Gazette de Changhai - 29 : Le pensionnaire de la rue Molière

Shanghai a accueilli de nombreux révolutionnaires. Parmi eux, le « père de la révolution chinoise », Sun Yat Sen, dont l’influence donnera au mouvement révolutionnaire toute sa légitimité.

Ce qui fut appelé la première révolution chinoise trouva sa genèse non seulement dans le climat politico-économique du début vingtième, mais également dans l’action d’un homme aux idées novatrices, dont l’influence et les appuis fourniront au mouvement révolutionnaire toute sa légitimité. Cet homme, le Docteur Sun Yat Sen, quoique originaire de Canton et éduqué à Hong Kong, venait chercher refuge à Changhai dans une maison donnée par un de ses adeptes et sise au 29, rue Molière.
C’est l’histoire de cet homme et des premiers soubresauts de la révolution chinoise que nous partagerons avec vous tout au long des prochains articles.

  • Chapitre 29 : le pensionnaire de la rue Molière

Un sudiste aux idées novatrices

JPEGSun Yat Sen (Zhong Zhan en mandarin) est né le 12 novembre 1866 à Choy Hung, dans la province du Guangdong.
Le frère aîné de Sun, Ah Mei, vivait à Honolulu où il y cultivait le riz et menait une vie confortable. Ah Mei fit venir Sun à Hawaii alors qu’il avait à peine 13 ans et l’inscrivit dans une école anglaise dirigée par un prêtre anglican. Dès la sortie de l‘école, il l’envoya au Queens college de Hong Kong pour y poursuivre ses études.
Sun revint à Canton pour y entamer des études de médecine à l’hôpital de la mission américaine, puis retourna à Hong Kong où il les terminera à l’Alice Memorial Hospital.
Sun était avide de connaissances, et par là même mesurait le retard qu’avait accumulé la Chine dans la maîtrise des sciences modernes.
Dès 1893 Sun milite dans les milieux révolutionnaires et revient à Canton pour y rencontrer des adeptes.
En 1894, il forme le mouvement révolutionnaire Xing Zhong Hui (Association JPEG pour le redressement de la Chine) et obtient le soutien de Charlie Song (Sun Yaojou), riche commerçant méthodiste de Changhai.
Sun Yat Sen organise un premier soulèvement à Canton et son groupe de sympathisants tente d’en prendre le Yamen. Ce fut un échec et non seulement plus de 70 conspirateurs furent arrêtés et exécutés, mais le Docteur Sun fut recherché par les services de la police impériale. Le docteur fuit au Japon, puis de là, aux Etats-Unis, et en septembre 1896 il s’embarque enfin pour l’Angleterre où il va chercher un soutien financier pour son mouvement.
C’est là où un mois plus tard la police impériale tente de le retenir prisonnier dans la légation de Chine, mais il fut libéré grâce à un de ses amis qui alerta la presse.
Sun resta 2 ans en Europe puis vint s’installer au Japon où il se lia aux mouvements pan asiatiques japonais, fine fleur du militarisme nippon, dirigé par le sinistre Myazaki Torazo..
L’antimonarchisme gagnait des adeptes dans la diaspora chinoise, mais le mouvement de Sun Yat Sen rencontra de la concurrence parmi les chinois émigrés à Tokyo.
Un certain Pao Houang Houei, allié à l’écrivain Liang Ki Tchao avait formé un mouvement monarchiste réformiste qui s’élevait contre les thèses républicaines du docteur Sun.
Celui-ci voyagera beaucoup en Europe et aux Etats-Unis pour plaider sa cause, il ira aussi en Indochine en 1902-1903 afin de chercher appuis auprès des autorités coloniales françaises qui cherchaient à étendre leur sphère d’influence aux provinces du sud de la Chine.

Mais c’est à Bruxelles que le docteur Sun présenta pour la première fois les trois principes de sa doctrine : « indépendance du peuple, souveraineté du peuple et bien-être du peuple ».
Ces principes s’appuyaient sur une structure de contrôle de l’état par 5 pouvoirs : législatif, exécutif, judiciaire, contrôle de la régularité constitutionnelle et examen (recrutement des agents des services publics).
Le plan d’action était simple : 1. Prise de pouvoir et réformes urgentes en 3 ans, 2. tutelle provisoire de l’état pendant 6 ans, 3. Etablissement de la république chinoise.

JPEGEn 1905, Sun crée un nouveau parti politique, le Tong Meng Hui : la Ligue de l’Union sacrée. Il est rejoint par Houang Hing, révolutionnaire de la première heure qui avait organisé un soulèvement dans la région du Yang Tsé deux ans auparavant et qui s’était lui aussi réfugié à Tokyo.
Sun trouvait en lui le soutien d’une autre région de Chine, ce qui s’avèrera fort utile par la suite.
En 1906, le mouvement du docteur Sun commencera la publication du « Ming Bao », la « gazette du peuple » et établira une vraie osmose avec les sociétés secrètes du sud de la Chine.
L’année suivante, le gouvernement japonais expulsa les mouvements révolutionnaires chinois de son territoire et Sun se retrouva à Hanoi chez ses protecteurs de la DST.

Le gouvernement chinois fera pression sur la France pour qu’il soit expulsé et le docteur Sun continuera son action révolutionnaire depuis Singapour.

Le futur pensionnaire de la rue Molière militera pour une révolution en Chine. Les insurrections qui conduiront à l’instauration de la première république chinoise seront cependant le fait d’autres groupes révolutionnaires. C’est leur déroulement que nous verrons dans un article suivant...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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