Gazette de Changhai - 7 : Le Conseil municipal, une enfance difficile

Le 29 avril 1862, les habitants de la Concession voient apparaître un arrêté consulaire les informant de la création d’un conseil d’administration municipale composé de 5 membres en plus du Consul Général qui en assure la direction.

Celui-ci délègue néanmoins les pleins pouvoirs au conseil pour l’administration de toutes les affaires relatives à sa juridiction. Messieurs Schmidt, Buissonnet, Meynard, Maniquet et Fajard sont nommés membres du conseil. Le procès verbal de l’assemblée du 5 mai 1862 établit de fait le véritable acte de naissance de ce conseil : il commence une vie de 80 ans qui ne prendra fin que le 31 juillet 1943 à la mise en application de l’acte de rétrocession signé par le gouvernement fantoche de Wang Ching-wei à Nankin et celui de Laval à Vichy.

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La tâche du conseil est immense : les besoins d’assainissement, d’aménagements urbains et de sécurité sont énormes et les caisses sont presque vides.

Sa première tâche fut d’organiser la police qui ne comprenait que 3 cadres, 18 agents, un geôlier et un « écrivain », la plupart recrutés parmi les renégats étrangers de passage, et à peine payés…
Une nouvelle équipe de 20 personnes fut nommée, un poste de police créé à l’Est (rue du Hué, Zhejiang lu actuelle). La première expérience fut de courte durée : une équipe de corses indisciplinés et malhonnêtes recrutés par le ministère des affaires étrangères dut être renvoyée. Ils furent heureusement remplacés par des hommes intègres et cette Garde Municipale allait s’étoffer au cours des années pour atteindre, à l’aube de la deuxième guerre mondiale, plus de 3000 agents hébergés dans 6 postes de police principaux.

Sa deuxième tâche fut de nommer un collecteur d’impôts.
Les recettes venaient essentiellement des patentes, des impôts sur les restaurants et débits chinois, des fumeries d’opium et des « maisons et bateaux de filles » ainsi que des maisons de jeux qui s’étaient multipliées sur le territoire car mal tolérées sur celui de la Concession Internationale. Le premier contentieux entre le conseil et les propriétaires viendra bien sûr de l’établissement de l’impôt foncier : en effet les propriétaires virent d’un mauvais oeil la nécessité de mettre la main à la poche…
Une première valeur foncière fut donc établie empiriquement et la révision de l’impôt foncier chinois fut fait dans le cadre d’une commission mixte. La valeur foncière fera l’objet de nombreuses réévaluations au fil des années, chacune d’entre-elle faisant toujours l’objet de débats houleux au conseil…
Un arrangement fut également trouvé avec le Tao Tai de la ville chinoise afin de pouvoir collecter les impôts directement auprès des citoyens chinois résidents dans la concession, moyennant le reversement de 8% de l’impôt foncier payés par ceux-ci.

Par nécessité pour les finances de la concession, les taxes furent progressivement prélevées auprès des fabricants de meubles, des tailleurs, des fripiers, etc., si bien que quelques années plus tard, tous les métiers et entreprises firent l’objet de taxation.

Sa troisième tâche fut de nommer un inspecteur des routes, prélude à la création du service des travaux publics. Sa première initiative fut d’acheter un terrain pour la construction d’un Hôtel Municipal dont la construction commencera en juillet 1863 et s’achèvera 15 mois plus tard. Celui-ci se trouvait dans le bloc délimité par ce qui deviendra la rue du Consulat (Jinling lu), l’avenue Edouard VII (Yanan lu) et les rues Protet (Shangdong lu) et Vincent-Mathieu (Shenze lu), le tout pour la somme de 39.000 Taels (l’équivalent de 1,4 tonnes d’argent !). Le budget initial était de 45.000 Taels et la qualité s’en fera ressentir : l’hôtel de ville fut rafistolé pendant des décennies pour finalement être abattu au début des années trente pour faire place au poste de police Mallet qui existe toujours aujourd’hui (au 174, Jinling lu).

De nouvelles rues furent tracées, le quai du Huangpu fut aménagé à grands frais (37.340 Taels) et le Municipal Council de la concession Internationale fut approché afin d’aménager le Yang King Pang, ruisseau fétide et nauséabond qui marquait la frontière des deux concessions et qui ne sera finalement comblé que 52 ans plus tard !

Les affaires du conseil municipal étaient donc parties sur les chapeaux de roue mais malheureusement les nuages s’amoncelaient déjà à l’horizon….. La population chinoise qui avait augmenté de manière vertigineuse à l’occasion des troubles, fut considérablement réduite après la victoire de Gordon à Soochow (Suzhou). Le recensement de 1865 fit état de 55.465 chinois et de 460 étrangers, dont 259 français. Deux ans auparavant, les Chinois étaient plus de 80.000 et leur départ laissait des maisons, des quartiers entiers vides…
Les mauvaises nouvelles venaient aussi du commerce qui ne se portait pas aussi bien depuis deux ans, à l’exception notoire de celui de l’opium…
Et pour couronner le tout, les sujets de désaccord entre l’administration et l’autorité consulaire commençaient à se multiplier…

L’administration de la municipalité a donc connu une genèse pavée de bonnes intentions et d’enthousiasme, le tout orchestré par des hommes intelligents et de bonne volonté, et dont les épreuves à venir vont consolider l’autorité et la compétence.

Dans l’article suivant nous verrons comment, quand « l’élève dépasse le professeur », les choses se compliquent...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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