dont dépendent la plupart des universités), sur des académies, comme la CAS (Académie des sciences de Chine), la CAE (Académie d’ingénierie de Chine) ou la CASS (Académie des sciences sociales), ainsi que sur d’autres organismes, comme la NFSC (Fondation nationale des sciences naturelles) ou la SASTIND (Administration d’Etat pour les sciences, les technologies et les industries de défense).

Les priorités en matière de recherche, développement et innovation (R&D&I) sont définies en termes de grandes orientations, d’objectifs et d’actions au travers de plans pluriannuels.

Les plans à quinze ans et les plans quinquennaux du MOST (les derniers plans publiés couvrent respectivement la période 2006-2020 et la période 2011-2015), qui détaillent les objectifs scientifiques et définissent les objectifs macroéconomiques (pourcentage du PIB investi dans la recherche, indicateurs de publications scientifiques, etc.) constituent les termes de référence pour le développement chinois en matière de R&D&I sur la période considérée.

Les ministères, académies et organismes également parties prenantes dans le domaine de la R&D&I complètent ces documents au travers de plans quinquennaux dans leurs domaines respectifs de compétence. Ceux-ci ne se réduisent cependant pas à une simple mise en œuvre des objectifs du MOST, chaque entité conservant une certaine autonomie dans la définition de ses objectifs propres.

On notera que la CAS publie également une « feuille de route », qui se veut un document de prospection et de réflexion sur ce que pourraient être les enjeux et les priorités scientifiques sur une période de 40 ans (la dernière « feuille de route » de la CAS couvre la période 2010-2050.

Les labels de la recherche d’excellence

Le MOST gère l’attribution au niveau national des labels de «  National Laboratory  » et de «  State Key Laboratory  » (SKL). Le label National Laboratory est décerné aux laboratoires d’excellence représentant un intérêt particulier pour la communauté scientifique chinoise.

Le label SKL est décerné aux laboratoires nationaux d’excellence pour une période de cinq années. A noter qu’un laboratoire de recherche dépendant d’une entreprise peut également recevoir un tel label.

La CAS, les départements pour la science et la technologie des provinces ainsi que le MOE peuvent également décerner, sur des critères d’excellence, le label de Key Laboratory pour leurs propres laboratoires.

De plus en plus de moyens pour la recherche

Le budget de recherche et développement de la Chine est passé de 1 % du PIB en 2000 à 1,7 % en 2009, pour atteindre 1,76 % en 2010 (Tableau 1). L’objectif affiché du gouvernement chinois est d’investir 2,5 % du PIB dans la R&D à l’horizon 2020.

En 2010, les dépenses globales en R&D en Chine s’élevaient à 706,26 milliards de yuans (environ 85,8 milliards d’euros – 1€ = 8.23RMB), soit un montant 6,6 fois plus élevé qu’en 2000. Entre 2005 et 2010, les budgets consacrés à la R&D ont progressé de plus de 20% par an.

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Les entreprises constituent le principal acteur dans l’exécution de la recherche. Leurs dépenses globales de R&D étaient de l’ordre de 73,4% en 2010, soit 518,55 milliards de yuans (environ 63 milliards d’euros). Les instituts de recherche y ont consacré 118,6 milliards de yuans (environ 14,4 milliards d’euros), soit 16,8% et les universités 59.7 milliards de yuans (environ 7,25 milliards d’euros), soit 8,5%.

En 2008, près de quinze mille entreprises chinoises menaient des activités en science et technologie. Sur les 48,45 millions des salariés de ces entreprises, 2,5 millions étaient directement impliqués dans la S&T. En 2009, les grandes et moyennes entreprises chinoises ont consacré en moyenne 0.96% de leur chiffre d’affaires à la R&D, un taux qui demeure très faible en comparaison avec d’autres grands pays (2,7% en France en 2008). La disparité du volume de financement en recherche et développement est très forte selon les secteurs d’activité. L’entreprise Huawei par exemple investit plus de 10% de son chiffre d’affaires en R&D. En 2008, cette société, fournisseur mondial de réseaux de télécommunication, a ainsi consacré deux milliards de dollars (soit environ 1.4 milliard d’euros) en R&D.

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L’effort public de recherche en Chine ne représente donc qu’une faible part relative des investissements. La prépondérance du financement par les entreprises oriente très fortement l’effort national de recherche vers le développement expérimental, lequel représente avec 584,43 milliards de yuans (environ 71 milliards d’euros) 82,8% des dépenses. La recherche fondamentale, n’a bénéficié que de 32,45 milliards de yuans (environ 3,94 milliards d’euros) soit 4,6% des dépenses tandis que la recherche appliquée disposait de 89,38 milliards de yuans (environ 10,86 milliards d’euros) soit 12,7%.

En 2010, les instituts de recherche n’ont consacré que 11% de leur budget de recherche à des activités de recherche fondamentale, soit 12,99 milliards de yuans (environ 1.58 milliard d’euros) sur un budget total de 118,6 milliards de yuans (environ 14,41 milliards d’euros) ; les universités y ont affecté 30,1% de leur budget de recherche, soit 18 milliards de yuans (environ 2,18 milliards d’euros). 2,5 % des dépenses en R&D des entreprises ont été attribuées à la recherche fondamentale ou appliquée soit environ 13 milliards de yuans (environ 1,58 milliard d’euros). Ce fort déséquilibre au détriment de la recherche fondamentale est clairement perçu par les autorités chinoises comme facteur de risque pour la compétitivité future des entreprises chinoises et les autorités souhaitent qu’un effort plus important soit consenti à l’avenir dans ce domaine, notamment au travers de coopération avec des laboratoires étrangers.

En 2010, les dépenses du gouvernement central consacrées à la science et à la technologie en Chine se sont élevées à 204,64 milliards de yuans (environ 24,86 milliards d’euros). En 2009 ces dépenses s’élevaient à 164,86 milliards de yuans (environ 20 milliards d’euros), soit une hausse en 2010 de 24,4 %. La participation des autorités locales s’élevait en 2010 à 206,8 milliards de yuans (environ 25,12 milliards d’euros) soit 50,3 % du budget total consacré en Chine à la science et la technologie par les pouvoirs publics, correspondant à une hausse de 31,2% par rapport au budget local de 2009.

Les grands projets et les budgets associés

Le MOST gère en particulier les programmes prioritaires suivants :

  • le programme de recherche et de développement des technologies-clefs, jugées indispensables au développement et à la modernisation de l’industrie ; 5 milliards de yuans, 605 millions d’euros en 2010 (158 millions d’euros en 2005) ;
  • le programme 973, lancé en mars 1997, est destiné à soutenir la recherche fondamentale. Quelques centaines de projets ont été soutenus par ce programme depuis sa création, dans des domaines tels que l’agriculture, l’énergie, l’information, l’environnement, la démographie, la santé, les matériaux, etc. Il était doté de 4 milliards de yuans, soit 483 millions d’euros en 2010 (110 millions d’euros en 2005) ;
  • le programme 863 a été lancé en mars 1986 pour la promotion de la recherche appliquée et le développement des hautes technologies. Doté de 5,12 milliards de yuan, soit 605 millions d’euros en 2010 (419 millions d’euros en 2005), il concerne les sept secteurs prioritaires que sont la biotechnologie, les technologies spatiales et l’informatique, ainsi que celles relatives à l’énergie, au laser, à l’automatisation et aux nouveaux matériaux ;
  • Le MOST intervient également dans le soutien à la recherche privée au travers du programme TORCH, lancé en 1988 pour développer l’industrie des produits de hautes technologies. Ce programme s’appuie sur les parcs technologiques nationaux (88 en 2011). De plus, le programme TORCH finance des projets dans des domaines scientifiques définis comme prioritaires (informatique, biotechnologies, nouveaux matériaux, mécatronique, nouvelles énergies, environnement). En 2010, 5428 projets ont été financés à hauteur de 73 milliards de yuan, soit 8,82 milliards d’euros, dont 2,2 milliards de yuans provenant directement du MOST.

L’Académie des sciences de Chine (CAS) était dotée en 2009 d’un budget de soutien aux activités de R&D d’environ 2,23 milliards d’euros, à comparer aux 850 millions d’euros en 2001.

Le budget de la Fondation des sciences naturelles de la Chine (NSFC) a connu depuis une croissance moyenne de 20 % par an depuis sa création en 1986, pour atteindre 294 millions d’euros en 2005 (à comparer à 139 millions d’euros en 2000) puis 957 millions d’euros en 2010. Le NSFC est le principal contributeur au financement de la recherche fondamentale en Chine.

Dernière modification : 20/12/2012

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