Gazette de Changhai - 16 : Une fin de siècle au son du canon

En cette fin de siècle, Changhai s’agrandit, s’organise et s’équipe. Mais les nuages s’assombrissent au Sud puis au Nord de la Chine et très vite résonnent au lointain de nombreux bruits de bottes dont la France avait lancé le bal…

La guerre franco-chinoise JPEG

Une des clauses du Traité de Saigon signé par la France en 1874 prévoyait un libre accès au Fleuve Rouge dans la province du Tonkin, au Nord ce qui allait devenir l’Indochine. Cependant les commerçants et les religieux se faisaient constamment harcelés dans la région par les « Pavillons Noirs », une branche rescapée du mouvement Taiping dirigée par un certain Liu Yung-fu.

En avril 1882, les Français dépêchèrent des troupes pour les combattre. Le gouvernement chinois, dont l’empereur d’Annam était le vassal, en prit ombrage et la signature du traité d’Hué en août 1883 avec ce dernier ne fut pas reconnu par la Chine. Ce traité établissant le protectorat de la France sur le Tonkin dès l’automne 1883 provoqua une guerre larvée entre la France et la Chine. Les troupes françaises remontèrent la vallée du Fleuve Rouge et défirent les troupes chinoises à de nombreuses reprises.

Le 11 mai et le 9 juin 1884 furent signés les Traités de Tientsin par lesquels la Chine reconnaissait les clauses de celui de Hué. Ceci n’empêcha pas les réguliers chinois d’attaquer les Français et de faire de nombreuses victimes dans leurs rangs. La guerre fut officiellement déclarée le 22 août 1884.

Dans le Tonkin, les batailles se poursuivirent jusqu’au printemps 1885 avec quelques belles victoires françaises dont certaines furent la fierté de la Légion. Mais c’est aussi sur la côte de Chine que les hostilités se développèrent. Ainsi en août 1884, Jules Ferry nomma l’amiral Amédée Courbet en charge d’une opération punitive visant à faire plier la Chine. Les navires français attaquèrent plusieurs endroits de la côte de Formose (Taiwan) et des îles Pescadore. Mais c’est à Foochow (Fuzhou) que la marine chinoise du Sud fut anéantie le 23 de ce mois. C’est d’ailleurs ainsi que furent détruits l’arsenal et le chantier naval construits par les Français quelques années auparavant.

Le traité de paix fut signé le 9 juin 1885 par Li Hongzhang et la Chine reconnut enfin la suzeraineté de la France sur l’Annam ainsi que son protectorat sur le Tonkin.

La guerre Sino-Japonaise JPEG

Dix ans plus tard, la première guerre sino-japonaise éclata en août 1894 et se prolongea jusqu’en avril 1895.
Cette guerre trouva son origine dans la volonté qu’avait le Japon de dominer la Corée. Il y fomenta des coups d’états, y multiplia escarmouches et provocations, voulant profiter de la faiblesse du régime Qing pour se tailler une zone d’influence au Nord Est de la Chine.
Le Japon s’équipa de navires de guerre modernes, organisa son armée sur le modèle prussien et rassembla une force de 120.000 hommes pour en découdre avec l’armée chinoise.
En face, l’armée chinoise présentait un encadrement corrompu et un armement archaïque. Elle se divisait en corps d’armées ethniques - Mandchous, Hans et Huis (musulmans) - desservis par une logistique peu développée, le tout avec des troupes démotivées.

Le conflit se généralisa en Corée et se poursuivit dans le Liaoning puis à Taiwan. La flotte chinoise du « Beiyang » fut défaite à l’embouchure du Yalou puis à Wei Hai Wei ; les troupes terrestres le furent aux batailles de Pyongyang et Jiulangcheng et les Japonais envahirent l’île de Formose. Tout ceci se termina par le Traité de Shimonoseki signé le 17 avril 1895 qui cédait la Corée, Formose et les Pescadores au Japon, et obligeait les Chinois à payer une indemnité de guerre de 340 millions de Tael d’argent.

Les effets

Tout ceci nous éloigne de Changhai nous direz-vous... Au contraire, les effets de ces deux épisodes vont peser lourdement sur la suite des événements de cette fin de siècle. Tout d’abord, ces guerres avaient évidemment miné le régime Qing et jeté l’opprobre sur Li Hongzhang. Face à un tel échec, une partie de l’opinion va se mobiliser pour essayer de changer les choses : ce sera le mouvement des cents jours dont nous parlerons prochainement. Mais surtout, ces agressions étrangères vont faire naître un sentiment nationaliste et une montée de l’hostilité contre eux dans toutes les classes de la société civile chinoise. Ce sentiment et cette exaspération vont se matérialiser quelques années plus tard par la naissance du mouvement xénophobe des Boxers dont la réaction va secouer tout le Nord de la Chine, à l’instar de ce que fut le mouvement Taiping au Sud.

La révolte gronde... Elle éclatera au Nord, et nous verrons dans la prochaine édition quels en furent les effets à Changhai.

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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