Gazette de Changhai - 23 : L’activité commerciale et industrielle au tournant du siècle

Parallèlement aux initiatives en matière d’éducation, l’activité commerciale de la ville poursuivait son élan et la fin du siècle verra se développer une activité industrielle. Le dynamisme commercial et industriel fut favorisé par le développement d’un port qui petit à petit se plaça parmi les plus grands ports du monde et permit de faire de Changhai cette métropole rayonnante de l’Est de la Chine.

Un traité déclenche la ruée vers l’industrialisation

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C’est le traité de Shimonoseki de 1895 qui définit les bases de l’implantation industrielle étrangère en Chine. Jusqu’alors les activités productives étaient réservées aux Chinois qui à travers quelques initiatives heureuses, avaient crée un embryon d’industrie dans la région.

De ces entreprises publiques chinoises, la plus fameuse fut sans conteste l’arsenal de Kiangnan, crée en 1865 grâce aux revenus de la douane, et qui produisait des armements, des munitions et des petites canonnières. La santé financière de l’arsenal souffrit cependant très vite de l’incurie et des prébendes des officiels qui présidaient à sa destinée.

Li Hung-chang (Hongzhang), grand artisan du développement industriel de Changhai et fondateur de la première société chinoise de navigation maritime, créa en 1889 la première filature de coton, la « Foreign Cloth Factory ». Malheureusement après 3 ans, l’usine partit en fumée. L’initiative fut cependant suivie par d’autres, comme celle de la « Modern spinning and weaving factory » crée en 1880, ainsi que la “Hwa Shen Cotton Mill », 14 ans plus tard.

L’ouverture du marché aux étrangers vit bien évidemment les grandes maisons de commerce se ruer dans la brèche. Ainsi des sociétés comme Jardine & Matheson et Karberg & Co, qui étaient négociants en coton, investirent dans des filatures et créèrent des noms fameux comme « Ewo », « Laou Kung Mow » et « Shui Kee » installés sur la rive Nord du Whampoo. Les Japonais mirent peu de temps à les suivre et en 1900, 10 filatures et tissages de coton étaient en place, dont la moitié appartenaient à des étrangers.

Les filatures de soies suivront, avec 25 usines en 1900, dont 20 dans des mains étrangères et qui totalisaient 500 000 broches.

Verront ensuite le jour des usines chimiques, dont la première créée en 1875 par les frères Major, puis des meuneries telles que la “Fou Foong Flour Mill », chinoise mais équipée avec des machines américaines, des fabriques d’allumettes phosphoriques, de papier, d’eau gazeuse, des brasseries, etc….

La renaissance de chantiers navals adossés à un port de classe mondiale

JPEGComme nous l’avions vu dans les premiers articles de cette série, la vieille ville chinoise de Changhai avait dû son essor à la construction de bateaux qui alimentèrent un commerce de cabotage devenu indispensable à la suite de l’ensablement du Grand Canal. Cette industrie refit surface dès 1862 avec la firme « Boyd and Co », suivie par la « S.C Farnham » deux ans plus tard. En 1906, les deux sociétés fusionnèrent avec une troisième née entre temps pour devenir la « Shanghai Dock & Engineering Co » dont les activités, reprises par l’Etat dans les années cinquante, survécurent jusqu’à aujourd’hui. En 1900, les chantiers navals disposaient de 5 cales sèches pouvant accueillir des navires de 500 pieds de long et 25 de profondeur. L’équipement qui y était installé permettait de construire des steamers d’une capacité maximum de 2000 tonnes.

Ces chantiers navals constituaient un service appréciable pour les milliers de bateaux qui mouillaient au port de Changhai.

Ce port se trouvait être tout d’abord la tête de ligne de plusieurs entreprises de navigation côtière, dont les principales étaient :

- la « China Navigation Co » de Butterfield & Swire, qui en 1900 avait armé 34 vapeurs,
- la « China Merchant Steam navigation Co », société chinoise crée dès 1872 par Li Hung-chang (Hongzhang) et qui en armait 30,
- et la « Indo-China Steam navigation Co » appartenant à Jardine & Matheson, et qui en possédait 27.

Opéraient aussi à Changhai les principales lignes maritimes internationales comme les anglaises Peninsula & Oriental, Ocean Steam Ship Co, Glen line, Ben line, les américaines Pacific Mail Steam ship Co, Oriental & Occidental, et Northern Pacific, la française Messageries Maritimes, des allemandes, des japonaises, une autrichienne et une russe.

En 1900, le trafic maritime du port de Changhai était de 3000 vapeurs apportant un fret total de 4 millions de tonnes ainsi que 85 voiliers étrangers et 325 voiliers chinois y ajoutant 200.000 tonnes. La valeur du commerce transitant par le port, après un léger ralentissement en 1900, se positionnait déjà à 118 million de Taels, soit l’équivalent de près de 3200 tonnes d’argent !

Cette activité fébrile du début de siècle sera la genèse d’un développement colossal du port de Changhai qui verra son trafic maritime décupler 30 ans après, faisant alors de celui-ci le 5ème port de la planète où passait le 4/7ème de la flotte mondiale….

L’essor de l’industrie manufacturière à Changhai se fait principalement sous la houlette des Européens, mais petit à petit s’impose un nouveau partenaire dont le développement industriel se double d’une montée en puissance militaire : le Japon. Ce pays s’impose au début du XXème dans la cour des grands à l’occasion d’événements malheureux qui se produisent bien plus au nord et dont les Russes feront les frais. C’est ce que nous verrons dans le prochain article...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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