Le 12ème plan quinquennal pour la science et la technologie

Le ministère de la science et de la technologie chinois (MOST) a publié son 12ème plan quinquennal pour le développement national scientifique et technologique pour la période 2011-2015.

Ce plan s’inscrit dans un plan quinze an pour la période 2006-2020 et a pour objectif de définir les priorités gouvernementales dans le domaine, en donnant des recommandations sur les domaines scientifiques et technologiques à privilégier, ainsi que sur des aspects de politique scientifique ou de financement de la science. Il définit également des objectifs chiffrés à atteindre d’ici à la fin de la période concernée. Plus qu’un cadre contraignant, ce plan constitue plutôt une feuille de route ainsi qu’un exercice de planification stratégique de la recherche chinoise. Il met très largement l’accent sur le rattrapage du retard technologique dans des domaines clés d’importance stratégique pour la Chine, ainsi que sur la volonté de mener le pays sur la voie d’une innovation indépendante.

Bilan du 11ème plan et grandes orientations du 12ème plan

Le 11ème plan quinquennal, dont les objectifs affichés étaient déjà de rendre l’industrie technologique chinoise moins dépendante des technologies étrangères, a rempli largement ses objectifs. La Chine a pendant cette période très fortement amélioré le niveau de sa recherche ainsi que sa reconnaissance au niveau international. Elle a su ainsi mener à bout 16 projets majeurs en science et technologie, ainsi que réaliser des avancées importantes dans des domaines clés, comme le vol spatial habité, l’exploration lunaire, les supercalculateurs, le riz super hybride, le train à grande vitesse, le réacteur nucléaire rapide, la communication quantique, les supraconducteurs, la plongée habitée en eaux profondes ou encore les cellules souches pluripotentes. Le niveau de la recherche chinoise dans ces domaines est dorénavant compétitif au niveau international : la Chine est passée du 5ème rang au 2ème rang mondial en nombre d’articles publiés dans des revues internationales entre 2005 et 2011, et du 13ème rang au 8ème rang en nombre d’articles cités. Le nombre de dépôts de brevets a quant a lui augmenté en moyenne de 25,7 % par an sur la même période.

Les investissements dans la recherche ont également connu une croissance très rapide. La Chine consacrait en 2010 1,75 % de son PIB à la recherche et développement (R&D), alors qu’elle n’y consacrait que 1,33 % en 2005. Le facteur humain (chercheurs et personnel assimilé), de son côté, a été porté à 2,55 millions d’équivalents temps plein (ETP) en 2010, un chiffre en croissance de 13 % par an sur la période 2006-2010. Enfin, les infrastructures de recherches ont elles aussi connu une croissance rapide : 156 nouveaux laboratoires clé d’Etat (SKL) ont été construits, portant leur nombre total à 333 en 2010 ; 114 nouveaux centres de recherche nationaux en ingénierie ont été montés (387 au total en 2010) ; le nombre de zones nationales de haute technologie (ou parcs technologiques), cœur de la politique d’innovation chinoise, est quant a lui passé de 27 à 88 en 2011.

Néanmoins, malgré ces progrès impressionnants, des lacunes sont encore bien présentes dans le développement scientifique chinois. Le système d’innovation indigène est encore assez faible, notamment en raison de l’absence d’une politique d’innovation indépendante, du manque d’intégration des trois branches essentielles à l’innovation (enseignement, recherche, entreprises), et du manque de talents dans les domaines innovants. Le système d’allocation des ressources scientifiques nécessite d’être amélioré. Enfin, la Chine doit encore repérer les domaines scientifiques et technologiques qui lui permettront d’être à la fois compétitive au niveau international tout en assurant son développement économique et social.

Tous ces enjeux constituent les lignes directrices du 12ème plan quinquennal, dont le principal objectif est de parachever le développement de la Chine comme un grand pays d’innovation. Le gouvernement chinois a donc décidé d’afficher des objectifs ambitieux pour 2015 :

Pour arriver à ces résultats, le 12ème plan quinquennal s’articule selon plusieurs axes :
-* progresser sur des projets majeurs dans la continuité des priorités introduites lors du 11ème plan quinquennal,

  • développer des « industries émergentes d’importance stratégique », définies comme les industries qui à long terme vont porter le développement économique du pays,
  •  effectuer des avancées dans des domaines d’intérêt pour la modernisation de l’industrie et le bien être social,
  • mettre l’accent sur la recherche fondamentale,
  • favoriser le recrutement de talents et la coopération internationale,
  • développer les politiques et les plateformes d’innovation.

Les projets majeurs en science et technologie

Le gouvernement a défini 11 domaines scientifiques et technologiques ayant une importance particulière qui vont orienter la politique scientifique chinoise. L’idée sous-jacente est de se concentrer sur ces domaines pour développer l’industrie chinoise, en se fondant sur des percées technologiques et une innovation propre protégée par des droits de propriété intellectuelle. La Chine espère ainsi développer une industrie innovante compétitive. Ces domaines sont :

  • puces et processeurs électroniques,
  • production de circuits intégrés, avec visées sur le marché international,
  • réseau mobile de communication à haut débit, avec notamment le développement de normes post 4G et l’intention de participer à la formulation de stands internationaux,
  • machine-outils et équipements de production,
  • exploration pétrolière,
  • développement de centrales nucléaires à eau pressurisée,
  •  gestion de la pollution de l’eau (prévention, traitement),
  • culture d’organismes génétiquement modifiés,
  • développement de nouveaux médicaments (développement de 30 nouveaux médicaments et transformation d’environ 200 médicaments existants),
  • prévention et contrôle de maladies infectieuses, dont SIDA et hépatites virales,
  • développement de grands avions.

Les « industries émergentes d’importance stratégique »

Le deuxième axe de développement de la S&T chinoise porte sur des domaines qui doivent permettre à l’industrie chinoise de se développer dans des domaines qui sont d’importance stratégique sur le long terme, afin de faire évoluer l’industrie chinoise vers des secteurs de haute technologie à plus grande valeur ajoutée et d’entériner la transformation depuis une industrie manufacturière vers une industrie de l’innovation. Ces domaines sont à la frontière entre recherche fondamentale et recherche appliquée. Le plan mentionne 7 grands domaines dans lesquels des percées technologiques devraient permettre de définir une politique industrielle à long terme :

  • économies d’énergie et protection de l’environnement ;
  • technologies de l’information et de la communication ;
  •  industrie biologique ;
  • équipements avancés ;
  •  nouvelles énergies ;
  • nouveaux matériaux ;
  • véhicules électriques.

Technologies clés pour la modernisation de l’industrie

Une des grandes préoccupations actuelles est également de lancer des recherches dans des domaines qui servent l’intérêt général et qui permettront d’améliorer les conditions de vie ou les conditions de travail des chinois, notamment ceux vivant dans les zones rurales (on peut penser à l’agriculture, l’approvisionnement en eau, l’accès à des logements décents, etc). Un accent particulier est donc porté sur les technologies clés permettant d’atteindre cet objectif et l’évolution de l’industrie en conséquence. Les axes retenus dans le plan quinquennal sont :

  • renforcement de l’innovation technologique dans les sciences agricoles ;
  • promotion de la mise à jour des industries clés ;
  • promotion de l’innovation dans l’industrie des services ;
  • renforcement des technologies en faveur des citoyens ;
  • développement de technologies durables concernant l’énergie, les ressources naturelles et l’environnement ;

La recherche fondamentale et le renforcement des coopérations internationales

La recherche fondamentale représente l’un des points faibles de la science et technologie chinoise et fait à ce titre partie des priorités du 12ème plan quinquennal avec pour objectif de maintenir la position dominante chinoise dans les domaines où elle excelle (notamment les mathématiques, les matériaux), de favoriser l’interface entre recherche fondamentale et recherche appliquée (médecine, nanotechnologies, bio-informatique) et d’explorer les domaines les plus à la pointe (matière condensée, cosmologie, structure profonde de la matière, sciences cognitives, matière noire…).

L’effort de recherche en matière de recherche fondamentale s’articulera autour de deux lignes directrices : d’une part, dans des domaines à l’interface où la demande (économique, sociale) est importante (agriculture, énergie, sciences de l’information, environnement, matériaux…) et d’autre part, selon six programmes de recherche majeurs définis par le gouvernement :

  • recherche sur les protéines : biologie structurale, synthèse, fonction biologiques ;
  • recherche en contrôle quantique : information quantique (photons ou matière condensée), cryptographie, transitions de phase… ;
  • recherche en nanotechnologies : nanomatériaux, applications biomédicales ;
  • mécanismes de reproduction : développement de l’embryon et des organes ;
  • recherche sur le réchauffement mondial : influence de l’activité humaine, développement de modèles de simulation ;
  • recherche sur cellules souche : cellules souche pluripotentes, étude de la différenciation.

Le projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor), auquel la Chine participe, est présenté également comme une opportunité pour apprendre et assimiler toutes les technologies et les mises en œuvre nécessaires au développement d’un futur réacteur chinois à confinement magnétique.

Recrutement de talents et coopération internationale

La Chine a pris conscience que pour propulser le niveau de sa recherche au meilleur niveau mondial, elle doit s’appuyer sur deux piliers primordiaux : un système d’attraction des talents nationaux et internationaux, et des coopérations internationales plus fortes. Le 12ème plan quinquennal met l’accent sur la nécessité de cultiver des talents dans les domaines scientifiques et techniques, notamment en prévoyant d’adapter ses structures pour favoriser leur développement, en lançant des programmes d’attractivité tels que le programme « 1000 talents », en améliorant l’intégration des étudiants dans les équipes de recherche afin de cultiver leur esprit critique, en formant les futurs talents à la fois dans les instituts de recherche et les entreprises, et en incitant les jeunes talents à monter des entreprises innovantes.

Le deuxième point essentiel au développement de la recherche chinoise est le renforcement de la coopération internationale. Le plan prévoit des mesures dans cette direction, notamment par le biais de l’accroissement de la mobilité des chercheurs étrangers vers la Chine et de ses chercheurs à l’étranger, le développement d’instituts de recherche à l’étranger, la participation à des organisations académiques internationales et la promotion de bases de coopération technologique (Chine – Etats-Unis dans le domaine des énergies propres, Chine – Russie, etc). La coopération doit se faire également au niveau intergouvernemental : avec les pays développés pour ce qui est de la recherche de pointe (Etats-Unis, Europe, Japon, Corée, Russie), mais également avec les pays en développement afin de promouvoir le transfert de technologie et la création d’entreprises. Un accent particulier est mis sur le renforcement de la coopération avec les régions de Hong Kong, Macao et Taiwan.

Renforcement des structures et des politiques d’innovation

Le plan met finalement l’accent sur la construction du système d’innovation chinois. Celui-ci se décline en deux volets : un volet organisationnel et un volet politique. Concernant le premier volet, la Chine mise sur un macro-management permettant de coordonner tous les acteurs et les structures existantes, une meilleure intégration des trois branches indispensables au développement de l’innovation (enseignement, recherche, entreprises), une réforme du système de financement de l’innovation et de la recherche (qui se concentrera désormais sur la recherche fondamentale, la recherche technologique de pointe et la recherche liée au bien être social), un meilleur système d’évaluation et de récompense. La Chine compte construire son système propre d’innovation en mettant en œuvre une série de projets nationaux d’innovation, en attirant les talents au sein de ces projets, en incitant les organismes publics et les entreprises à monter des centres de R&D communs, et en créant des bases d’innovation pour les technologies d’intérêt civil et militaire. Enfin, la distinction est faite entre les efforts à fournir pour les régions de l’Est (amélioration des structures d’innovation), du Centre (modernisation de l’industrie) et de l’Ouest de la Chine (notamment le Xinjiang et le Tibet).

D’un point de vue politique, la construction du système chinois d’innovation passe par la mise en œuvre de nouvelles lois (notamment en termes d’allègement d’impôts pour inciter les entreprises à avoir des activités de R&D), d’un renforcement de la propriété intellectuelle, d’une meilleure coordination entre recherche et développement économique, et d’une meilleure communication autour de la science et de la technologie. Des évaluations régulières de l’avancement du plan doivent également permettre de l’ajuster de manière dynamique.

Dernière modification : 20/12/2012

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