Gazette de Changhai - 87 : Objectif Nankin

Face à l’avance fulgurante des troupes japonaises vers Nankin, l’espoir de défendre la ville s’avéra très vite être une mission impossible. Chang Kai-shek évacua ses troupes d’élite et n’y laissa qu’une garnison de 100.000 hommes avec l’instruction de résister jusqu’au bout. Le 9 décembre 1937, les Japonais arrivèrent aux pieds de la muraille. Un calvaire de deux mois allait débuter pour ceux qui ne s’étaient pas échappés.

Défendre la capitale : mission impossible

Après avoir perdu la bataille de Shanghai, Chang Kai-shek se doutait que la chute de Nankin, la capitale de la République de Chine, était une question de temps. Avec ses conseillers, il se rendit compte qu’il ne pouvait pas risquer l’anéantissement de ses troupes d’élite dans la défense symbolique mais sans espoir de la capitale.

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Chars japonais devant Nankin

Afin de préserver son armée pour de futures batailles, la plupart des soldats se retirèrent. La stratégie de Chang suivait les recommandations de ses conseillers allemands qui lui préconisaient d’attirer l’armée japonaise à l’intérieur de la Chine en utilisant son vaste territoire comme force défensive.

Laissant le général Tang Shengzhi s’occuper de la défense de la ville, Chang prépara la fuite de son gouvernement vers Hankow (Wuhan), d’où ils seront délogés l’année suivante.

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Général Tang Shengzhi

Devant les journalistes étrangers, Tang Shengzi annonça que la ville n’abdiquerait pas et combattrait jusqu’à la mort. L’armée de Tang comptait environ 100 000 soldats, largement sous-entraînés, et dont une bonne partie avait participé à la bataille de Changhai. Afin d’empêcher les civils de fuir la ville, il ordonna à ses soldats de garder les portes de la cité. Les forces de défense bloquèrent les routes, détruisirent les bateaux et brûlèrent les villages voisins, en plein accord avec la politique de la terre brûlée prônée par Chang.

Le gouvernement fut déplacé le 1er décembre et le président Chang quitta Nankin le 7 décembre.

Le même jour, le prince Asaka Yasuhiko, membre de la famille impériale du Japon, arrivait sur le front. Il y rencontra les commandants de division, les lieutenants-généraux Kesago Nakajima et Heisuke Yanagawa, qui l’informèrent que les troupes japonaises avaient presque entièrement encerclé les 300 000 troupes chinoises à proximité de Nankin et que les premières négociations laissent à penser que les Chinois étaient prêts à se rendre.

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Asaka Yasuhiko

Le prince fit diffuser un ordre à ses troupes, les avertissant que la prise d’une capitale étrangère étant un événement sans précédent dans l’histoire militaire japonaise, les soldats qui se livreraient à des « actes illégaux » « déshonorant l’armée japonaise », pillards ou incendiaires, seraient sévèrement punis.

Les militaires japonais continuèrent à avancer, brisant les dernières lignes de résistance chinoise. Ils plongèrent la cité dans une pluie de bombes et ils arrivèrent au pied de sa muraille le 9 décembre.

L’ultimatum

Les Japonais lâchèrent sur la ville des prospectus signifiant l’ultimatum aux troupes chinoises : « L’armée japonaise, forte d’un million de soldats, a déjà conquis Changshu. Nous avons encerclé la ville de Nankin... L’armée japonaise n’accordera aucune grâce à ceux qui offrent une résistance, les traitant avec une extrême sévérité, mais ne causera aucun dommage aux civils ou militaires chinois qui ne manifestent aucune hostilité. Notre désir le plus cher est de préserver la culture de l’Asie Orientale. Si nos troupes continuent de combattre, la guerre à Nankin est inévitable. La culture qui perdure depuis un millénaire sera réduite en cendres et le gouvernement en place depuis dix ans va s’évanouir dans la nature. (...) Ouvrez les portes de Nankin de façon pacifique et obéissez aux instructions suivantes. »

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Nankin sous les bombes
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Nankin sous les bombes

A l’instar de ce qui s’était produit à Changhai à l’initiative du père Jacquinot, les 27 occidentaux n’ayant pas fui Nankin avaient formé un « Comité International pour la zone de sécurité de Nankin » présidé par le directeur de la filiale de Siemens à Nankin, l’allemand John Rabe.

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Le Comité International pour la zone de sécurité de Nankin

Les membres du Comité contactèrent Tang et proposèrent d’établir un cessez-le-feu de trois jours, durant lesquels les troupes chinoises pouvaient se rendre sans combat pendant que les Japonais garderaient leurs positions. Le général Tang accepta cette proposition à condition que le Comité International obtienne la permission du généralissime Chang Kai-shek.

Le 9 Décembre, John Rabe monta à bord de la canonnière américaine «  Panay  », ancrée au large de Nankin sur le Yang Tsé, et lança deux télégrammes, le premier à Chang par l’intermédiaire de l’ambassadeur américain à Hankow, et le second aux autorités militaires japonaises à Changhaï.

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USS Panay

Le lendemain, il apprit que Chang avait ordonné que Nankin soit défendue jusqu’au dernier homme… un calvaire qui allait se prolonger pendant deux mois s’était abattu sur la ville.


Le siège de Nankin ne dura que quelques jours et très vite les troupes nippones investirent la ville. Ce que l’histoire retint comme « Le viol de Nankin » débutait son sinistre cortège de victimes, et c’est ce que nous verrons dans notre prochain article. Restez branchés…..

Dernière modification : 18/06/2015

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