Gazette de Changhai - 2 : Charles de Montigny et la création de la Concession française

Le 25 Janvier 1848, arrive à Shanghai sur le vapeur anglais Caraibe en provenance de Singapour, Louis- Charles-Nicolas-Maximilien de Montigny, né à Hambourg le 4 Août 1805, fils de royaliste, ayant bourlingué jeune en Espagne puis lors de la guerre d’indépendance de Grèce et rangé depuis 1831 comme chargé des subsistances au Ministère de la Marine.

JPEG Il était à bord de la Sirène avec Monsieur de Lagrené lors des négociations du traité de Whampoa. Le 20 Janvier 1847, le Moniteur publie sa nomination comme agent consulaire à Changhai, un des ports ouverts par le traité.

Un an après, il vient donc présenter ses lettres de créance au Taotai de la ville chinoise de Changhai. Il y suivait son collègue anglais, Georges Balfour qui s’était installé depuis plus de 4 ans et avait réussi à acheter des terrains le long du fleuve Whangpoo (Huangpu), entre le ruisseau du Yang-King-Pang (la Yanan lu actuelle) et le Soochow creek (la rivière Suzhou).

Son premier travail fut de se trouver une légitimité car si ce n’est la présence d’une centaine d’anglais, américains, scandinaves, belges et ibériques résidant de la vieille ville chinoise à ce qui allait devenir le Bund, point de français à l’horizon …...

Heureusement, il y avait les religieux dont la présence datait de quelques années : les missionnaires qui vivaient dans une propriété où s’édifiera 10 ans après l’église Saint- Joseph (au 36, Sichuan lu actuelle) ; et surtout les jésuites dans l’église et le domaine de Saint-Ignace de Zi-Ka-Wei (Xu Jia Hui) crée en 1847.

Le républicain allait se faire le protecteur des catholiques…… et ce jusqu’à l’apparition du premier commerçant français à Shanghai, un nommé Dominique Rémi, horloger de son état, et venant faire fortune dans l’import-export.

Charles de Montigny, impressionné par l’initiative anglaise, va s’employer à négocier l’octroi d’une Concession où pourra s’établir ce premier commerçant français.
Les négociations seront très dures et très pénibles :
Le Taotai Lin Kouei, fort de son expérience avec Georges Balfour, est fort exigeant sur le prix du terrain.

Les Américains et les Belges sont en compétition avec les français pour se voir octroyer un bout de terrain.

Et pour corser l’affaire, le chargé d’affaire de France à Pékin, le baron Forth-Rouen, manque singulièrement d’enthousiasme à affronter ses collègues étrangers sur ce dossier.

C’est donc contre forte partie que Charles de Montigny se bat pour appliquer l’article 22 du traité de Whampoa et octroyer à la France le premier terrain qui servira de base au développement de son commerce avec la Chine.
C’est le 6 Avril 1849 que sera officiellement signée la charte de la Concession Française octroyant à la France, un terrain de 66 hectares compris entre la rivière Yang King Pang au nord, le rempart de la vieille ville chinoise (le boulevard Remin lu d’aujourd’hui) au sud, le Huangpu à l’est et Defense creek (Tibet lu actuelle) à l’ouest.
La concession était trois fois moins grande que le « Settlement  » obtenu par son collègue britannique, mais ce ne sera qu’un début car elle s’agrandira pendant les soixante années qui suivirent.

Charles de Montigny qui logeait alors comme encore beaucoup d’étrangers dans la vieille ville chinoise, s’installera avec son épouse et ses deux filles dans un baraquement loué 400 Dollars par an à l’évêque catholique Monseigneur Francois-Xavier Maresca, dans la propriété que les missionnaires avaient acheté sur ce qui allait devenir la rue General Montauban (Sichuan lu).
Le premier Consulat de France était né : « C’était petit...., mais j’y serai en France » écrira de Montigny.

Prochain article : les premières années de la Concession française.

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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