La relation franco-chinoise : une ambition nouvelle pour répondre aux défis communs [中文]

Allocution de Monsieur Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, à l’Université d’aéronautique et d’astronautique de Pékin. Pékin – 10 juillet 2012

Mesdames, Messieurs,
Chers étudiants,

Je vous remercie d’être venus nombreux aujourd’hui, d’autant plus, si je comprends bien, que c’est la période des vacances. Je suis très honoré du titre qui vient de m’être attribué de professeur honoraire de l’université Beihang, et je disais justement à votre président d’université qu’il était bon que ce soit professeur honoraire plutôt que professeur réel, parce que mes compétences dans le domaine de l’aéronautique, des mathématiques, de la construction des ponts, sont assez limitées.

C’est un grand plaisir pour moi de m’exprimer devant vous, ici dans les locaux de cette université prestigieuse, et en particulier devant l’Ecole Centrale de Pékin.

La visite que j’effectue depuis hier en Chine est la première d’un dirigeant français depuis les élections à la Présidence de la République qui ont eu lieu dans mon pays au mois de mai. Depuis lors, il y a eu des élections législatives, qui ont confirmé les résultats des élections présidentielles. C’est une équipe qui est désormais au pouvoir en France pour au moins cinq années, ce qui permet de construire avec la Chine une relation stable. Ce déplacement intervient à la veille d’échéances importantes pour la Chine, qui verra dans quelques mois un passage de relais d’une génération de dirigeants à une autre. C’est le bon moment pour tracer les perspectives de notre relation pour les années qui viennent, afin de faire franchir une nouvelle étape à notre partenariat. Je me suis entretenu en priorité de cela hier avec le ministre des Affaires étrangères Yang Jiechi, avec le Conseiller d’Etat Dai Bingguo, et c’est aussi cela que j’évoquerai cet après-midi avec votre Premier ministre, M. Wen Jiabao et avec le vice-Premier ministre Li Keqiang, dont je crois comprendre qu’il occupera dans le futur une responsabilité essentielle.

J’ai donc eu des entretiens politiques, nourris, confiants et amicaux, mais je rencontre aussi des responsables d’entreprises, des intellectuels, et je souhaite aussi discuter avec vous, ici, qui représentez l’avenir. Avant de répondre à vos questions, je souhaiterais vous proposer quelques réflexions sur l’avenir des relations entre la Chine et la France.

Nous portons une ambition nouvelle pour la relation entre la France et la Chine. Cette ambition a été soulignée il y a quelques jours, en juin, par les Présidents Hu et Hollande lors de leur premier entretien au Mexique lors du G20, et auquel j’ai pu assister.

Économiquement et politiquement, la Chine occupe aujourd’hui les tous premiers rangs, ce qui fait de ce grand pays un partenaire majeur pour le pays que nous sommes. Le nouveau gouvernement français souhaite s’investir fortement dans la relation avec la Chine. Nous voulons fonder notre relation sur l’intérêt mutuel, la constance et aussi, comme il est normal entre amis, sur la franchise.

La France n’a ni la même taille ni le même poids économique que la Chine. La Chine est la deuxième puissance mondiale, nous sommes la cinquième puissance économique. Mais la France est un acteur pivot de la scène mondiale. Membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, pays central en Europe, disposant de la puissance nucléaire, la France est une puissance économique reconnue, une culture admirée dans le monde. Nous sommes une « puissance d’influence », un interlocuteur capable de peser notamment dans les enceintes internationales. L’Europe, à laquelle nous appartenons, est le premier partenaire commercial de la Chine. C’est notre conviction que la Chine a tout à gagner d’une relation constructive et d’un partenariat étroit avec la France.

Je voudrais, au nom du gouvernement français, placer ce partenariat, pour le faire avancer, sous le signe de trois volontés :
- volonté de rééquilibrer par le haut nos échanges économiques et commerciaux ;
- volonté de donner une traduction concrète et positive à notre partenariat politique ;
- enfin, et c’est nouveau, volonté de promouvoir les échanges entre nos sociétés civiles (c’est-à-dire les étudiants, échanges de jeunes, intellectuels, acteurs culturels, acteurs sociaux) qui constituent un front de la relation franco-chinoise.

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Une ambition nouvelle pour les relations franco-chinoises

1) Cette ambition nouvelle est facilitée par l’histoire que nous avons en commun. Nous sommes la rencontre de deux grandes civilisations que beaucoup rapproche. Nous sommes deux cultures qui ont placé l’éducation et le savoir au sommet de leur échelle des valeurs, et qui ont aussi su développer l’art de vivre à des niveaux excellents. La Chine et la France avaient tant à échanger.

Parmi ces rencontres, je rappelle la passion du Siècle des Lumières pour la Chine, illustrée en particulier au XVIIIème siècle par les débats entre des philosophes tels que Montesquieu, Voltaire et d’autres. La Chine a contribué, les spécialistes le savent, à nourrir ce mouvement des Lumières, qui ont suscité en retour l’engouement des lettrés chinois au tournant du XXème siècle. Je pense, par exemple, à Fu Lei, figure emblématique de notre amitié, intellectuel exceptionnel, critique d’art, amoureux de la culture française et traducteur de tant de nos grands auteurs qu’il a fait connaître pour la première fois au public chinois.

Plus près de nous, à l’époque du général de Gaulle, la France a été le premier grand pays occidental à établir en 1964 des relations diplomatiques avec la République populaire de Chine, donnant ainsi à notre relation un caractère pionnier. Je tiens d’ailleurs à souligner que pour 2014, nous avons l’intention de faire du cinquantenaire de l’établissement des relations diplomatiques franco-chinoises un événement de grande portée.

L’amitié qui nous lie est donc ancienne et profonde. Elle s’inscrit dans le temps long, dans cette durée qui seule permet de bâtir de grandes choses.

2) Cette ambition nouvelle nous est aussi dictée par « l’évidence », terme déjà utilisé en 1964, au moment de l’établissement des relations diplomatiques avec la Chine.

Cette évidence, c’est l’extraordinaire mutation que connaît la Chine. J’ai effectué plusieurs voyages dans votre pays ces dernières années, et j’ai été à chaque fois frappé par l’ampleur et par la rapidité des changements. Nous avons en France une grande admiration pour ce développement et les réalisations exceptionnelles des trente dernières années. La sortie de la pauvreté de plusieurs centaines de millions de personnes en une génération est un fait qui n’a pas de précédent dans l’histoire de l’humanité.

La France a fait le choix, très tôt, d’accompagner votre pays dans cette mutation. Nous considérons que l’émergence de la Chine n’est pas une anomalie, mais la correction d’une anomalie. L’anomalie, c’était l’éclipse momentanée de votre pays, pendant un siècle et demi de troubles et de souffrances. Le retour au premier plan, c’est pour la Chine, d’une certaine façon et même si cela peut surprendre, le retour à une certaine normalité de l’histoire. Parce que nous regardons le peuple chinois avec amitié, nous nous réjouissons des progrès réalisés ces dernières décennies. La France soutient les aspirations de la Chine, puissance globale, à prendre toute sa place dans la gouvernance mondiale.

Nos deux pays ont décidé, en 1997 soit il y a quinze ans, d’établir ce que nous appelons un partenariat stratégique global. Il s’est enrichi au fur et à mesure que nos relations se densifiaient et que le rôle international de la Chine s’affirmait. Ce partenariat stratégique est aujourd’hui global dans le sens où il touche les domaines politique, économique et culturel ainsi que les grandes questions internationales. Les promotions d’ingénieurs formées par l’Ecole Centrale ici, dans un cadre franco-chinois, en sont un excellent symbole.

Au terme de ce chemin parcouru ensemble, la Chine et l’Union Européenne sont devenues aujourd’hui deux acteurs tout à fait incontournables du système international qui ont noué des liens étroits. Avec, s’agissant de l’Europe, des échanges commerciaux qui représentaient en 1978 4 milliards d’euros et 460 milliards l’année dernière, l’Europe est, je l’ai dit, le premier partenaire commercial de la Chine. Nos destins sont donc liés.

3) Cette ambition nouvelle que je souhaite répond aussi au constat que le monde ayant changé, le partenariat entre la Chine et la France doit évoluer. L’émergence de la Chine, je l’ai dit, est un phénomène positif. Mais comme tout phénomène massif, il provoque inévitablement des déséquilibres. IL faut inévitablement les reconnaitre Les changements intervenus dans votre pays ont affecté votre société par les évolutions économiques, sociales, démographiques, politiques ou culturelles qu’ils ont entraînées. Ils ont bousculé le reste du monde avec le côté positif mais aussi négatif qu’ils peuvent aussi avoir, par leur impact parfois brutal sur les équilibres politiques et économiques mondiaux.

Les déséquilibres économiques, financiers ou environnementaux qui sont apparus au cours des dernières années constituent, je ne vais pas vous le cacher, une préoccupation majeure pour les Européens en général et les Français en particulier. Les causes en sont multiples et complexes, et le phénomène de l’émergence dépasse largement le cas chinois. Mais il n’en demeure pas moins que la Chine, par sa taille et en raison même de ses succès, a un rôle central à jouer dans la promotion d’un nouvel équilibre et d’une nouvelle stabilité Parfois, ce rôle fait peur.
Vous devez savoir que dans nos relations commerciales, il existe aujourd’hui un déséquilibre très important, et un sujet de préoccupation aigu. Notre déficit commercial vis-à-vis de la Chine en 2011 représentait près de 27 Mds €, soit 40% du déficit total de la France. Un tel déficit ne peut pas être durablement soutenu sur le plan économique, comme sur le plan politique. Face à cette situation, il nous faut réinventer ensemble notre partenariat économique et trouver une nouvelle forme de coopération qui soit bénéfique à tous.

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Une triple volonté

Pour traduire cette ambition nouvelle dans les faits, je propose donc une triple direction.

1) Sur le plan économique d’abord, il faut que nous parvenions à rééquilibrer la relation entre la Chine et la France. A long terme, la solution passe par des réformes internes en France et en Europe, que le gouvernement auquel j’appartiens est déterminé à conduire. Elle passe par un rééquilibrage interne de l’économie chinoise dans le sens du développement du marché intérieur. Mais « dans le long terme, nous serons tous morts » disait l’économiste Keynes. Il nous faut donc agir, en attendant, sur le court terme, sur des sujets tels qu’un meilleur accès au marché, la protection de la propriété intellectuelle ou la protection des investissements.

J’y insiste : la France aborde sa relation avec la Chine avec un niveau d’ambition et donc d’exigences élevé. Parmi nos attentes, il y a un terme dont vous entendrez de plus en plus parler, qui s’appelle l’exigence de réciprocité. C’est un principe simple, qui constitue le fondement des relations de l’Union Européenne avec nos grands partenaires stratégiques. Vous le comprenez sans difficultés car cette notion de réciprocité, la Chine la pratique elle-même. L’Europe est l’un des ensembles économiques les plus ouverts au monde et entend le rester, mais elle attend de ses partenaires le même degré d’ouverture. Nous tenons ce discours non seulement à la Chine mais aussi à nos autres grands partenaires, qu’il s’agisse du Japon ou des États-Unis.

Cette réciprocité doit permettre de tirer notre partenariat vers le haut et non vers le bas. Nous pensions en effet que si nous avions recours à un protectionnisme systématique, ce serait en effet négatif pour la Chine comme pour l’Europe. C’est pourquoi notre priorité est de développer les partenariats industriels structurants, notamment dans le nucléaire et dans l’aéronautique. Le succès de ces coopérations tient au fait qu’elles ont dépassé la seule relation entre le vendeur et acheteur pour mettre en place un partenariat industriel fondamental, fort et durable. Ce qui a bien réussi, en matière nucléaire et d’aéronautique, doit pouvoir nous inspirer dans de nouveaux domaines. Il s’agit, par exemple, des secteurs des énergies, des transports, de la santé, de l’environnement (eau et assainissement, notamment), de l’agro-alimentaire, des services financiers, de l’urbanisme. Les entreprises françaises possèdent des savoir-faire et des compétences uniques au monde, capables de répondre aux besoins d’une Chine qui doit gérer son développement économique, social et urbain.

Dans le même esprit, pour aller vers un partenariat renforcé, nous devons aussi développer les investissements croisés. La France est déjà une destination privilégiée pour les investisseurs internationaux. Elle commence à devenir une terre d’accueil importante pour les investisseurs chinois. Mais elle commence seulement. Nous avons 150 filiales chinoises en France, pour 9 000 salariés. Mais pour nos amis japonais, ce sont 60 000 salariés. Des exemples ont été particulièrement connus. Je pense, par exemple, au chinois Bluestar, qui a contribué à maintenir dans la région Rhône-Alpes 2000 emplois par le rachat d’une entreprise en 2006. Je tiens à dire que les investisseurs chinois sont les bienvenus dans la mesure où ils créent des emplois en France. Nous sommes prêts à prendre les mesures nécessaires pour les encourager et faciliter les investissements. Le dernier sommet UE-Chine, en février, a décidé de lancer la négociation d’un accord global sur l’investissement. La France y est favorable et souhaite qu’il touche l’ensemble des sujets d’intérêt pour les investisseurs potentiels.

Mais il ne faut pas s’arrêter aux investissements français en Chine et aux investissements chinois en France. Il faut aussi développer des coopérations entre la Chine et la France sur des pays tiers. Cela commence d’être fait, par exemple dans le domaine nucléaire. Cela pourrait être fait dans d’autres domaines. Si l’on allie technologies chinoises et technologies françaises, compétitivité des uns et des autres et capacités commerciales, on doit pouvoir ensemble conquérir de nouveaux marchés.

2) Sur le plan politique, notre partenariat global stratégique est le cadre de notre relation. Il a permis un approfondissement de nos échanges sur les grands dossiers internationaux et les défis globaux. Nous devons faire preuve de volontarisme pour que ce dialogue soit à la hauteur des enjeux. La France et la Chine, toutes deux membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, doivent coopérer pour assumer notre mission de préservation de la paix et de la stabilité mondiales. Nous sommes des membres parmi les plus actifs du G20 et des institutions financières internationales, deuxième et cinquième économies mondiales. Nous avons le devoir de travailler ensemble pour améliorer la gouvernance mondiale et favoriser une croissance équilibrée et durable.

Pour cela, nous devons mener notre dialogue à tous les niveaux et sur tous les sujets d’intérêt partagé. Je pense en particulier au renforcement du dialogue et de la coopération de terrain dans des régions telles que l’Afrique et le Moyen-Orient.

Il est d’autant plus important de conduire un dialogue régulier entre nous que, sur un certain nombre de sujets, nos approches et nos analyses peuvent être différentes. D’ailleurs il n’y a rien d’anormal à cela, car nos deux pays sont héritiers de traditions et de trajectoires de développement différentes. Mais il est essentiel, quand les difficultés se présentent, que nous puissions les aborder dans un esprit de confiance et de franchise. Dans les relations internationales, une notion très importante est celle de prévisibilité, pour éviter les à-coups.

C’est le cas par exemple jusqu’ici sur le dossier de la Syrie. Vous savez certainement qu’en Syrie il y a depuis quelques mois une répression sanguinaire du régime qui a fait près de 16 000 morts. La communauté internationale condamne cette situation insupportable et qui n’a que trop duré. Nous connaissons les préoccupations de la Chine. Nous avons pu, il y a de cela une quinzaine de jours, signer ensemble un plan de transition politique à Genève, avec les cinq membres permanents du Conseil de sécurité et quelques autres Etats. Il y a certaines préoccupations qui sont différentes de la part de nos amis chinois. Mais il est de notre responsabilité commune de ne pas rester inactifs face aux massacres en cours qui ont désormais des conséquences internationales et de tout faire, en accord avec le peuple syrien, pour qu’il puisse retrouver au plus vite la stabilité et la sécurité. Sur ce point, le dialogue entre la Chine et la France est fort important.

La maturité de notre relation doit aussi nous permettre d’aborder la question, parfois délicate, des droits de l’Homme. Notre volonté n’est pas d’imposer unilatéralement nos vues. Mais nous pensons qu’il existe des principes et des droits qui sont universels, qui ne varient pas selon les lieux ou les latitudes et qui doivent pouvoir bénéficier à chaque femme et à chaque homme partout dans le monde, en France, en Chine et ailleurs, quels que soient l’âge, l’origine, les croyances ou les convictions. C’est pourquoi la promotion des valeurs de liberté, de démocratie, de solidarité et de dignité humaine constitue un fondement de notre politique étrangère. Vous savez que c’est un héritage de la Révolution Française auquel nous sommes profondément attachés. Au fronton de tous les édifices publics en France, il y a la devise de la République : Liberté, Egalité, Fraternité. C’est constitutif de notre identité.
Ce sujet n’est en rien incompatible avec votre propre héritage. Lorsque je me réfère aux « trois principes du peuple » (démocratie, nation, justice sociale) posés par Sun Yat-Sen, père de la première révolution chinoise, je vois la filiation historique qui peut exister. Je suis confiant dans notre capacité à trouver un espace de dialogue constructif sur ce sujet.

3) Mon troisième point concerne le renforcement des liens entre nos deux sociétés civiles. C’est une grande différence avec la Chine d’il y a trente ans : grâce aux réformes, un espace social s’est développé qui ouvre la possibilité d’échanges plus directs entre nos deux peuples. C’est une des clés de l’avenir de notre relation.

En France, le nouveau Président de la République a placé la jeunesse au cœur des préoccupations et de l’action du gouvernement. Il doit naturellement en aller de même des relations entre les jeunesses de nos deux pays. Les jeunes français forment le contingent d’étudiants européens le plus nombreux avec 6 000 inscrits dans les établissements chinois, ce qui témoigne de l’intérêt de notre jeunesse pour la Chine.

Les étudiants chinois sont de plus en plus nombreux à faire le choix de la France et de son excellence universitaire. Notre pays en accueille 35 000. Notre ambition est de développer ce chiffre et d’accueillir en France d’ici 2015, 50 000 étudiants chinois, en favorisant les niveaux Master et Doctorat.

Pour cela, il nous faut travailler à renforcer la mobilité des étudiants. Il faut en particulier faciliter encore l’attribution de visas, non seulement pour les étudiants mais de manière plus générale. Le dernier chiffre des touristes chinois en France, est l’année dernière d’un million de personnes. Nous souhaitons que ce chiffre augmente. Nous souhaitons aussi pouvoir faciliter l’insertion professionnelle en France des étudiants étrangers qui ont le cursus universitaire qui le permet. Comme vous le savez, une des premières mesures du nouveau gouvernement a été de changer la réglementation sur ce point qui, avec la précédente équipe gouvernementale, était restrictive, alors qu’il s’agit, dans une vision moderne du monde, d’accueillir des étudiants en France qui deviendront ensuite nos meilleurs ambassadeurs à travers la planète. L’ancienne réglementation avait suscité un certain émoi à l’étranger. Le gouvernement favorisera au contraire votre accueil dans de bonnes conditions.

Nous devons aussi donner une nouvelle impulsion à l’enseignement du français en Chine et du chinois en France. C’est l’objectif qui a été poursuivi avec les années linguistiques croisées. Elles ont rencontré beaucoup de succès. Elles sont prolongées jusqu’à la fin de cette année.

Les structures franco-chinoises de coopération universitaire ont vu leur nombre augmenter ces dernières années, notamment dans le domaine des formations d’ingénieurs. Nous avons pris modèle sur l’exemple précurseur de l’Ecole Centrale de Pékin, dont la première promotion a été diplômée en janvier. Il y a d’autres perspectives. Je pense aux formations dispensées par l’Université de technologie sino-européenne de l’Université de Shanghai, par l’Institut sino-européen de Tianjin en aéronautique, par l’Institut franco-chinois de l’énergie nucléaire de Zhuhai et, dans le domaine des sciences humaines et sociales, par l’Institut franco-chinois de l’Université du Peuple de Chine, récemment inauguré. Nous allons continuer sur cette voie.

Je souhaite aussi que nous renforcions notre coopération dans le domaine de la recherche. Cette coopération n’a cessé de se diversifier. Elle embrasse aujourd’hui quasiment tous les domaines scientifiques : mathématiques, sciences et technologies de l’information, physique fondamentale et appliquée, énergie, environnement, chimie, biologie et médecine. Aujourd’hui il y a plus de 1 800 chercheurs des deux pays qui coopèrent au sein d’une trentaine de laboratoires conjoints, en Chine et en France. Ici à l’Université d’aéronautique et d’astronautique de Pékin, en coopération avec le groupe des écoles centrales, est né il y a deux ans un laboratoire international dédié à la mécanique, aux matériaux, au contrôle et aux sciences de l’information.

La France est une grande nation scientifique et technologique. Vous êtes une nation qui a, à cet égard, des richesses, des résultats et des perspectives immenses. Les industriels français prennent toute leur place, aux côtés de leurs partenaires chinois, dans le développement de la relation franco-chinoise du savoir et du savoir-faire. Plus de soixante sociétés françaises, grands groupes ou PME, ont choisi de conduire en Chine des activités de recherche, de développement ou d’innovation, ce qui mobilise plus de 11.000 personnes dans des domaines de pointe. Ces partenariats industriels sont à l’image de ce que doit être notre coopération au XXIème siècle.

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Mesdames, Messieurs, chers amis,

Avant de finir, je dirai un mot sur l’Europe. Beaucoup d’entre vous s’interrogent probablement sur l’avenir de l’Europe. Je sais aussi que les crises à répétition conduisent beaucoup d’observateurs, en Chine comme ailleurs, à s’interroger sur la capacité des Européens à prendre les décisions qui s’imposent.

Je pense que, depuis quelques semaines, un vent nouveau et positif souffle sur l’Europe, qui, enfin, se dote des moyens de faire face autrement à la crise. Des décisions fortes viennent d’être prises par les dirigeants européens pour apporter une réponse adéquate en termes de croissance, et aux difficultés financières que connaît actuellement l’Europe. La France a beaucoup contribué à cette décision, en mettant l’accent sur la croissance, la stabilité et la construction d’une Europe solidaire.

Mais il faut que vous compreniez qu’au-delà de ces décisions que l’Europe, un peu comme la Chine dans un autre domaine, est à un stade de réformes. L’Europe a été fondée, il y a maintenant près de soixante ans, par six pays qui étaient d’un niveau de développement égal. Nous sommes aujourd’hui vingt-sept. Nous ne pouvons fonctionner à vingt-sept de la même manière qu’à six, et il faut donc refonder cette façon de fonctionner. C’est ce que nous sommes en train de faire, ce qui devrait permettre de redonner un nouvel élan à la France et à l’Europe. Et nous savons pouvoir compter sur votre soutien car la prospérité de la Chine et celle de l’Europe, dans un monde multipolaire, sont indissociables.

La Chine, la France et l’Europe doivent travailler ensemble pour que cette interdépendance soit bénéfique pour nous tous. Je suis venu en Chine pour dire aux responsables et à la population chinoise que le gouvernement français est tout à fait prêt à ce travail en commun dans un esprit d’amitié, de construction, d’ouverture et de franchise. L’accueil que j’ai reçu de la part du gouvernement chinois, l’accueil que je reçois de vous-mêmes me rend optimiste pour la suite. Je pense qu’une nouvelle page de nos relations est en train de s’écrire. Quand deux pays de grande culture comme la Chine et la France se mettent à écrire ensemble, le résultat est nécessairement positif. Quand deux jeunesses, la jeunesse chinoise et la jeunesse française, se mettent à travailler ensemble, le résultat ne peut qu-être positif.

Je vous souhaite un excellent avenir. Je vous remercie d’avoir choisi de consacrer vos études aujourd’hui, et l’essentiel de votre carrière demain, à une activité qui rapproche la Chine et la France. Je vous souhaite le plus grand succès et je souhaite un développement de l’amitié entre la Chine et la France. Je vous remercie.

Dernière modification : 18/07/2012

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