Gazette de Changhai - 24 : La guerre russo-japonaise : première défaite des Occidentaux face à la puissance montante du Soleil Levant

Grâce au dynamisme de la dynastie Meiji, et face à un empire chinois déliquescent, le pays du Soleil Levant devient une véritable puissance industrielle et militaire. L’influence des Russes en Mandchourie porte ombrage aux velléités d’expansion des Japonais. La guerre entre ces deux puissances apporte la confirmation de la puissance naissante du Japon, mais surtout l’intensification de ses activités commerciales et industrielles sur tout le continent chinois.

Grâce au dynamisme de la dynastie Meiji, et face à un empire chinois déliquescent, le pays du Soleil Levant devient une véritable puissance industrielle et militaire. L’influence des Russes en Mandchourie porte ombrage aux velléités d’expansion des Japonais. La guerre entre ces deux puissances apporte la confirmation de la puissance naissante du Japon, mais surtout l’intensification de ses activités commerciales et industrielles sur tout le continent chinois.

Un pays fermé dont l’éveil au modernisme a été rapide et efficace

Le Japon était complètement fermé au commerce international jusqu’en juillet 1653, période à laquelle le commodore Matthew C.Perry débarqua avec une lettre du président des Etats-Unis à l’attention de l’empereur du Japon. Dès sa deuxième visite, avec 27 navires livrant par caisses entières le dernier cri de la technologie occidentale, les Japonais comprirent immédiatement l’intérêt qu‘ils avaient à moderniser leur pays à marche forcée.

Cette modernisation trouva sont élan à partir de 1867 (avènement de la dynastie Meiji), après une guerre fratricide qui vit les samouraïs pro-occidentaux prendre le dessus sur les forces conservatrices. Le jeune empereur Mutsuhito adopta avec enthousiasme les techniques occidentales et créa un système bancaire moderne afin de financer son développement industriel. Très vite les techniciens japonais envoyés en formation dans tous les coins du monde prirent la relève de l’aide occidentale.

Parallèlement à cette mutation impressionnante, le Japon se dota d’une puissante armée et d’une flotte de guerre dont les marins furent entraînés par les Anglais. Le service militaire devint obligatoire dès janvier 1873 et le Japon se lança dans des initiatives diplomatiques afin de consolider l’intégrité de son territoire. Ils annexèrent les îles Bonin et Riou-Kiou et procédèrent à l’échange du sud de Sakhaline pour les îles Kourile.

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Très vite malheureusement, la volonté initiale d’établir un glacis protecteur, se transforma en velléité d’expansion. La Corée qui pointe sa botte vers le Japon fut pressentie comme devant être neutralisée. A la fin du XIXème, la Corée subit une ouverture forcée, à l’instar de la Chine 40 ans plus tôt. Les Japonais placèrent le couple royal coréen « sous leur protection ». La Chine, (voir les précédents articles), entendit alors réaffirmer la suzeraineté de la Corée et au printemps 1894 éclata la première guerre sino-japonaise qui se termina par le traité humiliant de Shimonoseki du 17 avril 1895.

Le Japon pris définitivement pied en Corée : les « nains » - comme les appelait l’impératrice Tseu-hi – se rapprochaient alors dangereusement de l’ours russe qui « couvant » la Mandchourie de sa patte protectrice…..

Un train du bout du monde, fer de lance de l’influence russe en Mandchourie

Le tsar Alexandre II avait très vite conclu que la défaite de Crimée était due à l’impossibilité d’amener des troupes à la rescousse de Sébastopol, en raison de l’absence de chemin de fer. De plus, son immense pays avec 50 ethnies de langues différentes et des velléités occasionnelles de révolte, devait impérativement se doter d’un système de transport efficace permettant à Moscou d’acheminer rapidement des troupes pour rétablir l’ordre ou défendre ses frontières.

Ce projet vit le jour dès le milieu du XIXème siècle grâce aux fameux emprunts russes auxquels avaient principalement souscrit les Français. De 994 km de voies en 1852, le réseau s’étend à 18000 km en 1874, 31000 en 1894 et 58000 à l’aube du XXème siècle ! Parallèlement à la construction de ce réseau, une industrie sidérurgique et minière florissante se développe.

La Sibérie resta cependant à l’écart de ce développement. Cette région renfermant des richesses naturelles considérables et le port de sa pointe Est resta désespéramment isolée de la mère patrie. En juillet 1891 fut posée la première pierre de ce qui allait devenir le fameux transsibérien. Soldats, déportés, forçats chinois et japonais furent mobilisés pour sa construction, au total plus de 70000 ouvriers. Elle s’acheva en 1899 et fut l’objet d’un effort de promotion colossal. Cependant elle avait été construite sans grands moyens : le ballast n’avait pas partout la bonne épaisseur et seuls les grands ponts étaient en métal. De plus, le contournement du lac Baïkal avait été ajourné et remplacé par une traversée en ferries de capacité insuffisante, à tel point que lors des hostilités avec le Japon, les troupes de renfort durent faire les 46 km à pied sur le lac gelé….

En 1899, les Russes négocièrent avec la Chine une extension de la ligne à travers la Mandchourie afin de relier la mer à Dalny (Dalian) via Harbin et Moukden (Changchun). Lors de la révolte des Boxers à l’été 1900, 960 km de cette ligne furent détruits. Aussi la Russie envoya un contingent de 100000 hommes prendre position tout au long de la ligne et arracha aux Chinois un accord les autorisant à occuper Moukden. Ceci provoqua bien sûr un lever de boucliers du côté européen et japonais.

La Russie fit marche arrière mais négocia finement l’attribution d’une zone d’influence dans toute la Mandchourie et le développement de sa base navale de Port Arthur (Lushun), en entérinant le droit de regard du Japon sur la Corée.

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Cependant, la haine de Nicolas II pour les Japonais, les tentatives d’expansion d’une gigantesque exploitation forestière le long de la rivière Yalou qui sépare la Corée de la Chine, le refus de retirer ses troupes de Mandchourie et enfin le renforcement de sa flotte en Extrême-Orient furent autant d’éléments qui incitèrent le Japon à dresser contre les Russes toute la communauté internationale.

Une issue inéluctable : la guerre

En Octobre 1903 les Japonais firent une proposition d’accord à Moscou qui fut rejetée.

La Russie, sentant la pression, développa des plans militaires de caractère strictement défensif : les fortifications de Port Arthur afin d’y protéger sa flotte et la constitution d’un front sur la rivière Yalou.

Un ultime effort de conciliation fut tenté par le Japon en janvier 1904.
Les forces en présence étaient à l’avantage des Russes : 1,3 million contre quelques centaines de milliers et la totalité de la flotte mobilisable deux fois plus grande. Le 5 Février, l’amiral Togo qui dirigeait les forces japonaises, donna l’ordre de débarquer à Sassébo en Corée et d’avancer vers le fleuve Yalou. Le 8 février les torpilleurs japonais attaquèrent la flotte russe réfugiée dans la baie de Port Arthur.

La guerre se déroula presque sans discontinuité jusqu’à la reddition des Russes le 5 septembre 1905 à la signature du traité de Portsmouth, patronné par les Etats-Unis.

Cette guerre fit 156.000 morts (85.000 du côté russe et 71.000 du côté japonais) et plus de 280.000 blessés.

Epilogue

Les raisons de la défaite russe feront l’objet de débats sans fin : désorganisation, sous- estimation grossière de la puissance militaire du Japon, mobilisation tardive de la flotte stationnée en mer Baltique, mésentente entre officiers et soldats, incompétence du commandement, acheminement difficile des renforts par le transsibérien… Le fait était que pour la première fois dans l’histoire, une nation asiatique avait infligé une défaite cuisante à une puissance occidentale.

Non seulement le Japon récupérait la moitié de l’île de Sakhaline et un protectorat sans partage sur la Corée, mais montrait également pour la première fois la domination d’une nation asiatique. Ceci eut un effet psychologique immédiat dans la région et fut à l’origine des premiers mouvements de révolte en Inde (1906-1907) et en Indochine (1908).

A l’instar de l’agressivité de ses militaires, les entreprises japonaises vont dès lors devenir les promoteurs d’une activité commerciale et industrielle très dynamique dans toute la Chine...

Mais pour l’heure, nous reviendrons à Changhai pour y découvrir une des initiatives visant à faire face à ce développement effréné : le tramway.

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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