Gazette de Changhai - 80 : La banque, nerf de la guerre

Le développement des échanges commerciaux entre la Métropole et la Chine, puis entre l’Indochine et la Chine généra un flux de capitaux important dans tout l’Extrême Orient. A l’aube du siècle, la Banque de l’Indochine ouvrit ses agences à Hong Kong, Changhai, Canton et Tianjin et très vite le volume d’affaire devint si important qu’il dépassa celui du siège de Saigon et dans les années trente a représenté la moitié des opérations de change de la banque.

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La nécessité d’un bras armé

Entre 1858 et 1903 la France avait signé avec la Chine plusieurs traités de commerce qui visaient à constituer le cadre des échanges entre les deux pays. Malgré ces accords qui dans leurs termes accordaient aux denrées chinoises un taux d’importation privilégié, la part des importations chinoises en France et les exportations françaises en Chine ne constituaient qu’un rôle chétif dans la vie économique de la Métropole.

Au tournant du vingtième siècle, les importations ne représentaient que 3% du total des importations françaises, et les exportations vers la Chine ne représentaient que 0.6% du total des exportations.

Par contre le commerce bilatéral entre les colonies d’Asie du sud est avec la Chine acquirent une vitalité particulière et ce, dès la fin du dix neuvième.

Très vite après 1900, les importations de Chine en Indochine croissaient au rythme de 16% par an, alors de que les exportations d’Indochine vers la Chine se multipliaient par 3 d’une année sur l’autre !

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Les enjeux devenaient donc très important et sous la pression du ministère des Affaires Etrangères, la Banque de l’Indochine fut obligée d’ouvrir des agences en Chine et en Asie du Sud Est, ce afin de soutenir les maisons de négoce qui avaient entrepris de défricher les débouchés sur les places orientales, et mettre fin à la toute puissance des deux banquiers anglais, la Hong Kong & Shanghai Banking Corporation et la Chartered Bank of India and China.

D’autre part, la Banque russo-chinoise, devenue Banque russo-asiatique en 1910 et dont nous avons parlé dans un article précédent, s’était surtout concentrée sur les opérations au nord-est de la Chine et notamment en Mandchourie.

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Une croissance exponentielle

La Banque de l’Indochine ouvrit sa première agence à Hong Kong en 1894 en reprenant l’activité du Comptoir National d’Escompte de Paris, puis à Shanghai en 1898, Canton et Hankow (Wuhan) en 1902, et enfin Tianjin en 1907.

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Ces têtes de pont constituèrent les rouages essentiels des maisons commerciales françaises en Asie.

Les agences procuraient des services comme le change, les remises d’effets en Europe, les crédits documentaires, les prêts sur consignation, les avances sur marchandises, etc.

D’autre part, ces agences pouvaient fournir aux industriels chinois un support non négligeable pour leurs activités à l’export.

Il y avait en effet un brassage très important de liquidités entre la Chine et l’Asie du Sud-Est entre les chinois de la métropole et la diaspora, flux principalement animés par des banques autochtones, mais dont les banques occidentales recueillirent une bonne partie.

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Entre 1900 et 1914, le chiffre d’affaire de l’agence de Shanghai fut aussi important que celui de l’agence principale de Saigon. En 1910, les activités chinoises de la Banque de l’Indochine constituèrent jusqu’à 33% du chiffre d’affaire de la banque !

La banque ne souffrira que très peu de la concurrence française : la banque russo-asiatique concentra ses activités sur la Russie, et la Banque Industrielle de Chine, qui avait ouvert des agences à Hong Kong et Shanghai en 1914, se concentrait surtout sur les contrats des concessions, les travaux publics et les émissions obligataires. Après sa déconfiture de l’année 1923 ; elle fut d’ailleurs intégrée à la Banque de l’Indochine.

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La banque bénéficiera pleinement de la période de boom des années 1917 – 1921, passera la période de crise de 1921 – 1923 et continua son expansion avec celle du commerce chinois jusqu’en 1931.

La dépréciation de l’argent qui entre 1928 et 1931 perdit plus de la moitié de sa valeur sur le marché mondial, joua en effet pour la Chine le rôle d’une dévaluation dont l’action tendit à compenser à l’exportation les effets de la crise occidentale.

La succursale de Changhai devint pour la Banque de l’Indochine le pivot des flux de change : métaux précieux, traites, remises affluèrent de tout le réseau et elle opéra à elle seule près de 50% du change de la banque.

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La crise de 1932/1934 qui suivi la dévaluation de la Livre Sterling et du Dollars entraina une raréfaction de l’argent qui, avec la baisse des prix, occasionna une violente déflation et une restriction des crédits bancaires.
Le commerce extérieur de la Chine passera de 2,3 milliards de Taels en 1931 à 1,2 milliards en 1933 pour s’effondrer à moins d‘1 milliard de Taels en 1935.

Un an plus tard, la reprise s’amorce quand surviennent les événements de 1937.

L’année 1937 va en effet faire réapparaitre de sombres nuages sur Changhai et c’est ce que nous verrons dans un prochain article. Restez branchés…

Dernière modification : 18/06/2015

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