Gazette de Changhai - 30 : Un pays en ébullition

Alors que le docteur Sun Yat Sen était expulsé de Singapour, l’intérieur de la Chine connaissait une multiplication d’insurrections, qui conduisirent à la révolution de 1911. Sun Yat Sen débarqua à Shanghai le 24 décembre 1911 où il reçut un accueil triomphal. C’est à Nankin qu’il fut élu, le 29 décembre 1911, Président provisoire de la première République chinoise...

Alors que le docteur Sun Yat Sen était expulsé de Singapour, l’intérieur de la Chine connaissait une multiplication d’insurrections. Elles étaient principalement le résultat d’un déséquilibre croissant entre les prébendés du régime, les corrompus d’un coté, et l’intelligentsia, les bourgeois des villes et le milieu populaire de l’autre. Après une série de onze soulèvements, aussi bien dans le Nord que dans le Sud du pays, un décret de l’État nationalisant les chemins de fer du haut Yang Tsé mit le feu aux poudres et poussa le mouvement révolutionnaire à vaincre la garnison de Wuchang. Ceci constitua les prémices de la révolte générale qui aboutit à l’effondrement du régime impérial et à la création de la République de Chine.

Des séries d’insurrections

Une première série d’insurrections éclata dans le Sud entre juin et septembre 1907, fomentées par les disciples de Sun Yat Sen, mais elles échouèrent. Celle de Kouang Tcheou Wan (Zhangjiang) en particulier aurait dû être soutenue par la France sous la forme de livraisons d’armes qui n’arrivèrent jamais. Une deuxième série d’insurrections et d’actions armées se déroula en 1908 dans le Yunnan, aux confins du Tonkin mais sans résultat probant. L’une d’elles fut d’ailleurs dirigée par Sun Yat Sen lui-même en novembre 1907. Une troisième série d’actions,eut lieu dans la banlieue de Canton où Houang Hing réussit à fomenter la révolte d’une garnison entière de la « Nouvelle Armée » créée par les impériaux. Mais c’est au centre du pays, sur les bords du Yang Tsé, que le feu prit pour de bon.

La région avait déjà connu plusieurs mutineries, toutes noyées dans le sang par les notables, les propriétaires fonciers et les fonctionnaires locaux, dirigés alors par un personnage qui allait jouer un rôle capital dès les premiers jours de la République : Yuan Shi Kai. JPEG
Né en 1859 dans le Hunan, il fit sa carrière militaire dans l’armée Qing et participa à la formation de l’armée coréenne en 1885. Lors de la guerre sino-japonaise pour le contrôle de la péninsule coréenne, il y commanda les troupes impériales. En 1898, il contribua de manière implicite à la reprise en main de l’État par l’impératrice douairière Tseu Hi. C’est également lui qui contribua à l’écrasement des Boxers et qui créa l’Armée du Nord (« Beiyang »). Cependant, en 1909, il fut démis de ses fonctions par Zai Feng, le régent de la Cour, et conserva une certaine rancœur contre les dignitaires mandchous.

En province, grâce au soutien des chambres de commerce locales et aux « associations d’éducation », les notables avaient réussi à créer des Assemblées provinciales, sortes de tribunes à partir desquelles ils pouvaient exprimer leurs griefs. C’est en octobre 1910, sous la pression de ces assemblées, que fut créée à Pékin l’Assemblée Nationale. Ses pouvoirs étaient cependant inexistants puisque seul un cabinet contrôlé par les dignitaires mandchous disposait des leviers d’action. Cependant, ce fut l’affaire dite des « chemins de fer du Haut Yang Tsé » qui rallia véritablement le plus grand nombre de mécontents et consacra l’omnipotence des notables locaux.
Tout démarra au printemps 1911. Le capital marchand de Chine du Sud finança la construction de voies de chemin de fer reliant le Sichuan à la ligne Hankow – Canton. Au même moment, un consortium franco-anglo-américano-japonais accorda un prêt au gouvernement chinois de 10 millions de livres et 10 millions de dollars pour la construction de chemins de fer, sans obligation d’octroi de concessions d’exploitation. Le 13 mai 1911, l’État décida de nationaliser tous les chemins de fer privés et provinciaux du Sud de la Chine. Ceci devait constituer un avant-goût de la nationalisation des concessions d’exploitation étrangères pour lesquelles l’État n’avait pas encore les moyens. Se forme alors dans le Sud de la Chine un « Club pour la protection des voies ferrées », qui dès sa création organisa des manifestations publiques et alimenta même une révolte au Sichuan en août 1911.

A Wuchang (Wuhan), cœur politique et militaire du centre de la Chine, centre industriel vital (complexe industriel de Hanyang) et établissement européen important (Hankow), le mouvement révolutionnaire du Tong Meng Houei organisa une révolte et fit fuir le commandant militaire de la place.
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A la suite de cette victoire, et compte tenu du climat tendu dans tout le Sud de la Chine, l’insurrection fit très vite tâche d’huile. A Shanghai, une mutinerie des ouvriers et des coolies vit même le jour. Fin octobre, les deux tiers du pays soutenaient le mouvement. Le 27 octobre, Yuan Shi Kai fut nommé commandant en chef des armées impériales et un mois plus tard, les troupes loyalistes reprirent le contrôle du complexe industriel de Hanyang. Les révolutionnaires, quant à eux, s’emparèrent de Nankin : la partie la plus peuplée de la Chine étant désormais entre leurs mains.

Durant cette période, le docteur Sun Yat Sen était aux États-Unis. Bien qu’il dise plus tard que les événements de Wuchang aient été un succès « accidentel », il accepta néanmoins de revenir pour diriger le mouvement, ayant auparavant assuré les capitales occidentales de son intention de respecter les traités signés.

Après avoir été accueilli en héros à Singapour et à Hong Kong, Sun Yat Sen débarqua à Shanghai le 24 décembre 1911 où il reçut un accueil triomphal.
À Nankin fut réunie une assemblée de représentants des comités révolutionnaires, qui prit le nom d’Assemblée nationale. Le 29 décembre, ils élirent le docteur Sun Yat Sen Président provisoire de la première République chinoise. Le premier cabinet fut formé le 3 janvier 1912.

La République chinoise était née, mais elle allait devoir compter avec le puissant Yuan Shi Kai, qui commandait l’armée du Nord et contrôlait la capitale.

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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