Gazette de Changhai - 20 : L’Université Aurore, une enfance mouvementée

L’Université Aurore fut officiellement inaugurée le 27 février 1903. La personnalité de son fondateur, Joseph MA (MA Xiangbo), va la rendre populaire dès les premières heures. Mais les aspirations débridées des étudiants et les désaccords avec les pères jésuites vont rendre ses débuts pour le moins chahutés.

Deux premières années difficiles

L’Université ouvrit ses portes en ars 1903. Les jeunes étudiants affluèrent dès le début, attirés par la personnalité de Joseph MA et par la promesse de voir les pères jésuites impliqués dans le corps professoral.

JPEGL’ancien observatoire de Zi-Ka-Wei fut mis à leur disposition car la plupart des instruments d’observation météorologiques avaient été transférés à l’observatoire de Zo sé (Sheshan) dont la construction venait de s’achever et dont nous reparlerons. Leurs aspirations étaient grandes de se voir prodiguer des cours de philosophie et de latin, croyant par là que c’était le fin du fin de la culture européenne. Dès avril y furent ajoutés des cours d’anglais et de français donnés par deux pères de Zi-Ka-Wei. L’année suivante, le père PERRIN fut nommé sous-directeur, assisté de deux pères scolastiques. Plus de 100 élèves suivaient déjà les cours. Cette jeunesse avide de connaissances voulait qu’en deux ans on lui apprit, en plus du latin et de la philosophie « le français, l’anglais, l’allemand, l’italien, le russe, l’escrime, la danse et le piano… ».

En 1905, les pères essayèrent de mettre un peu d’ordre et Joseph MA reprit en main l’administration des finances. Ces deux développements rencontrèrent l’opposition farouche d’une grande partie des étudiants, à tel point que les meneurs quittèrent l’établissement, suivis par beaucoup d’autres… Joseph MA jugea qu’il ne pouvait plus diriger l’université dans ces conditions. La première Aurore avait duré deux ans…

Ces étudiants, bien introduits auprès de la presse shanghaienne de langue chinoise, racontèrent à leur manière les raisons de la fermeture de l’université et dénoncèrent l’ingérence abusive de la Mission catholique dans son administration. Mais dans les mêmes articles, ils rendaient hommage au dévouement et à la compétence des professeurs. Joseph MA fonda une autre université et la nomma « Futan » ou renouveau de l’Aurore. Beaucoup d’étudiants le suivirent et cette université existe toujours aujourd’hui : il s’agit de l’Université Fudan.

A la rentrée d’août 1905, les cours reprirent à Aurore avec le concours de Monsieur TSANG, lettré réputé de Changhai, et sous la direction du père Laurent LI, fondateur des œuvres de presse de Zi-Ka-Wei remplaçant le père PERRIN. Un certain nombre de notables chrétiens de Changhai soutinrent l’initiative et se chargèrent de l’administration de l’université, laissant aux pères jésuites la rédaction des programmes et le soin de l’enseignement.

Les nouveaux programmes de formation

Les nouveaux programmes de cours furent édités. Le but principal de l’école, était-il écrit, est de faciliter aux étudiants chinois l’acquisition des connaissances de l’enseignement secondaire et supérieur, sans qu’ils aient besoin de traverser les mers et séjourner en Europe ou en Amérique. De plus, « il ne doit pas être question de religion ».

La formation durait 4 ans. On distinguait deux cours :
- le Cours préparatoire, correspondant à l’enseignement secondaire chinois pour les classes inférieures.
- le Cours supérieur, répondant aux programmes chinois pour les écoles dites supérieures.

La première année du cours préparatoire se donnait en chinois, et dès la seconde année on habituait progressivement les élèves à suivre les cours professés en français. L’enseignement des deux années du cours supérieur était prodigué en français.

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Pendant les trois premières années, l’enseignement était commun à tous les élèves : il portait sur les langues française et anglaise, des notions élémentaires de littérature ancienne et moderne européenne, l’histoire et la géographie de la Chine et des puissances étrangères, la philosophie, l’économie politique, le droit civil et international, les mathématiques et les sciences.

En quatrième année, les étudiants se divisaient en deux sections :
cours de littérature, où l’on étudiait les auteurs anglais et français et des éléments de droit, ou cours de sciences, qui portaient sur les mathématiques, la zoologie, la botanique et la géologie. La philosophie, les langues (anglaise et française), la rhétorique, l’histoire et la géographie restaient communes aux deux cours.

Ce programme ambitieux était en tous points semblable à celui des établissements analogues et ne donnait qu’une « teinture » de toutes ces matières. A mesure que les pères se verront plus maîtres de leur jeune public, la tendance sera de restreindre les programmes et de spécialiser les étudiants du cours supérieur dans telle ou telle branche. En même temps, le nombre des années d’étude s’accroîtra.

Les locaux

Jusqu’en 1908, les cours se donnaient à Zi-Ka-Wei. Dès 1904, le père DINIZ, architecte de la Mission, se porta acquéreur d’un terrain de 6 hectares à Lo-ka-wei, des deux cotés de l’avenue Dubail (Chongqing Nan lu). Il y construisit de grands bâtiments : à l’ouest, les bâtiments servant d’habitation aux étudiants et à leurs familles, à l’est les bâtiments abritant les salles de classes et la direction de l’établissement. Une partie de ces bâtiments subsiste aujourd’hui, à admirer au niveau du 227 Chongqing Nan lu.

A la rentrée de septembre 1908, les 242 élèves de l’université emménageront dans leurs locaux tout neufs. Cette rentrée vit également la nomination du père ALLAIN comme Directeur ainsi que la refonte des cours et l’augmentation de leur durée.

Les développements ultérieurs

La durée des études fut en effet portée à 6 ans, le cours préparatoire en occupant la moitié. A la fin de celui-ci était délivré un diplôme correspondant à peu de choses près au baccalauréat français. Le cours supérieur est alors divisé en deux sections : les sciences et les lettres. Les mathématiques spéciales, la physique, la chimie et l’hygiène viendront compléter les cours de sciences. Le droit civil, international, commercial et administratif ainsi que la comptabilité s’ajouteront aux cours de lettres. Les diplômes délivrés seront en tous points comparables aux licences ès-lettres ou ès-sciences.

Les programmes évolueront encore à l’aube de la première guerre mondiale, aboutissant à la création d’une faculté de médecine et d’une école d’ingénieurs dont nous reparlerons ultérieurement.

Mais pour l’heure, nous nous pencherons sur une autre initiative heureuse des jésuites, qui datait de quelques années déjà mais qui prenait une autre dimension en ce début de siècle : les observatoires météorologique et interstellaire de Zi-Ka-Wei et Zo sé...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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