Gazette de Changhai - 83 : Un havre de paix dans Changhai encerclée

Ce qui devint dès le mois d’août 1937 une bataille rangée tout autour de Changhai, vit la défaite des troupes de Chiang à Wusong, puis à Luodian, et enfin à Dacheng. Début novembre, Changhai se voit encerclée et Chiang retire ses troupes vers Nankin. Changhai vit les premiers instants d’une occupation qui durera 8 ans. Un homme se dressa pour sauver des vies en établissant une zone neutre : cet homme était le père Jacquinot de Besange.

Les Japonais débarquent en force

Le 23 août 1937, le corps expéditionnaire japonais débarque à Liuhe, Wusong et Chuanshakou. Pendant deux semaines, la bataille fait rage le long de la côte et les troupes de Chiang Kai-shek se font décimer par l’artillerie de marine sans pouvoir répliquer.
Quand les Japonais approchèrent de Baoshan, Chiang ordonna à sa 98ème Division de résister. Lorsque la ville fut encerclée, l’artillerie japonaise la réduira en cendres décimant tout une division chinoise.

Le 11 septembre, les troupes de Chiang se replièrent sur Luodian, nœud routier important donnant accès aux routes du Sud. Von Falkenhausen avait demandé à Chiang de tenir la ville à tout prix. Trois cent mille combattants chinois s’y retranchèrent. Mais la supériorité aérienne et terrestre des troupes japonaises eurent raison de cette résistance et le général Chen Cheng y laissa la moitié de ses hommes.

Chen Cheng - JPEG

En octobre, les Japonais atteignirent Dachang, autre nœud vital assurant les communications entre Changhai et le nord-ouest.
Là aussi la résistance fut désespérée : malgré le renfort des troupes du Guangxi, les 700 pièces d’artillerie et les 150 bombardiers japonais vinrent à bout des héroïques défenseurs chinois.

Voyant sa retraite menacée, Chiang ordonna à ses troupes de se positionner le long de la rivière de Soochow (Suzhou river) en retirant ses troupes du centre de Changhai et ne laissant qu’un régiment à Zhabei.

Le 12 octobre, les Japonais débarquèrent en force à Jinshanwei, au Nord de la baie de Hangzhou, à 40 kilomètres au Sud du point de repli des troupes de Chiang, avec la claire intention de les prendre en tenaille.

Pendant ce temps, le commandement japonais prenait la décision de s’attaquer à Nankin. Les instructions du commandant Matsui, en charge du corps de l’Armée du centre de la Chine et de la 10ème Armée, fut de neutraliser les éléments de troupes chinoises dans et aux alentours de Changhai, ménager les autorités chinoises de la ville et éviter tout incident avec les étrangers.

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Matsui

Chiang conçut l’espoir que le « traité des neuf puissances » signé en 1922 et garantissant l’intégrité territoriale de la Chine allait inciter les étrangers à sanctionner le Japon pour cette agression…. Une réunion était prévue à Bruxelles le 6 novembre et en laissant un régiment défendre la ville il espérait attirer l’attention des grandes puissances sur la combativité de ses troupes. Mais aucune aide ne vint de l’extérieur et ce silence coupable laissa Chiang et la Chine entre les griffes nippones.

Le 12 novembre, il sonnait la retraite de ses troupes vers Nankin. Une semaine après, les fortifications de la « ligne Hindenburg chinoise » étaient percées…

Changhai était définitivement perdue pour Chiang, et les huit années d’occupation japonaise débutaient…..

Un havre de paix à Nantao

Mi-novembre, les Japonais étaient définitivement maîtres de Changhai. Pas moins de 300 000 hommes se trouvaient cantonnés tout autour des concessions internationales.
Face au mutisme des puissances étrangères, un homme se dressa pour défendre les réfugiés chinois et éviter massacres et exactions dans la ville chinoise occupée.

Cet homme, un père jésuite français résidant à Changhai, parlant l’anglais, le chinois et le japonais, parvint à faire accepter au commandement nippon l’établissement d’une zone neutre dans le quartier de Nantao. En prévenant l’entrée des troupes japonaises dans un périmètre délimité par le boulevard de la République au Nord et la rue Fang bang au Sud - que l’histoire a retenu comme « La Zone Jacquinot » -, il assura ainsi pendant plus de trois ans la survie de plus de 250 000 réfugiés en leur prodiguant protection et subsistance.

Ce héros méconnu fut le seul qui parvint à culpabiliser les puissances occidentales dont l’inaction face à l’agression nippone allait causer leur perte quatre ans plus tard.

Cet homme, le père Jacquinot de Besange, nous en compterons l’aventure dans un notre article suivant. Restez branchés…..

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Jacquinot, Sarly devant poste Mallet
Archives de Shanghai
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Troupes japonaises dans Changhai
Ristaino Marcia, "The Jacquinot Safe Zone", Presses de l’Université de Standford, 2008.
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Débarquement des Japonais à Jinshanwei
Ristaino Marcia, "The Jacquinot Safe Zone", Presses de l’Université de Standford, 2008.
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Bombardement de la gare du Nord
Ristaino Marcia, "The Jacquinot Safe Zone", Presses de l’Université de Standford, 2008.
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Troupes chinoises à Luodian
Ristaino Marcia, "The Jacquinot Safe Zone", Presses de l’Université de Standford, 2008.
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La zone Jacquinot
Ristaino Marcia, "The Jacquinot Safe Zone", Presses de l’Université de Standford, 2008.

Dernière modification : 18/06/2015

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