Gazette de Changhai - 3 : Les premières années de la Concession française

C’est au cours de l’année 1849 que Charles de Montigny s’installe avec sa famille dans les locaux de la rue Montauban (Sichuan lu), à 200 mètres de ce qui deviendra le futur hôtel consulaire et qui ne fut construit qu’en 1866, soit bien des années plus tard.

JPEGCharles de Montigny est un homme énergique, intègre et plein d’imagination. Après avoir sécurisé l’existence même de la Concession française, le Consul va concentrer ses efforts sur l’œuvre économique.

N’ayant ni le personnel ni les compétences pour décider entreprises françaises et clients chinois de commercer ensemble, il lui viendra l’idée géniale de faire appel aux religieux. Il écrira aux 16 évêques catholiques répartis dans les 18 provinces de Chine, pour leur demander de mobiliser prêtres et chrétiens chinois afin de battre la campagne et récolter des échantillons de tout ce qui se vend, s’achète ou se consomme dans leurs diocèses. Arriveront alors à Changhai de tout l’Empire, des produits les plus variés, des matières premières, des spécimens d’étoffes, des outils, des plantes, des animaux.... Tous ces produits, accompagnés de renseignements sur leurs prix et leurs qualités, seront expédiés en France par Montigny.

Partiront de Changhai étoffes du Chekiang (Zhejiang), soies, cires, et poils de chèvre de Mandchourie, huiles et vernis, tabac, chanvre, indigo, quincaillerie, arbres à suif, 200 oiseaux du Jiangsu, ...

Les négociants anglais, qui achemineront ces produits, n’en reviendront pas ! Dans la même logique, Montigny distribuera aux diocèses quantité d’échantillons de tissus français, afin de trouver en leurs terres des clients chinois intéressés.

Parallèlement, afin de faciliter leur action d’évangélisation, Montigny prit l’initiative de faire délivrer à tous les religieux un laissez-passer leur permettant de circuler dans toute la Chine sous la haute protection de la France. Son modèle fut utilisé jusqu’à la seconde guerre mondiale.

Pour ses activités consulaires, Charles de Montigny voyage par monts et par vaux, presque chaque fois au péril de sa vie. Il a en effet ouvert le consulat de Ningpo (Ningbo) où il se rend de nombreuses fois pour voler au secours des catholiques installés dans la région. Par la voie de terre, il manque de se faire piétiner par un rassemblement de plusieurs centaines d’autochtones lors du retour d’une de ses visites au Taotai de Ningpo. Par la voie maritime, les lorchas sur lesquelles il s’embarque avec son fidèle traducteur le comte Kleczkowski sont attaquées à de nombreuses reprises par les pirates. Rien ne le découragera, et il ira jusqu’à monter et diriger lui-même une expédition pour sauver l’équipage français d’une baleinière, retenu prisonnier en Corée.

A Shanghai, il fait respecter les intérêts français en intervenant énergiquement chaque fois qu’ils sont menacés : il fait même mettre la canque au commercant le plus influent de la place qui avait détroussé son commis. Dans le même temps, il fait preuve de générosité envers les nécessiteux, les victimes des inondations, de famines ou des rebelles, et ce alors qu’il est lui même la proie de terribles soucis financiers et souffre de crises d’asthme chroniques.

Son dynamisme et ses initiatives ne seront toutefois que très peu appréciés par Forth Rouen, ministre de France à Pékin et ce n’est qu’à l’arrivée de son successeur, Alphonse de Bourboulon, que seront enfin reconnues ses grandes qualités.

Charles de Montigny quittera une première fois Changhai en juin 1853 pour revenir 4 ans plus tard, années durant lesquelles de terribles événements secoueront la Concession.

Prochain article : la première révolte des Taipings et les misères de la Concession française.

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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