Gazette de Changhai - 84 : Le père Jacquinot de Besange

Le père jésuite Jacquinot de Besange était non seulement un linguiste distingué, mais avait essentiellement à cœur de secourir les nécessiteux. Arrivé à Changhai en 1914, il s’engagea dans les organisations d’aide aux réfugiés et c’est à ce titre qu’à l’automne 1937 il prit l’initiative de créer une zone neutre dans un Changhai attaqué par les Japonais.

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Robert Jacquinot de Besange
Ristaino Marcia, "The Jacquinot Safe Zone", Presses de l’Université de Standford, 2008.

Un jésuite polyglotte

Le 15 mars 1878, naissait à Saintes Robert Jacquinot de Besange. Eduqué à Brest et formé à l’école des Jésuites, il se destina très vite à la fonction ecclésiastique.
Il fut envoyé en Angleterre pour y parfaire son anglais et son parcours pastoral s’orienta très tôt vers l’enseignement des langues : l’anglais en Belgique, le français en Angleterre. Il fut ordonné prêtre à Hastings en 1909.
Il prend ses foncions pastorales en France entre 1911 et 1913 et part pour la Chine quelques semaines avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale.

Arrivé à Changhai, il est immédiatement affecté à l’enseignement des langues à la Mission de Zikawei (Xujiahui) où il en profite pour parfaire son chinois.
Le père Jacquinot fut nommé à l’église du Sacré Cœur de Hongkou où il y dirigea le diocèse de 1914 à 1934. Il fut ensuite nommé directeur de l’hôpital général et enseigna l’anglais à l’Université Aurore jusqu’en 1921.
Un jour, alors qu’il essayait d’initier ses étudiants à la chimie en fabricant des feux d’artifices, une mauvaise manipulation lui infligea de graves blessures et il fut amputé de l’avant bras : il devint « le prêtre manchot ».

Jacquinot rejoignit le Corps des Volontaires en qualité de chapelain. A ce titre, il participa à de nombreuses opérations de sauvetage et de soutien aux victimes : en 1927, il sauva les 300 nonnes et orphelins du couvent de Zhabei ; en 1931, il aida la commission du « National Flood Relief » en fournissant refuge et subsistance aux victimes des inondations du Yang Tsé.
En 1934, il fut nommé vicaire de la paroisse de St Pierre, l’église conçue par l’architecte Paul Veysseyre et construite près de l’Université Aurore. Deux ans plus tard, à l’occasion de nouvelles inondations, il réédita ses actions de 1931 en organisant les secours aux réfugiés, en collectant des fonds et en assurant un support médical.

Août 1937 : les réfugiés débarquent en masse

Le père Jacquinot fut un des fondateurs de l’ « International Refuge Committee » dont le siège se trouvait dans le bâtiment de l’YMCA, boulevard de Montigny (Tibet road).
Le Comité coordonnait toutes les organisations d’aide aux réfugiés qui commençaient à affluer dans les concessions.
Dès le 21 août, on dénombrait déjà 61 camps, abritant quelques 50 000 réfugiés.
En septembre, on estima le nombre de réfugiés dans les concessions à 500 000 et en novembre, les 142 camps en hébergeaient quelque 95 000, dont 26 000 dans la concession française.
Face à ce qui devenait une situation intenable, les autorités des concessions décidèrent de fermer les accès.

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Réfugiés aux portes de la concession française
Ristaino Marcia, "The Jacquinot Safe Zone", Presses de l’Université de Standford, 2008.

Le quartier de Nantao devenait alors une nasse dans laquelle refluaient quelques 250 000 réfugiés chassés par les combats entre les troupes de Chiang et les Japonais.
De plus, les bombardements japonais s’intensifiaient sur la ville et Nantao était une des cibles de l’artillerie nipponne.

Le père Jacquinot alla voir Yu Hongjun, maire de la ville chinoise de Changhai, afin de créer une zone neutre et démilitarisée dans le quartier de Nantao. Nanti de son accord, il alla parlementer avec Okamoto Suemasa, Consul général du Japon.
Le 3 novembre, le maire de Changhai s’engagea à ne pas permettre la présence de soldats armés dans la zone et accepta de voir ses 200 policiers se soumettre au Comité international.

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Le maire de Shanghai Yu Hongjun et sa femme
Ristaino Marcia, "The Jacquinot Safe Zone", Presses de l’Université de Standford, 2008.

Le 9 novembre, à 5 heures de l’après-midi, une zone délimitée par le boulevard des deux républiques, Renmin lu au Nord, et Fang Bang road au Sud, était déclarée zone neutre et à ses limites furent plantés des drapeaux de la Croix-Rouge.
Les Chinois avaient limité leur accord à la période des troubles car ils ne désiraient pas y voir un prétexte à l’extension de la concession française. Les Japonais avaient signifié leur « understanding » et s’engageaient à respecter l’accord pour autant qu’aucune agression ne s’y perpétrait contre leurs troupes.
Afin d’épauler les policiers chinois, les autorités de la concession française y dépêchèrent des Russes blancs commandés par un inspecteur français.

Fin novembre, la zone neutre qui allait s’appeler « Zone Jacquinot  » comptait environ 250 000 réfugiés, dont plus de 100 000 sans aucune ressource.

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La « Zone Jacquinot »
Ristaino Marcia, "The Jacquinot Safe Zone", Presses de l’Université de Standford, 2008.

Encore fallait-il subvenir aux besoins de cette foule de réfugiés. C’est à quoi s’attela sans relâche le père Jacquinot, et c’est ce que nous verrons dans notre prochain article. Restez branchés…..

Dernière modification : 18/06/2015

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