Gazette de Changhai - 1 : Changhai : la genèse

A l’aube du XIXème siècle, l’Empire du Milieu, géré d’une main autoritaire par la dynastie Qing, est un pays fermé à toute influence étrangère, qu’elle soit commerciale ou culturelle.

Au XVIème siècle pourtant, l’Empereur avait octroyé aux portugais l’enclave de Macao en reconnaissance de leur aide à chasser les pirates des mers. Au XVIIème, les jésuites, à la suite de Matteo Ricci, avaient pu se faire admettre à la cour de Pékin, grâce à leurs connaissances scientifiques et surtout leur politique d’adaptation aux valeurs chinoises et aux rites confucéens. Au XVIIIème siècle, autant les commerçants portugais se verront-ils confinés sur leur langue de sable, autant les religieux dont Rome ne soutiendra pas le "rite chinois", se verront-ils pourchassés.

Les puissances occidentales essayeront en vain de renouer les relations commerciales avec un empire dont la méfiance n’avait d’égal que le mépris pour les "diables étrangers".

C’est à la suite d’un différent entre les autorités de Canton et les commerçants anglais que naît la "première guerre de l’opium" qui verra la flotte anglaise défaire les troupes impériales, et occuper les villes de Canton, Amoy (Xiamen), Ning-po (Ningbo) et Changhai (Shanghai). Cette épopée guerrière se terminera le 28 août 1842 à Nankin (Nanjing) où fut signé un traité par lequel l’île de Hong Kong sera cédée à l’Angleterre, et les ports de Canton, Amoy (Xiamen), Fou-tchéou (Fuzhou), Ning-po... et Shanghai ouverts aux commerçants anglais. Après l’ouverture de la Chine aux Anglais et aux Américains... la France s’impose.

Les américains, désireux eux aussi de pouvoir commercer avec l’Empire du Milieu, concluent l’accord de Wang-hia, le 3 juillet 1843.

La France avait eu un consulat ouvert à Canton dès 1776 mais que le dernier agent consulaire avait quitté en 1801. Sous la pression des chambres de commerce, soucieuses de développer leurs activités en Chine, le gouvernement du roi Louis-Philippe décide en 1839 d’y envoyer un nouveau gérant du poste. Le gouvernement du roi, fort au fait des privilèges acquis par l’Angleterre et les Etats-Unis dépêcha ensuite une importante délégation dirigée par un diplomate chevronné : Théodose de Lagrené. La délégation, navigant à bord d’une frégate et deux corvettes, arriva à Macao le 13 août 1844.

Le 24 octobre 1844, soit après plus de deux mois de négociation avec les représentants de l’Empereur, M. de Lagrené signera enfin le traité de Whampoa, qui en plus des accords d’ouverture au commerce des cinq ports, octroyait le droit aux français de "louer ou bâtir des maisons et des magasins pour y entreposer leurs marchandises" et également "y établir des églises, des hôpitaux, des hospices, des écoles et des cimetières".

C’est donc sur la base de ce traité que va démarrer l’extraordinaire aventure de la Concession française de Changhai qui devra son essor à la volonté et aux compétences d’un seul homme : Charles de Montigny, premier consul de France à Shanghai.

... qui constituera l’objet de notre prochain article.

Charles Lagrange

Dernière modification : 05/08/2014

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