Gazette de Changhai - 41 : Changhai revoit la guerre à sa porte

Alors que le Dr Sun Yat Sen activait ses reformes à Canton et rassemblait une armée dans le sud, au nord la situation était pour le moins confuse au fil des revirements d’alliances. Quoique les batailles se fussent concentrées au nord, le bruit du canon se fit de nouveau entendre à Changhai suite à l’apparition d’un nouveau venu, Sun Chuangfang, et d’une cohorte de généraux félons.

Un écheveau d’alliances mouvantes

Duan Qirui, un militaire nommé premier ministre à Pékin en 1916, contrôlait l’armée du nord à la mort de Yuan Shi Kai en 1917.

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Zhang Zuolin

Il parvint alors à convaincre un groupe de parlementaires et de chefs militaires de former l’armée « Anfu », laquelle contrôlait seulement la ville de Pékin, pendant que ses opposants formaient le « groupe de Zhili  », occupant pour sa part le Hebei et le Hunan. Les menaces venaient pour lui de partout : le Docteur Sun Yat Sen contrôlait le Guangdong et le sud de la Chine, le général Zhang Zuolin régnait sur la Mandchourie, et le général chrétien Feng Xuxiang contrôlait le Shaanxi et ses riches gisements de charbon. Duan Qiri confia à Xu Shusheng (« little Xu ») le commandement des troupes, surnommées « Armée nationale de pacification ».

En 1920, Zhang Zuolin prit fait et cause pour le groupe de Zhili. Le 19 juillet, Duan Qiri démissionna et les troupes de Mandchourie et Zhili pénétrèrent dans Pékin. Cependant des frictions apparurent très vite entre Zhang et ses comparses.

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Wu Peifu

Les troupes du Zhili, stationnées principalement dans le Hebei et au Hunan, étaient commandées par Wu Peifu, militaire de carrière, homme ascète, très entier (peu enclin au machiavélisme politicard de Pékin), démocrate (pourvu que ce soit dans son sens) et impitoyable.

En avril 1922, Zhang Zuolin avança ses troupes jusqu’à Shanhaiguan mais Wu Peifu, avec le concours de Feng Yuxiang, les repoussa vers le nord et conforta ses positions à Luoyang.

A l’est, la situation s’envenime

Plus à l’est, la situation était jusque là plus claire. Les provinces du Jiangsu et du Zhejiang étaient dirigées par les « Dujun », sorte de gouverneurs militaires, et la situation était plutôt calme.

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Sun Chuangfang

Ceci fut vrai jusqu’au moment où Sun Chuangfang, un militaire commandant les troupes du Fujian, se mis dans l’idée d’agrandir le domaine qu’il contrôlait.

Sun était originaire du Shandong et avait été diplômé de l’académie militaire de Baoding en 1906 avant de compléter ses études au Japon. Dans le courant de l’année 1920, il fut remarqué par Wu Peifu qui le nomma au Fujian.

Sun profita de son séjour dans le sud pour tisser des relations avec les puissances occidentales à Shanghai. Fort du soutien apparent de ses nouveaux amis, il se mit en tête de mettre la main sur tout l’est de la Chine.

Depuis août 1923, un accord tacite avait été conclu entre d’un coté les généraux Lu Yung Tsiang, responsable de la réorganisation militaire du Zhejiang et Ho Feng Ling, gouverneur militaire de Shanghai et Songliang, et de l’autre Chi Hsieh Yuan, gouverneur du Jiangsu. Cet accord consacrait une trêve entre les deux provinces. Deux événements vinrent perturber ce calme tout relatif :

  • en novembre 1923, le chef de la police de la ville chinoise de Changhai, Xu Guoliang fut assassiné en plein jour sur le boulevard Edouard VII, et les autorités du Zhejiang prirent immédiatement l’initiative de le remplacer par un homme à eux.
  • D’autre part, deux généraux félons chassés du Fujian par Sun Chuangfang s’étaient réfugiés au Zhejiang, dont les autorités provinciales refusaient de les livrer malgré les injonctions de Wu Peifu. Celui-ci ordonna alors aux troupes du Jiangsu d’attaquer l’armée du Zhejiang sur le front qu’elles occupaient à l’ouest de Changhai.
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    Troupes de Wu Peifu

Malgré une résistance héroïque, les troupes du Zhejiang furent vite déroutées par celles de Chi Hsieh Yuan, épaulé par des supplétifs de l’armée du Hunan/Hubei et des troupes de Sun Chuangfang.

Les généraux Lu Yung Tsiang et Ho Feng Ling s’enfuirent au Japon : privées de leurs chefs, les troupes du Zhejiang se rendirent. Le 14 octobre 1924 les troupes du Hunan/Hubei atteignirent la gare du Nord de Changhai et occupèrent également l’arsenal du Kiangnan.

Sur ces entrefaits, « little Xu » l’ancien homme lige de Wu Peifu à Pékin, entra dans Changhai afin d’essayer de réorganiser les troupes du Zhejiang. Il y fut arrêté par les autorités municipales de la concession internationale, sur la base d’un édit de 1921 proscrivant l’entrée de militaires sur le territoire des concessions à des fins belliqueuses.

En décembre, un des généraux du Zhejiang qui avait fui au Japon, revint à Changhai pour y reprendre l’offensive contre les troupes de Sun Chuangfang qui s’était entretemps proclamé gouverneur de la province. Cette aventure n’eut pas de lendemain et c’est un total de 2.500 hommes qui vinrent se réfugier dans les deux concessions après avoir été désarmés par la Garde municipale d’un côté et les « Shanghai Volunteers  » de l’autre.

Pendant tous ces événements et la confusion qui en avait suivi, les deux conseils municipaux avaient en effet mobilisé tous les volontaires et des renforts des troupes de marine avaient été débarquées en support. L’avenir montrera que ces troubles furent les premiers d’une longue série qui allait se poursuivre pendant trois ans...

En effet, ces combats d’influence allaient laisser place à des mouvements sociaux dont l’envergure prendra une échelle jamais atteinte jusque là. Mais c’est ce que nous verrons dans un prochain article...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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