Gazette de Changhai - 8 : Le Conseil municipal, ou quand l’élève dépasse le professeur et se fait rappeler à l’ordre

L’enfance du conseil municipal a été difficile et ce, principalement pour des raisons économiques : le retour des réfugiés chinois dans leurs foyers d’origine et l’effondrement du marché immobilier, la mauvaise santé du commerce à la sortie de la guerre, et le départ de milliers de militaires. Elle fut cependant particulièrement aggravée par les mauvaises relations avec son autorité de tutelle : le Consulat général.

JPEGTout débuta avec la construction de l’hôtel consulaire sur le bord du Huangpu (angle nord Jinling lu/Waitan).

Pour la location du terrain, le ministère des Affaires étrangères avait entamé des négociations avec le groupe Remi, établissement d’import-export installé à Changhai depuis 1849 et dont le contrat de location d’un terrain avait signé la naissance de la concession.

Autant Georges Remi était un homme désintéressé, autant son neveu et associé Edouard Schmidt qui avait repris la gérance du groupe à son départ, fut beaucoup plus âpre au gain.

Schmidt exigea pour la vente du terrain un prix dix fois supérieur à celui qu’il avait payé 15 ans auparavant, ce qui en faisait le plus cher de la ville, à 10,000 Taels le mow. Le ministère céda et accorda même le contrat de construction de l’hôtel consulaire au groupe Schmidt-Remi, avec en maigre compensation un loyer plutôt raisonnable pour la location de bâtiments abritant le personnel et la poste, respectivement à l’angle des rues du Consulat et Montauban (Jinling lu et Sichuan lu) et le long du Yang King Pang. (Yanan lu). Les services du Consulat s’y installeront en Mai 1867.

Toute l’affaire avait cependant laissé un goût fort amer dans la bouche du Consul général.

A l’époque de Montigny, le Consulat gérait toutes les affaires de la concession. L’augmentation du nombre des acquéreurs de terrain et les difficultés de gestion qui s’en suivirent avaient été en somme autant de raisons à l’origine de la création du Conseil municipal.

La délégation des pouvoirs et l’absence totale d’ingérence des assistants consulaires avaient progressivement permis à l’assemblée des propriétaires de prendre de plus en plus d’autonomie dans la gestion de la concession.

De plus, l’absentéisme d’une majorité des conseillers aux réunions du conseil, plaça même la gestion dans les mains de quelques-uns, dont le fameux Edouard Schmidt.

L’entrée en scène du nouveau Consul, le vicomte Brenier de Montmorand, allait tout bouleverser. L’homme, militaire de formation, doté d’une intelligence très vive et ayant une très haute opinion de sa fonction, ne tarda pas à entrer en conflit ouvert avec le Conseil, et plus particulièrement ses deux membres actifs, Schmidt et Meynard. Le souvenir amer de l’achat du terrain, une sombre affaire de trafic d’opium dans laquelle le consulat tarda à soutenir le plaignant, et surtout l’emprise directe du conseil sur le responsable de la police, furent autant de raisons qui aboutirent à la dissolution du conseil par Brenier et à son remplacement par une commission provisoire dont il nomma tous les membres le 12 octobre 1865.

S’en suivit une bataille d’arrière garde de l’ancien conseil qui refusa de rendre les documents relatifs aux comptes de l’exercice. Le consulat réagit en procédant à l’arrestation de Meynard et l’imposition d’une astreinte jusqu’à livraison de ceux-ci, ce qui « poussa » les anciens conseillers à se rendre enfin à la raison...

De ces évènements, le Conseil municipal de la concession internationale fit des gorges chaudes, d’autant plus qu’il désirait toujours ardemment réunir les 3 concessions en une seule et qu’à l’occasion de la confusion générale, il en profita pour exercer une pression sur le consulat et sur le gouvernement français.

Interpellé par Londres, la commission du ministère des Affaires étrangères qui participait à la rédaction des nouveaux règlements de la concession, refusa catégoriquement la fusion et accéléra ses travaux afin de donner à Brenier de Montmorand son accord sur le texte définitif.

Le 11 Juillet 1866, Brenier put enfin proposer au conseil le « Règlement
d’organisation municipale de la concession française de Changhai
 ».
Les consuls étrangers firent opposition à ces règlements sur une clause relative à la compétence des tribunaux en matière de jugement des étrangers et sur la nécessité de réciprocité et de cohérence avec les Land Regulations en vigueur dans la concession internationale. La version définitive des règlements fut ainsi publiée le 14 avril 1868 et ratifiée par les consuls anglais, américain, russe et allemand le 24 septembre 1869.

Ces règlements consacraient définitivement le rôle « délibératif » du conseil et l’emprise étroite du consul général sur les affaires de la concession. La publication du document fut suivie d’une élection des conseillers par les 160 personnes ayant le statut d’électeur et ces règlements resteront le fondement des institutions jusqu’à la fin du régime des concessions.

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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