Gazette de Changhai - 18 : Le retour de manivelle…

Nous avons décrit les troubles de l’été 1900 qui affectèrent particulièrement le Nord de la Chine. Voyons aujourd’hui la suite des événements et surtout en quoi ils vont changer les choses à Changhai.

La libération de Pékin

Pendant que le millier d’étrangers et les quelques 5000 chinois – chrétiens pour la plupart – étaient retranchés dans le quartier des légations et dans l’enceinte du Pé-Tang (l’église du Nord) à Pékin, les troupes alliées se préparaient à les délivrer. Mi-juin 1900, une première expédition rassemblant quelques 1800 hommes, Anglais, Russes, Allemands, Américains, Japonais, Italiens, Français et quelques Autrichiens remonta la ligne de chemin de fer Tientsin-Pékin. Elle y rencontra forte résistance et dut rebrousser chemin et revenir sur Tientsin après avoir perdu 280 hommes. S’ensuivit une attaque
des Boxeurs et une contre attaque des alliés qui prirent la vieille ville de Tientsin mi-juillet.

Cette contre-attaque ainsi que l’arrivée de troupes alliées de plus en plus nombreuses à l’embouchure du Pei-Ho (rivière qui traverse
Tientsin) firent grand effet à la Cour de Pékin et valut aux assiégés une trêve et un arrêt des bombardements. C’est début août 1900 que les alliés reprirent leur offensive, avec une troupe internationale de 25.000 hommes, commandés par les généraux Gaselee (GB), Chafee (US) et Fukushima (JP). Ils remontèrent le Pei-Ho, atteignirent Tongzhou le 12 et face à la débandade adverse, se dirigèrent vers Pékin à marche forcée. Le 14, les Russes passèrent la porte Toung-pien-men (Dong Bian men), pendant que les Japonais prirent la porte Toung-tseu-men (Dong si men). En début d’après-midi les premiers soldats Sikhs entrèrent dans le quartier des légations et deux jours plus tard, Monseigneur Favier vit entrer les premiers soldats japonais dans l’enceinte du Pé-tang.

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Ce siège de 55 jours avait fait 67 victimes dans les rangs des étrangers et plus de 5000 chinois enfermés avec eux y perdirent la vie. L’impératrice Tseu-Hi (Cixi) s’était échappée à Xi’an avec la cour, la plupart des habitants avaient fui, les rues étaient jonchées de cadavres. Commença alors une occupation de la ville par les troupes étrangères, les Japonais au nord, les Français et les Russes au sud-est, les Anglais et les Américains au sud.

L’accord de paix et ses conséquences

Dix jours après la prise de Pékin, les Russes prirent l’initiative d’envoyer aux alliés la première proposition d’accord à négocier avec les autorités chinoises. Les plénipotentiaires étrangers commencèrent les négociations le 26 octobre 1900 et ce n’est que le 7 septembre 1901 que fut signé le protocole final. Outre les indemnités de guerre qui s’élevèrent à 450 millions de Haikwan Taels (l’équivalent de 12.000 tonnes d’argent !), la punition des instigateurs des massacres, la création d’un vrai ministère des Affaires étrangères (le « Wai-wou-pou ») et les dispositions particulières visant la protection des légations et de l’accès à Pékin, certaines clauses du traité seront d’une grande importance pour Shanghai.

En effet, la clause XI du traité prévoyait la refonte des taxes intérieures (le trop fameux « Likin ») ainsi que l’aménagement et le drainage du Whampoo (Huampu), toutes deux mesures destinées à faciliter le commerce. Ainsi la Chine retrouvait sa souveraineté et les troupes étrangères devaient être évacuées, partout où elles avaient pris pied. A Changhai, les 8000 hommes du contingent étranger quittèrent la ville, rejoignant ceux qui évacuaient Pékin et la province du Pé-Tchi-Li. Au printemps 1902, ne resta dans la concession française que le contingent habituel des troupes coloniales.

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En application du traité, les taxes d’importation furent unifiées au taux de 5%, sur base des valeurs de marchandises actualisées aux années 1897/1899. Ceci permit aux Douanes Maritimes Chinoises d’accroître leurs revenus, une partie cependant servant à payer la dette de guerre ! Les négociations visant à supprimer la taxe intérieure sur les mouvements de marchandises (“Likin ») et la remplacer par une taxe unique n’aboutirent malheureusement à aucun accord, car la pratique était bien trop lucrative pour les officiels des provinces.

Une autre disposition prévue dans le traité eut un sort similaire : celle de créer une monnaie unique en Chine. Depuis le XVIIIème siècle, la monnaie utilisée en Chine pour le commerce international était le « Carolus dollar », monnaie espagnole à l’effigie de Charles III. Lui succéda le Dollar Mexicain, mais dont la teneur en argent était moins constante. C’est ainsi que naquit le Tael, unité monétaire qui correspondait à une once d’argent métal. Le contenu d’argent métal des pièces variant malheureusement d’une région à une autre, le problème du change restera endémique pendant longtemps.

Les Douanes chinoises réussirent toutefois à créer une monnaie de référence toute théorique : le Haikwan Tael, dont l’utilisation fut maintenue jusqu’à l’invasion des japonais en 1937. Une autre nouveauté fut également la création du « Whampoo conservancy Board », organisme contrôlé par l’Etat chinois mais co-géré par les autorités des concessions et dont les cadres seront européens. La tâche du Board était de rendre le fleuve Huampu plus praticable et surtout de permettre aux navires de plus gros tonnage de
naviguer jusqu’à Shanghai. Le fleuve fut dragué et ses rives furent aménagées, depuis la « barrière » de Woosong, jusqu’au-delà du Bund. Les revenus du Board proviendront des droits de quai ainsi que de la vente des terrains gagnés sur le fleuve. L’administration de cet organisme fut confiée à un Hollandais pour 4 ans, lui succéda ensuite un Suédois qui le dirigea pendant
plusieurs décennies.

La révolte de Boxers provoqua donc un sérieux retour de bâton asséné aux autorités chinoises, mais elle amena cependant quelques reformes indispensables visant à consolider l’ouverture du pays au commerce international.

Nous verrons que la décadence du régime impérial suscitera également dans l’intelligentsia chinoise des velléités de réformes, dont nous parlerons dans un prochain article...

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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