Gazette de Changhai - 15 : La concession s’agrandit

L’activité commerciale se développe dans la concession et attire bien évidemment les habitants de la province qui affluent à Changhai et cherchent à résider à l’intérieur des limites des concessions pour des raisons de proximité et de sécurité. Le Consul de France se trouve dès lors très vite à l’étroit sur cette bande de territoire concédée en 1849.

La première extension : quand les Messageries Impériales précipitent
l’événement

S’il n’y a que 13 propriétaires en 1857, la situation a bien changé 15 ans plus tard. En effet, les implantations se sont multipliées entre le fleuve et la porte du Nord (Henan lu) et elles se développent maintenant vers l’ouest, ainsi qu’entre ce qui s’appelle alors la rue Colbert et qui va devenir la rue du Consulat (Jinling Lu) et la muraille de la ville chinoise, conformément à la convention de 1849.

En 1861, lorsque le Consul Edan souhaite prolonger son emprise le long du Huangpu jusqu’à la porte de l’Est (Dongmen Lu), il rencontre l’opposition du Taotai. Cependant ce terrain, assaini après la guerre des Taiping, est convoité par des propriétaires privés qui progressivement achètent des parcelles, y construisent des immeubles et enregistrent leurs titres de propriété au Consulat. A la suite de cette implantation, la municipalité prolonge le quai du Huangpu et creuse un canal d’assainissement à la porte de l’Est. Ce qui n’avait pas été accordé au travers de la négociation devenait petit à petit un fait accompli.

JPEG C’est alors que le Consulat reçoit la demande des Messageries Impériales de lui octroyer un terrain le long du fleuve. Edan se trouve en position délicate et il n’a comme solution que de proposer le terrain s’étendant jusqu’à la porte de l’Est et de prier le Ministre de France de négocier la chose à Pékin. C’est chose faite le 17 avril 1861 : la superficie de la concession est portée à 59 hectares.

La seconde extension : quand les étrangers s’empoignent

Dès la fin de la guerre des Taiping, les négociations d’extension sont beaucoup plus difficiles, tant pour les Anglais que pour les Français. Les négociations se font à Pékin et les autorités impériales ont beau jeu de jouer les uns contre les autres.

Pendant ce temps la population chinoise croit et les conditions sanitaires de leur implantation deviennent embarrassantes pour les résidents européens. Les Européens s’implantent progressivement vers l’Ouest pour atteindre la rivière de Frontier road, à l’emplacement actuel de Tibet road.

L’affaire de la pagode de Ningbo de mai 1874 est en fait le premier signe de tension entre les autorités chinoises et celles de la concession et cette situation de « fait accompli » rend progressivement les relations avec le Taotai de plus en plus tendues. En 1898, la municipalité décide finalement de forcer la main aux gens de Ningbo et de procéder à la destruction de leur cimetière. Une révolte s’ensuit, le poste de police central est attaqué, le Consul fait donner la troupe et 17 Chinois périssent. Le Consul utilisera alors cet incident pour négocier une extension en laissant la propriété du terrain à la guilde de Ningbo tout en assainissant les lieux.

JPEG Pendant ce temps-là, le ministre anglais Conger essaie de son coté de négocier une extension de la Concession internationale avec les autorités de Pékin. Il propose à son collègue français de faire front commun, mais celui-ci refuse, s’appuyant sur les dispositions prises dès 1866. La France envoie un navire à Nankin pour impressionner le vice-roi et le pousser à négocier. Les Anglais, furieux de ne pouvoir compter sur la collaboration des Français, envoient à leur tour deux frégates afin de soutenir les autorités chinoises...

A Pékin, une cabale se monte entre Anglais, Américains et Allemands contre les Français, soutenus par les Russes. L’incident devient diplomatique et les Chinois se préparaient à tirer les marrons du feu... Mais les alliés se mettent finalement d’accord et joignent leurs forces pour exiger une extension des deux concessions.

Les leçons de l’affaire

En mai 1899, l’accord est finalement signé à Pékin : la Concession internationale s’agrandit de 760 hectares et la française de 68 … Le résultat est maigre mais surtout la France a perdu une grande bataille : elle s’est engagée à à l’avenir à ne plus demander d’extensions exclusives. Elle s’est également engagée à aligner le régime des futures extensions sur celui de la Concession internationale, à savoir que tout acte de propriété ne soit plus enregistré obligatoirement et exclusivement auprès du Consul de France mais bien auprès des autorités consulaires dont relèvent les propriétaires.

Les étrangers s’installent de plus en plus vers l’Ouest, et débordent très vite les limites accordées en 1899. La municipalité construit des routes en dehors de son périmètre afin de leur assurer les services indispensables. La troisième extension sera négociée 15 ans plus tard et ce, avec le gouvernement de la République de Chine : l’heure sera alors à d’autres concessions dont celle d’accepter des conseillers chinois au sein du Conseil Municipal …

Mais nous reviendrons sur cette période et pour l’heure, nous nous intéresserons à cette fin du XIXème, prélude à de grandes nouveautés au sein de la concession.

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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