Gazette de Changhai - 6 : Après les troubles, la Concession essuie ses plaies et s’organise

Les concessions étrangères n’avaient pas attendu la fin des troubles pour commencer à s’organiser et développer des infrastructures qui allaient petit à petit faire de ce qui ressemblait à un campement, une ville de renom. La fin des troubles va cependant donner, surtout du côté français, une impulsion aux initiatives du consul général et des propriétaires pour organiser leur implantation et surtout se prémunir contre de tels dangers.

Dès 1856, les premiers travaux d’aménagement verront le jour avec notamment la construction du pont sur le Yang King Pang (la Yanan lu actuelle) reliant la concession française à sa soeur anglaise, celle d’un hôpital pour européens et l’aménagement des premières rues.
La même année, le consul Edan créa le premier embryon de ce qui deviendra la police française, et plus tard la « Garde Municipale ». De quatre au départ, le nombre de policiers passera bientôt à 6, puis à 23 quatre ans plus tard.
1856 verra aussi la création du premier tribunal de police présidé par le chancelier du consulat et dont le rôle était de juger les forfaits en remettant les délinquants aux autorités chinoises ou en leur imposant une amende.

L’afflux de population et la frénésie de construction pour les loger aura pour effet de rendre la concession trop exigüe et poussera le consul à demander une première extension de la zone sous son contrôle. L’occasion de le faire lui sera donnée à la suite de l’engagement pris par le gouvernement français d’allouer un terrain de 2 hectares le long du Huangpu aux Messageries Impériales (futures Messageries Maritimes) dont le rôle fut moteur lors de l’expédition militaire à Pékin en 1860. C’est avec l’appui de la légation de France que le 19 avril 1861 la première extension de la concession fut acceptée par les autorités chinoises. Elles concédaient à la France l’addition d’un front de rivière de 650 mètres et d’une superficie de 59 hectares.

La guerre contre les Taipings avait causé beaucoup de dégâts tout autour de Shanghai, laissant d’une part une région sinistrée mais d’autre part une zone importante libre de toute habitation.
De plus, les travaux de défense de la ville avaient conduit les troupes françaises à creuser un fossé et une route vers Zi KaWei (Xu Jia Hui) afin de leur faciliter la tâche d’assistance à la garnison postée à la mission jésuite du Kiangnan.

Tout ceci conduira les propriétaires étrangers à faire affluer au consulat les demandes de terrains afin de prolonger leur implantation vers l’Ouest.
Entre 1860 et 1865, la zone construite s’étendra de la 1ère rue (qui deviendra rue Montauban, puis Sichuan lu) jusqu’à la rue Impériale (qui allait devenir la rue de la porte du Nord) pour atteindre progressivement Frontier road (qui deviendra boulevard Montigny, puis Tibet road).1861 verra aussi la construction de l’église Saint Joseph et sa consécration par le général Cousin Montauban, chef du corps expéditionnaire français et Madame de Bourboulon, épouse du Ministre.

Eglise Saint Joseph - JPEG

En Mars 1862, les deux concessions anglaise et américaine décident de s’unir pour former ce qui va désormais s’appeler l’« International Settlement ». Le consul de France est invité à rejoindre l’ensemble par souci de cohérence. Or celui-ci ne l’entendait pas du tout de cette oreille et avait d’ailleurs soumis au Ministre de France une proposition de constitution d’un conseil municipal purement français, proposition qui venait d’être acceptée.
En réponse aux demandes pressantes du consul de Grande Bretagne Medhurst, Edan va donc pouvoir opposer une fin de non recevoir et lui déclarer que les affaires de « sa » concession seront gérées par « son » conseil municipal.

Le 29 avril de la même année, le consul convoque le premier Conseil
Municipal. Il sera formé de 5 propriétaires éminents de la concession et présidé par lui-même. La tâche donné au conseil sera de « régler et administrer toutes les affaires relatives à sa juridiction, en veillant au bon ordre, à la salubrité et au bien être public… ».

La population étrangère est alors de 100 personnes. 9 maisons de commerce françaises y sont représentées ainsi que 8 maisons étrangères.
Les trois plus grosses affaires sont Le Comptoir d’escompte de Paris, la Maison de commerce Remi & Schmidt ainsi que le négociant en soies Chartron-Brisson & Cie.

Cet aréopage de 6 personnes va donc s’atteler à construire toute une organisation, gérer toute une ville et superviser une population de bientôt plusieurs centaines de milliers de chinois et étrangers dont la discipline et le civisme leur donneront beaucoup de fil à retordre.

Mais la description des premières années d’existence du Conseil Municipal feront l’objet de l’article suivant...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

Haut de page