Gazette de Changhai - 74 : les services d’hygiène publique.

L’hygiène publique fut une préoccupation des autorités de la Municipalité tout au long du développement de la population dans la Concession Française. Les services vétérinaires verront le jour en 1910 et ils prendront un tournant décisif en 1930 avec la création d’un Service d’hygiène et d’assistance publique qui étendait ses prérogatives au contrôle sanitaire et à la sécurité de tous les établissements commerciaux et industriels.

L’hygiène publique, un souci des premières heures

Les Européens installés en Chine ont eu dès le début des concessions le soin d’établir des règles d’hygiène publique, à l’instar de ce qui s’était considérablement développé en Europe dès le début du dix-neuvième siècle.
C’est avec un peu de retard que les autorités chinoises s’inspirèrent des techniques occidentales pour assainir à leur tour leurs villes où égouts à ciel ouvert et rues jonchées d’immondices étaient monnaie courante.
A Changhai, les efforts d’assainissement se trouvèrent parfois confrontés à une opposition des autochtones qui considéraient ces mesures comme autant d’efforts pour étendre la mainmise des occidentaux sur leur territoire (l’affaire de la pagode de Ningbo de 1873 et 1898 en est un bel exemple).

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Vidangeurs de fosses sceptiques

Les efforts d’assainissement commencèrent en 1883 avec la distribution d’eau potable qui fut confiée à une société privée : la Shanghai Waterworks Company. Le réseau de la Concession française fut racheté à la SWC en 1889 et confié à la CFTE en 1908. La ville chinoise s’organisa de manière similaire dès 1902, et en 1937 tous les quartiers du Grand Shanghai étaient enfin reliés au réseau.

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Egoutiers

C’est en 1893, à l’initiative des deux Concessions que furent construits les premiers abattoirs publics. En 1903, suite à la pression des bouchers chinois, fut construit un abattoir dans le périmètre de la Concession à Passiéjo (Taiyuan lu) et deux ans plus tard la Municipalité créa le « Service Vétérinaire », promulgua les réglementations en matière de contrôle alimentaire et qui étendit son contrôle sur les produits laitiers.

A la suite de l’épidémie de peste qui sévit à Changhai en 1910, c’est le Docteur Ricou, responsable du Service d’hygiène nouvellement crée dans la Concession française, qui coordonna avec ses collègues de la SMC, les premiers efforts de contrôle et d’éradication systématique des sources d’infection comme les rats et les moustiques et qui ne fut mis en place qu’après la 1ère guerre.

Le service de dépôt et d’enlèvement des ordures fut également mis en place à cette époque avec la mise à disposition de réservoirs et une réglementation très stricte concernant l’enlèvement par des contractants spécialisés dont les coolies mal payés faisaient le travail.

L’évolution des services d’hygiène à partir des années 30

En Juin 1930 fut crée le « Service d’hygiène et d’assistance publique », séparé des services médicaux de la Municipalité.
Le Docteur Rabaute, ancien médecin des armées, fut nommé au poste de Directeur. Il portait grand intérêt à sa mission et considérait qu’elle était l’affaire de tous, sans distinction sociale ni de nationalité. Il présida à la nouvelle réglementation en matière d’hygiène et à l’établissement des amendes pour les contrevenants.
Les sanctions étaient parfois mal vécues par les commerçants chinois qui, à de nombreuses reprises, s’en plaignirent auprès de la Municipalité.

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Laboratoire d’analyses

La Municipalité se dota d’un laboratoire d’hygiène afin d’analyser la qualité des eaux, des produits laitiers, des denrées alimentaires, ainsi que de mesure les risques d’épidémie en contrôlant des effluents des fosses septiques.
Dès 1931, des inspecteurs français furent nommés afin d’étoffer le contrôle et les sanctions.

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Extrait du rapport annuel de la Municipalité - 1932

Par ailleurs les services s’appliquèrent à construire des latrines et fosses sceptiques près des lieux d’affluence comme les marchés.
En 1932, suite à l’affut des réfugiés chassés par les combats du quartier de Chapei (Zhabei), le choléra fit son apparition dans la Concession. La campagne de vaccination fut bien accueillie par les chinois et une brigade constituée de 9 russes et 3 chinois fut mise sur pied pour renforcer la surveillance sanitaire de la ville.

En octobre 1934, suite à la pression du gouvernement chinois qui avait imposé une structure similaire au Shanghai Municipal Council, la Municipalité crée le « Service des Bâtiments Classés » dont la tâche était de contrôler l’hygiène et la sécurité dans les établissements commerciaux et industriels, les usines et les ateliers.

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Maître d’Auxion de Ruffé

Les sanctions ou les refus d’autorisation étaient implacables, à tel point d’ailleurs que même des voix françaises comme celle de l’avocat d’affaire d’Auxion de Ruffé s’élevèrent contre celles-ci. D’autres par contre comme, le Directeur de la Foncière et Immobilière de Chine – à l’origine de la construction de nombreuses villas et immeubles de standing - y voyaient au contraire un obstacle salutaire à la multiplication des établissements industriels au sein de la Concession….

En 1935, la Concession fut divisée en quatre secteurs chacun dirigé par un inspecteur et son adjoint, tous deux français, et le Service d’hygiène s’étoffa d’une équipe d’inspecteurs affectés à la surveillance régulière des marchés.

La politique sanitaire de la Concession, quoique empreinte d’un caractère quelque peu discriminatoire, n’en fut pas moins de nature à privilégier le collectif sur l’individu et protégea certainement la Municipalité des grands fléaux.


La politique d’hygiène s’accompagna d’une politique d’assistance sociale financée par la Caisse des Œuvres d’Intérêt Public et dont nous reparlerons dans un prochain article. Restez branchés…

Dernière modification : 18/06/2015

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