Gazette de Changhai - 85 : La « Zone Jacquinot »

La zone neutre crée par le père Jacquinot en novembre 1937 fut un havre de paix pour plus de 250 000 réfugiés que le conflit sino-japonais avait chassé. La zone était gérée par un conseil municipal dirigé par le père dont la tâche principale fut de lever des fonds afin de pourvoir à la subsistance et à la santé d’une population d’indigents répartis dans 104 camps de fortune.

La zone Jacquinot, refuge de milliers de réfugiés

Ce qui fut retenu par l’histoire comme la « Zone Jacquinot » fut établie par le père Jacquinot de Besange en novembre 1937 et constituait un havre de paix dans un Changhai secoué par la guerre sino-japonaise.

Le père Jacquinot, après avoir sécurisé la zone, se trouva confronté avec la nécessité de nourrir et soigner les milliers d’indigents qui s’y étaient réfugiés.
Le Shanghai Municipal Council craignait dès le début que les obligations du « International Relief Fund » ne lui fussent transférées de manière permanente, aussi il ne se précipita pas pour aider le père Jacquinot.
Celui-ci eut donc à chercher les fonds ailleurs. La Concession française organisa une « Loterie des Réfugiés » dont les bénéfices lui étaient réservés. L’argent vint des écoles, de l’organisation de concerts, du gouvernement, et même de la Croix Rouge japonaise.
Mais tout ceci ne suffit bientôt plus pour subvenir aux besoins de quelques 250 000 à 300 000 réfugiés.
Entre mai et août 1938, le père Jacquinot s’en fut chercher des fonds aux Etats-Unis et au Canada. Il y organisa des bals « Bol de riz » dans les Chinatowns des grands centres : il parvint à lever plus d’un million de dollars, ainsi que 700 000 dollars de la Croix Rouge.
Mais les besoins avaient été estimés à environ 15 000 dollars par jour……

La Zone Jacquinot avait établi son propre conseil municipal dont le père assurait la présidence. Sa tâche était de gérer les 104 camps de réfugiés répartis dans les écoles, les temples, les bâtiments publics et les maisons vides.
Il avait réussi à persuader la Concession française de pourvoir la zone en eau potable et d’ouvrir la Porte du Nord quelques heures par jour afin de permettre l’approvisionnement en vivres. Un vieux four fut réhabilité afin de fournir de l’eau chaude et du thé, et il avait appelé les communautés chrétiennes de Changhai, Hong Kong et Singapour à collecter des vêtements. Le Comité International de la Croix Rouge contribua aussi à pourvoir la zone en couvertures et vestes chaudes, car l’hiver 37/38 fut un des plus froids jamais enregistrés.

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Zone Jacquinot - Barrière Concession française
Ristaino Marcia, "The Jacquinot Safe Zone", Presses de l’Université de Standford, 2008.

Zone Jacquinot - Siège de la municipalité - PNG

Tous les services publics y étaient assurés

La société bouddhiste « Red Swastika » s’occupait de l’hygiène : nettoyage des rues et des logements, évacuation des déchets, enlèvement de la dizaine de morts par jour, dont la moitié était des enfants.
Des écoles furent aménagées dans les temples ou les sièges des Guildes. Une première école de 100 élèves fut établie dès décembre 37 dans le jardin Yu. Après quelques mois, plus de 80 000 enfants furent scolarisés.

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Zone Jacquinot – Une école
Ristaino Marcia, "The Jacquinot Safe Zone", Presses de l’Université de Standford, 2008.

La « Chinese Medical Association » ouvrit deux hôpitaux dans la zone dont le personnel était constitué par les Soeurs de la Charité et les Franciscaines, et dont les frais de fonctionnement y étaient assurés grâce à l’aide du « Fond d’Indemnisation Belgo-Chinois des Boxers ».

La discipline était très stricte : lever à 6 heures 30, nettoyage des logements avec visite de contrôle, suivi par des exercices physiques. Le premier repas était servi en milieu de matinée, le second vers 17 heures. Les voleurs étaient baladés dans la zone avec un écriteau narrant leurs méfaits, et étaient ensuite affectés à l’évacuation des déchets.

Le père Jacquinot organisait des visites de journalistes afin de sensibiliser le public et récolter des fonds.
Petit à petit la situation revint à la normale dans la région de Changhai et les réfugiés commencèrent à rentrer chez eux. Dès l’été 1938, les commerçants revinrent dans la zone et deux ans plus tard, il ne restait plus que 15 000 réfugiés dans le périmètre sécurisé qui fut alors supprimé.

Une fin de vie toujours active

Le père Jacquinot quitta Changhai le 16 juin 1940 après y avoir consacré 27 ans de sa vie.
Pendant la guerre en Europe, il fut impliqué dans le Comité International de l’Aumônerie Catholique à la coordination des secours aux réfugiés.
Lors d’une de ses missions, le père Jacquinot décéda à Berlin le 10 septembre 1946 à l’âge de 68 ans. Il y fut enterré avec les honneurs militaires.

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Pierre tombale de Jacquinot
Ristaino Marcia, "The Jacquinot Safe Zone", Presses de l’Université de Standford, 2008.

En dehors de Changhai, la guerre se poursuivait et les troupes nippones progressaient vers la capitale et c’est ce que nous verrons dans notre prochain article. Restez branchés…..

Dernière modification : 18/06/2015

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