Gazette de Changhai - 86 : Les leçons d’une bataille

Les espoirs déçus d’une aide étrangère firent perdre de précieux jours aux troupes chinoises. Éreintées, elles ne purent résister à l’avance japonaise. Chiang Kai-shek avait engagé l’élite de ses troupes dans la bataille, et avait certes montré au monde que la Chine résistait pas à pas à l’agression, mais à un prix exorbitant qui pesa lourd sur la suite des événements.

Note : L’auteur tient à présenter ses excuses aux lecteurs fidèles d’avoir manqué l’échéance de Mars.

Un espoir déçu qui épuisa les troupes chinoises

La conférence du “Traité des 9 puissances” s’était tenue à Bruxelles le 3 Novembre 1937 à l’initiative des Etats Unis. L’objectif du président Franklin Roosevelt était de contenir l’avance japonaise en poussant ceux-ci à accepter un cessez-le-feu.

Le Japon déclina l’invitation et la conférence n’aboutit à aucun résultat tangible.

Bien au contraire, les troupes nippones débarquèrent le 5 Novembre à Jinshanwei afin d’encercler les troupes chinoises restées dans la région de Changhai.

L’attente vaine d’une aide extérieure avait donc fait perdre des jours précieux aux troupes chinoises car ce fut le 8 Novembre que le commandement chinois prendra enfin la décision de repli vers Nankin.

Les troupes se replièrent dans un premier temps sur la «  Ligne Hindenburg chinoise  », mais leur état d’épuisement ne leur permis pas de tenir la ligne face au déferlement des troupes nippones.

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Ligne Hindenburg chinoise

Le 24 novembre, la conférence du Traité des 9 Puissances se réunissait pour la dernière fois sans arriver à une quelconque résolution visant à imposer un arrêt de la progression japonaise.

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Traité des 9 Puissances

Le général Chen Cheng écrira dans un de ses rapports que : “tout au long de la campagne de Changhai, la stratégie politique avait malheureusement supplanté une saine stratégie militaire et la perte de dizaines de milliers de soldats chinois avait eu comme objectif unique de prouver à la communauté internationale que la Chine était prête au sacrifice, en espérant ainsi qu’elle viendrait enfin à son secours »

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Le général Chen Cheng

Les côtés positifs…

La bataille de Changhai avait cependant permis au gouvernement chinois de démonter et évacuer certaines industries vitales vers Hankow (Wuhan) et Xian, et de là vers Chungking (Chongqing) qui deviendra la capitale de la Chine non occupée.
Certes les bombardements japonais ne permirent pas à tout le tissu industriel d’être sauvé et de nombreuses usines furent anéanties dans la banlieue industrielle de Changhai, mais on estime qu’au moins 1200 usines et ateliers de toutes tailles, soit 10 % du total, furent sauvées des flammes et des griffes de l’occupant nippon.
Aussi peu que cela puisse paraitre, elles constituèrent néanmoins le cœur de l’industrie de guerre chinoise pendant le blocus.

L’autre résultat positif de la bataille de Changhai fut d’éviter que les troupes japonaises ne se dirigent directement vers le centre de la Chine, et eut comme effet de retarder d’un an la bataille de Hankow (Wuhan), permettant ainsi à l’armée de Chiang Kai-shek de se repositionner dans le Sichuan.

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Chiang Kai-shek durant la bataille

Enfin, la bataille de Changhai fut certes une défaite, mais d’un autre côté elle fut quelque part l’apogée du nationalisme chinois. Elle donna à l’agresseur nippon le signal clair que la Chine n’était plus prête à se laisser dépecer pièce par pièce comme elle avait eu la faiblesse de le faire par le passé. Elle signala aussi qu’elle était prête à se battre, fut-ce face à une puissance de feu bien supérieure.

….mais à un prix exorbitant

Bien que la bataille de Changhai ne fût que la première d’une série de 22 grandes batailles entre Chinois et Japonais, elle eut de néfastes répercussions sur la suite des événements.

En effet, Chiang y avait engagé le meilleur de ses troupes. D’un effectif théorique de 1 million 750 000 hommes, la réalité montrait une majorité de celles–ci sous-équipées et mal entraînées face aux exigences d’une guerre moderne.

Seuls 300 000 hommes relativement bien entraînés avaient été regroupés dans 20 divisions. De ceux-ci, environ 80 000 avaient été drillés par les conseillers militaires allemands et composaient l’élite de l’armée pouvant prétendre lutter à armes égales avec l’envahisseur.

La décision de Chiang d’engager ces troupes dans la bataille de Changhai et d’en perdre jusqu’à 60% lui fit perdre ses meilleurs éléments : en une grande bataille, il avait perdu 10 000 des 25 000 jeunes officiers éduqués à l’Académie Militaire Centrale entre 1929 et 1937. Il mettra longtemps à se remettre de telles pertes et à l’aube de la bataille de Nankin, la 88ème division - une des meilleures – était réduite à 7 000 hommes dont 3 000 venaient d’être recrutés pour remplacer les vétérans tombés à Changhai.

La destruction de ses meilleurs éléments avait également forcé Chiang à enrôler des généraux qui n’avaient pas été entrainés à l’Académie Militaire de Whampoa et dont la loyauté était pour le moins douteuse. Ce faisant, il se retrouvait de plus dans les mains des seigneurs de guerre locaux, ce qui politiquement était susceptible de le déforcer et le voir ainsi commander une force disparate plutôt qu’une armée soudée.

Les sacrifices consentis pendant la bataille de Changhai eurent donc comme effet de miner la route vers une armée nationale moderne et efficace, et ce à l’heure où sa capitale se trouvait directement menacée.


En effet, après l’effondrement de la ligne Hindenburg chinoise, les troupes japonaises se dirigèrent à marche forcée vers Nankin qu’ils atteignirent en Décembre, et c’est ce que nous verrons dans notre prochain article. Restez branchés…..

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Destruction de la gare du nord à Changhai
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Japonais déboulonnant une statue de Sun Yat-Sen à Changhai
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Troupes chinoises victimes des gaz
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Troupes japonaises dans Changhai détruite

Dernière modification : 18/06/2015

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