Lauréats du Prix Fu Lei 2014 [中文]

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L’Ambassadeur et les membres du jury, Prix Fu Lei 2014 / 2014傅雷翻译出版奖,法国大使和评委团
Ambassade de France en Chine

Une fois par an, la traduction est à l’honneur : le Prix Fu Lei de la traduction et de l’édition met en avant les traducteurs, souvent cachés derrière les ouvrages, et « donne l’occasion de célébrer leurs talents et d’attirer sur eux les feux de la célébrité pour un instant », pour reprendre les mots de l’Ambassadeur de France en Chine.

Cette année, trois livres ont été récompensés :

  • dans la catégorie « Littérature », Naissance d’un pont de Maylis de Kerangal, traduit par An Ning et publié par Shanghai 99/Shanghai Literature and Art Publishing House ;
  • dans la catégorie « Essai », L’avenir dure longtemps de Louis Althusser, traduit par Cai Hongbin, relu par Chen Yue et publié par Horizon Media ; et enfin,
  • pour la catégorie « Jeune pousse », créée l’année dernière, Bouquiner d’Annie François, traduit par Yu Jiale et publié par Guangxi Normal University Press.

Ce moment fort de la traduction littéraire a rassemblé non seulement traducteurs et éditeurs, mais également des personnalités littéraires chinoises et françaises, telles que l’écrivain Liu Zhenyun, Mme Tie Ning, présidente de l’Association nationale des écrivains de Chine, et une délégation exceptionnelle de l’Académie française composée de M. Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France, Mme Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuel de l’Académie française, et MM. Jean-Marie Rouart et Jean-Christophe Rufin.
Car, si le Prix Fu Lei a pour objectif de récompenser les meilleurs ouvrages traduits du français vers le chinois, il porte également en lui l’honneur de la littérature et le rayonnement de la littérature française en Chine.

La traduction des oeuvres littéraires françaises en Chine

Aujourd’hui la Chine est devenue le premier pays acheteur des droits de publication de livres français. En 2013, environ 1500 titres français ont été cédés à des éditeurs chinois.
Au début du 20ème siècle, la littérature et la pensée françaises ont exercé une influence toute particulière sur les intellectuels et sur la génération des fondateurs du Parti Communiste. Ce sont de grands noms comme Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Hugo, Balzac… qui ont nourri l’esprit des lecteurs chinois de l’époque. Après l’ouverture du pays dès la fin des années 1970, davantage d’écrivains français ont pu être publiés en Chine, de Proust à Camus, de Sartre à Duras, en passant par Le Clézio, Modiano… Dans ce processus de diffusion de la littérature française en Chine, le travail des traducteurs est absolument essentiel. « Sans les traducteurs, les lecteurs comme moi serions comme des malvoyants sous le ciel étoilé du monde littéraire », a déclaré Tie Ning.

Les trois ouvrages récompensés

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Naissance d’un pont/《一座桥的诞生》

Naissance d’un pont, prix Médicis 2010, raconte la construction d’un pont suspendu et dresse le portrait d’un village global imaginaire à travers les destins croisés d’une dizaine d’hommes et de femmes. Un roman-fleuve, « à l’américaine », qui brasse des sensations et des rêves, des paysages et des machines, des plans de carrière et des classes sociales, des corps de métier et des corps tout court. Le travail de la jeune traductrice An Ning a été décrit comme « le plus réussi au niveau de la délicatesse et de la subtilité » par l’écrivain Liu Zhenyun, invité d’honneur du Prix Fu Lei 2014, « fidèle aux mots et au style » selon l’ensemble des membres du jury.

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L’avenir dure longtemps/《来日方长》

L’avenir dure longtemps est une autobiographie du philosophe Louis Althusser et plus précisément de son basculement dans l’impensable avec le meurtre de sa femme Hélène, dans leur appartement de l’École normale supérieure à Paris. Ce prodigieux témoignage, d’une précision clinique, est un document unique en son genre, celui d’un intellectuel qui glisse dans la folie. « Qu’il s’agisse des analyses théoriques ou des souvenirs personnels », le traducteur de 82 ans, Cai Hongbin et son relecteur Chen Yue « ont très brillamment trouvé le style qui correspondait à chacune des différentes parties », selon Yu Zhongxian, président du jury 2014. Il a également salué le travail de recherche du traducteur s’agissant de la terminologie psychanalytique.

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Bouquiner/《读书年代:带上所有的书回巴黎》

Quant à Yu Jiale, cette jeune traductrice a reçu le prix « Jeune pousse » pour avoir « su transmettre l’ambiance et l’humour » de Bouquiner d’Annie François, un livre qui parle des livres. A ce qui demandent « Dis-moi ce que tu lis...? », l’auteur répond par « Comment je lis ». Couchée ? Assise ? Au bureau, à la maison, à l’hôtel... Au fil d’une cinquantaine de chapitres drôles ou émouvants se dessinent une sorte d’auto-biobibliographie, de portrait d’un couple, d’une tribu amicale, d’une confrérie de lecteurs dont on aime à se sentir proche.

Le Prix Fu Lei et les échanges culturels et humains entre la France et la Chine

Ce prix de traduction, qui doit son nom au grand traducteur chinois Fu Lei (1908-1966), a été créé en 2009 par l’Ambassade de France en Chine. Il est la seule récompense existant aujourd’hui dans ce domaine en Chine, en dehors de la catégorie « Traduction » du Prix Lu Xun (l’un des plus grands prix littéraires chinois).
Dong Qiang, président du comité d’organisation et membre du jury depuis l’origine du Prix Fu Lei, se réjouit de la réputation et de l’influence d’un prix qu’il a contribué à créer et faire connaître : « Nombreux sont ceux qui pensent que le Prix Fu Lei existe depuis bien longtemps et qu’il est un prix d’importance, alors qu’il n’a que six ans ! »

L’aide que l’Ambassade de France en Chine apporte à la traduction et publication en chinois d’ouvrages en français ne se résume pas uniquement au Prix Fu Lei. Le programme d’aide à la publication Fu Lei, destiné aux maisons d’édition chinoises, existe depuis 1991 auquel s’ajoutent des conférences d’auteurs chinois, un Club de discussions, des formations biannuelles de traducteurs, qui sont les cinq piliers de l’Académie Fu Lei. Maurice Gourdault-Montagne, Ambassadeur de France en Chine, a par ailleurs insisté sur le fruit du dialogue de haut niveau sur les échanges humains qui a eu lieu le 18 septembre dernier à Paris, lors de la visite d’Etat du président Xi Jinping. « Nos deux pays ont notamment décidé d’appuyer la traduction et la publication d’œuvres littéraires dans le pays partenaire » a-t-il révélé.

La cérémonie du Prix Fu Lei 2014 a également été l’occasion de rendre hommage à un grand personnage qui a œuvré aux échanges entre les deux pays, dans ce haut-lieu historique qu’est l’ancienne école secondaire de l’Université sino-française et qui accueillait la cérémonie : Jean-Pierre Angremy (1937-2010), diplomate, ancien membre de l’Académie française, écrivain connu sous le nom de plume Pierre-Jean Rémy, auteur d’une soixantaine de livres. Son roman Le sac du Palais d’été lui a valu le Prix Renaudot en 1971. En tant que diplomate, il a été notamment en poste à Hong Kong, à Pékin, à Londres, à l’UNESCO. Sa dernière mission : la présidence française de l’Année de la Chine en France et de l’Année de la France en Chine, de 2003 à 2005. Dans son discours d’hommage à Jean-Pierre Angremy, Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France, a évoqué « les passions multiples » de son confrère : passion de la musique, du voyage, des lieux, dont Pékin, « la ville source d’inspiration, à laquelle il a voué un véritable culte ».

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Gabriel de Broglie, chancelier de l’Institut de France, rend hommage à Jean-Pierre Angremy/法兰西学士院院长德·博赫耶致敬杨鹤鸣

Si le coup de projecteur jeté sur la traduction par le Prix Fu Lei fut bref, le lecteur a toutes les raisons d’être optimiste : tandis que les traducteurs aînés poursuivent leur travail minutieux, de jeunes traducteurs prennent le relais, et le Prix Fu Lei les accompagne.

Dernière modification : 29/12/2014

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