Larys FROGIER, un Français à la tête d’un musée d’art contemporain à Shanghai

Après avoir dirigé pendant une dizaine d’années un centre d’art à Rennes, M. Larys FROGIER a été invité à prendre la direction d’un des musées privés d’art contemporain les plus dynamiques de Shanghai, le Rockbund Art Museum. Depuis maintenant dix mois aux commandes de cet établissement, il nous raconte son parcours et ses projets. Son ambition première : défendre la création.

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M. Larys FROGIER, directeur du "Rockbund Art Museum"

Vous êtes arrivé à Shanghai en janvier 2012 pour prendre le poste de Directeur du Rockbund Art Museum (RAM) ; quel a été votre parcours et comment êtes-vous arrivé en Chine ?

Larys Frogier : En France, je travaillais pour « La Criée », le Centre d’art contemporain de Rennes, mais je n’ai pas une formation de commissaire d’exposition. Je viens de l’université : j’ai enseigné pendant plus de dix ans et mon parcours est étroitement lié à l’enseignement et à la théorie. Mon expérience à La Criée, où je menais un travail de proximité avec les artistes, m’a permis de comprendre une des forces des Centres d’art français : l’existence d’un soutien à la création. Dix ans plus tard, un besoin de changer de point de vue s’est fait jour, doublé d’une volonté de réfléchir à l’avenir des structures de l’art contemporain dans un monde en mutation. J’avais besoin de comprendre comment on fonctionne ailleurs pour mieux appréhender ce qui se joue en Europe. C’est à ce moment précis de ma carrière que j’ai rencontré les dirigeants du Rockbund Art Museum, qui m’ont confié ce projet et invité dans cette nouvelle aventure.

Pouvez-vous nous dire ce qu’est le Rockbund Art Museum (RAM), et quelle est son histoire ?

LF  : Le RAM fait partie d’un magnifique ensemble architectural des années 1930, situé à l’extrémité nord du Bund, dont le groupe Rockbund a entrepris récemment la restauration. Le musée occupe un bâtiment art déco construit en 1932 pour accueillir la Royal Asiatic Society (RAS), premier modèle de musée moderne en Chine, présentant des collections d’histoire naturelle. En 2007, l’architecte anglais David CHIPPERFIELD a superbement mené la rénovation intérieure du bâtiment, lui conservant ses atouts historiques tout en redonnant grâce, simplicité et fonctionnalité à un musée désormais spécialisé dans l’art contemporain : c’est ainsi que le RAM a ouvert ses portes en mai 2010 avec une grande exposition du célèbre artiste chinois, M. CAI Guo-Qiang.

Comment fonctionne aujourd’hui le Rockbund Art Museum ? Quelle est sa spécificité en Chine et quelles différences voyez-vous avec les musées européens ?

LF : Le RAM se distingue d’un certain nombre de musées en Chine qui ont pour habitude d’accueillir ou de louer leurs espaces à des expositions organisées par d’autres. Nous ne fonctionnons pas de cette façon. Le RAM a pour ambition d’être un musée professionnel à part entière et la première voie que nous choisissons pour atteindre ce but est le soutien à la création. Un véritable « projet muséal » vient soutenir les projets d’expositions et 80% du budget contribuent à la production d’œuvres inédites. Un fonctionnement similaire à celui des « Centres d’art » européens, avec, en outre, la volonté de constituer peu à peu une collection qui aura été pensée et construite en lien avec ce « projet muséal » et les expositions. Le soutien des artistes en amont est un axe majeur de notre programmation.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le programme d’expositions ?

LF : Nous présentons quatre à cinq expositions par an : trois expositions personnelles et un à deux projets collectifs. Notre espace, magnifique et original, peut sembler contraignant à première vue (2.000m², c’est grand en France, mais ici c’est petit), mais il se prête parfaitement aux interventions artistiques qui savent résonner avec un site : un défi très exaltant ! Ainsi, à l’été 2012, Mme Paola PIVI, artiste italienne, a déployé avec bonheur sur les six étages du musée des installations puissantes, généreuses et colorées qui dialoguaient parfaitement avec l’architecture, comme ses neuf impressionnantes fontaines de liquides multicolores qui s’élançaient dans l’atrium des 4ème et 5ème étages. L’exposition actuelle, Time Traveller, joue également sur la spécificité du lieu, en invitant des artistes, MM. HUANG Yingping, YAN Lei, LIU Jianhua, SUN Yuan et PENG Yu, à revisiter à travers leurs œuvres l’histoire du bâtiment et la pratique des collections.

La recherche et la réflexion sont très importantes pour vous. Comptez-vous également les développer au Musée, en parallèle à votre programme d’expositions ?

LF : Oui, c’est un aspect fondamental de notre mission, que nous menons depuis septembre 2012 en partenariat avec des universités et fondations, à Shanghai et à l’international. La recherche se structure autour de quatre programmes :

- Théorie et pratique curatoriales (« comment mettre en place une exposition »), en partenariat avec l’Académie des beaux-arts de Chine à Hangzhou.

- Critique d’art, ou comment les jeunes critiques chinois peuvent publier, quelle est leur visibilité et comment ils peuvent accompagner les artistes émergents. En partenariat avec l’Université de Shanghai, le prix John Moores, évènement majeur de la Biennale de Liverpool, récompense tous les deux ans un peintre contemporain.

- Urbanisation et créativité, dans le contexte shanghaien, en partenariat avec l’Université de New York (campus de Shanghai).

- Emergence et mutation des musées privés d’art contemporain en Asie, avec la China Art Foundation (CAF).

Pouvez-vous détailler ce quatrième volet ? Depuis plusieurs années, on assiste en Chine à l’émergence de musées privés qui coexistent avec les musées publics. Ce sont des structures nouvelles qui doivent inventer leurs modes de fonctionnement et de financement : y a-t-il une réflexion et des actions communes entre elles ?

LF : C’est en effet un sujet brûlant d’actualité et il me paraît important qu’un musée privé tel que le nôtre soit engagé dans cette réflexion qui n’a jamais été menée. Avec la CAF, nous travaillons sur une base de données répertoriant toutes les structures d’art contemporain en Asie. En collaborant avec un doctorant en études muséales, nous souhaitons identifier ensuite les problématiques propres au contexte asiatique. Et l’objectif final est la rédaction d’un texte, une sorte de déclaration, pour fédérer les structures et établir de nouveaux modes de travail efficaces et durables.

Parmi les projets d’expositions et de recherche, y a-t-il déjà des collaborations avec des artistes ou structures françaises ?

LF : Un passionnant projet de coopération avec la collection d’estampes contemporaines du musée du Louvre est en cours de conception. De même, au cœur des programmes de recherche, nous souhaitons inviter à Shanghai des penseurs, écrivains et poètes français parmi les plus influents (MM. Jean ECHENOZ, Philippe DJIAN, Jacques RANCIERE et Bernard STIEGLER). Enfin, une collaboration se met en place actuellement avec le Shanghai Institute of Visual Arts et le réseau des écoles d’art françaises, autour du projet de M. Paul DEVAUTOUR, enseignant à l’école d’art de Nancy, dans le cadre de laquelle auront lieu des résidences de jeunes artistes français et chinois.

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Le "Rockbund Art Museum" à Shanghai.

C’est une grande chance pour notre communauté francophone de vous avoir à Shanghai : comptez-vous organiser des visites des expositions en français ?

LF : Avec plaisir ! L’accueil et le développement du public est une priorité pour nous. Nous souhaitons développer par exemple des programmes en direction du jeune public, en collaboration avec les écoles de Shanghai. J’organise moi-même des visites car j’aime être au premier rang des réactions du public. Amis francophones, soyez les bienvenus !

Interview réalisée par le Service culturel
Consulat général de France - Institut français de Chine
Pour plus d’informations sur le Rockbund Art Museum et ses manifestations (Night@Ram) :
- appelez le (+86 - 21)-3310 9985 (fax : (+86 - 21) 6321 3352),
- contactez l’adresse : info@rockbundartmuseum.org ou
- rendez vous sur le site internet : www.rockbundartmuseum.org. Vous pouvez également vous inscrire sur ce site à la newsletter du Musée.

Dernière modification : 07/08/2014

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